‹ OzanamChapitre 148 sur 171 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

En quelques pages d'une très belle envolée, cet écrivain de dix-huit ans met sous les yeux du lecteur toute la substance et toutes les merveilles de la vérité apportée aux hommes par le Christ. A l'homme dégradé, l'Evangile révèle une nouvelle existence, car l'homme ne vit pas seulement de pain; il lui tend la main pour le relever; il le fait renaître de Veau et de l'esprit, il le place, plein d'espérance, à l'entrée d'une carrière dont le ternie est sublime : soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, l'appelant à s'élever sans cesse sur l'échelle du progrès. En même temps que le christianisme dicte cette loi, il donne l'essor à toutes les puissances intellectuelles et morales. Il s'adresse d'abord au sentiment religieux pour en faire l'âme de la vie humaine; il charme l'imagination par des tableaux tour à tour pleins de magnificence et de grâce ; il échauffe, il épure les affections en leur présentant des objets sacrés; il parle à l'intelligence en offrant des idées imposantes, des vérités fécondes, que les écoles philosophiques les plus célèbres n'avaient qu'à peine pressenties. Vers Dieu doivent converger toutes les pensées, tous les sentiments, toutes les œuvres; revêtu de toutes les perfections qui font naître l'amour, il fait un précepte d'aimer. Sur les ailes des trois vertus de foi, d'espérance et de charité l'homme s'élance vers son Père céleste qui le comble à son tour de consolation et de lumières, qui lui promet pour prix de ses combats et de ses peines une vie immortelle, délicieuse.

Le christianisme fait preuve d'une vaste connaissance des besoins de l'humanité et les satisfait; par le mystère, il répond à sa soif d'infini, à ses rêves d'un horizon sans bornes ; par le culte, il plaît à sa nature matérielle et physique, incapable de s'alimenter d'idées pures.

Gomme la religion de l'Evangile se résume dans l'amour de Dieu, de même sa morale est renfermée tout entière dans l'amour des hommes; l'autorité, la liberté y trouvent leur suprême garantie; la loi de paix et d'amour répand ses bienfaits dans la société et dans la famille ; sans se

rendre solidaire d'aucun régime social ou politique; elle impose aux uns et aux autres les grands principes qui servent de base à tout édifice bien construit.

Mais faut-il croire que le christianisme, uniquement préoccupé du bien moral de l'homme, se soit peu soucié de ce qui met son intelligence en action et de ce qui embellit sa vie? Non, non. Partout où le christianisme surgit, il s'entoure de lumières; partout, à son appel, s'éveillent les sciences et les arts; toute nation qui devient chrétienne est une nation qui s'ouvre au vrai et au beau, en même temps qu'au bien4.

Voilà, nul n'y contredira, l'idée de la civilisation aux temps barbares, de toute l'œuvre historique et littéraire de Frédéric Ozanam.

Cependant le Saint-Simonisme dresse contre les catholiques une formidable objection : ils méconnaissent, ditil, la perfectibilité humaine, puisqu'ils sont obligés de considérer comme un égarement immense les trois siècles écoulés depuis la Renaissance et la Réforme; tout le mouvement philosophique en particulier, n'ont-ils pas le devoir de le maudire2 ?

Le vaillant apologiste du christianisme ne se laisse pas déconcerter et sa réponse est aussi intéressante qu'originale.

La loi de la raison, si l'on envisage le processus religieux de l'homme individuel, est de passer de la foi intuitive à l'examen méthodique, de l'examen à la foi raisonnée qui est la véritable conviction. Cette loi s'applique à la société chrétienne. Elle a débuté par la foi pure et simple ; du xvne au xvme siècle, elle s'est abandonnée en majeure partie au libre examen d'où sont sorties l'erreur protestante et l'incrédulité du xviii6 siècle; aujourd'hui commence la troisième époque; le christianisme renaît dans les intelligences et dans les cœurs; la philosophie, les sciences naturelles, l'histoire, la littérature prennent

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