‹ OzanamChapitre 150 sur 171 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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et l'école sensualiste ont conduit aux horreurs delà Révolution ; parmi les débris des doctrines antiques, l'éclectisme a glané de quoi donner une pâture aux intelligences modernes ; mais il n'a pas fait l'union des esprits ; on s'est lassé de l'entendre et voici venir une nouvelle école qui, sous des noms divers et avec de multiples nuances, tend à se représenter l'humanité comme un grand corps évoluant sous la poussée d'une force intérieure, que certains appellent un principe divin. Toutes ces écoles, d'ailleurs, n'ont elles pas ce trait commun de placer dans l'homme lui-même le principe générateur de ses développements? Toutes sont rationalistes.

Mais la raison suffît-elle à l'homme ? Lui suffît-elle surtout pour découvrir la loi de progrès suivant laquelle il doit marcher? Non, car où reconnaît-elle une loi de progrès? Dans la nature ? Sans doute ; mais ce progrès est arrêté et les lois des êtres sont depuis longtemps fixées. Dans l'histoire? Sans doute encore. Mais dans les sociétés le progrès n'est pas continu; les décadences partout lui succèdent. Dans la conscience? Mais là, est-ce autre chose qu'un rêve ou que le souvenir d'un trésor qui nous a été ravi? Il faut en convenir: la raison, tant qu'elle demeure solitaire, ne saurait trouver nulle part la certitude de la loi du progrès.

L'homme a besoin d'une lumière intelligible qui existe en dehors de lui et vers laquelle il s'oriente. Le progrès, c'est une ascension vers un type supérieur; pour l'homme, c'est l'essor vers un être qui vaut mieux que lui, qu'il cherche à satisfaire et à imiter.

La raison ne peut pas être la source du progrès ; si elle ne veut pas sortir d'elle-même, si l'homme prétend tout contenir dans son propre sanctuaire, l'aboutissement fatal est le panthéisme, avec ses conséquences : l'égoïsme et le fatalisme. Tel est le terme naturel, inévitable, des doctrines de Kant, de Fichte, de Schelling, de Hegel et de Saint-Simon. En dépit des phrases sublimes sous lesquelles on cache leur venin, elles ne peuvent remettre entre

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les mains de l'homme « déshérité de ses croyances et maître absolu de sa vie » que « la coupe des orgies et le glaive du suicide ».

Que faire donc? Revenir à la tradition reçue, revenir au christianisme.

Tous les hommes marchent vers un monde invisible, et cela de générations en générations; ce monde invisible leur a été révélé; il est immuable et cependant il est, pour l'humanité, le principe moteur et régulateur du progrès. La révélation est immuable dans son essence, progressive dans son application.

Mais, si cette application même est laissée à la seule raison de l'homme et à sa seule liberté, les chances d'erreur seront nombreuses. Et voilà pourquoi il faut qu'il y ait dans le monde un pouvoir supérieur, dépositaire et gardien de la doctrine révélée. Le progrès qui a été le résultat des interventions de Dieu dans l'histoire est aujourd'hui garanti par l'intervention de l'Eglise, qui discerne entre le vrai et le faux, entre le bon et le mauvais.

Le progrès même de la science serait incertain, douteux, équivoque, sans le contrôle de la foi. Ozanam va jusqu'à dire que « les dogmes révélés sont la trame sur laquelle toute science historique, physique, ou philosophique devra tresser ses fils et former son tissu ». C'est parce que l'antiquité n'a point connu cette association de la foi et de l'intelligence qu'elle a vu si peu grandir les sciences physiques, qu'elle n'a jamais possédé ni une histoire universelle, ni une philosophie complète *.

Qu'on ne s'effraie donc point des limites que l'Eglise semble mettre à la liberté : elle n'en met qu'à l'erreur, dont les suites sont toujours funestes, et elle ne s'oppose à aucun progrès véritable. « L'orthodoxie chrétienne est l'atmosphère religieuse de l'humanité; Dieu même a combiné avec une sagesse infinie les principes qui la composent; et toutes lésâmes qui peuvent se mouvoir librement

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