‹ OzanamChapitre 16 sur 171 · Sarcey, op. cit., p · texte numérisé non relu

Sarcey, op. cit., p

3. Ozanam, La Civilisation chrétienne au Ve siècle, avant-propos. {Œuvres complètes, I, p. 2, 2e édit., Paris, Lecoffre, 1862.)

4. Cité dans le livre du vicomte de Guichen, La France morale et religieuse au début de la Restauration, p. 216 (Paris, Emile Paul, 1911). — D'après Saint- Chamans, Le croquemitaine de M. de Montlosier, sur 400 élèves des grandes

surtout, dans ces affreux enfants que nous présente Musset, « crachant le pain de Dieu », se servant de l'hostie pour cacheter des lettres, et « tenant des propos qui auraient fait frémir d'horreur les bosquets immobiles de Versailles » '. Supprimez de l'adolescence d'Ozanam quelques mois d'angoisse intérieure; il eût risqué de méconnaître l'infinie diversité que présentent entre elles les nuances de l'incroyance, de ne pas voir qu'il y a un abîme entre une certaine allégresse de négation, grossière, blasphématoire, et les bouderies parfois inquiètes d'un doute provisoirement invincible. Mais au contraire ces heures de doute, où l'apparente éclipse de l'esprit de foi laissait dans son âme un vide, heures trop douloureuses pour avoir été coupables, préparaient Ozanam à savoir « adoucir toutes les aspérités entre les idées » et à devenir l'un des exemplaires les plus accomplis de ce que Lamartine appelait, à propos de lui, « la charité d'esprit »2; et l'attachant discours de i843 sur les Devoirs littéraires des chrétiens* — une des pages qui lui font le plus d'honneur — n'eût pas été tenu, vraisemblablement, s'il n'avait pas un instant douté, ou cru douter. Ozanam lui-même semble nous le confirmer : « On m'accuse quelquefois, s'écriait-ii, de traiter avec trop d'indulgence et de douceur ceux qui n'ont pas la foi. Lorsqu'on a passé par les supplices du doute, on se ferait un crime de rudoyer les malheureux auxquels Dieu n'a pas encore accordé la grâce de croire4. »

En i83zj, dans un article de YUnivers, Ozanam dessinera la psychologie du doute, ou plutôt des deux façons de douter, du doute bientôt vaincu, et du doute longuement vainqueur.

écoles, il y en avait tout au plus i5 ou 20, qui faisaient leurs Pâques, encore ayec une sorte de mystère et comme en s'en cachant. (De Guichen, La France morale et religieuse à la fin de la Restauration, p. 177. Paris, Emile Paul, 191a).

1. A. de Musset, Confession d'un enfant du siècle, ire partie, c. II.

2. Lamartine, Cours familier de littérature, III, p. 389 (XVII0 entretien), Paris, 1857.

U. M«r Ozaïnam, Vie de Frédéric Ozanam, p. 63.

Heureux, écrira-t-il, celui qui a reçu de profondes semences de vertus, de grands exemples de sagesse, heureux celui qui a toujours chéri la religion de son enfance ! car si les liens dont elle captivait son intelligence viennent à se relâcher, du moins il lui reste attaché par le cœur : le doute lui pèse et il cherche à s'en affranchir; le combat est douloureux et pénible, il lui coûte de secrètes larmes, bien des angoisses, mais enfin il se termine par la victoire; un examen respectueux éclaire peu à peu son esprit et bientôt l'inonde de lumières ; si quelque temps la conviction rationnelle lui a manqué, la fidélité morale lui demeurait, le don de Dieu était en lui, et la foi ne l'avait point quitté; elle s'était voilée seulement, comme pour se faire chercher, comme pour se faire aimer davantage.

Mais il en est beaucoup que la violence d'une imagination précoce, beaucoup que la présomption d'un orgueil juvénile entraîne, et qui croient se faire grands ou heureux, en désertant l'autel où ils avaient appris à prier, en tournant le dos au prêtre qui les avait bénis, pour suivre les diverses doctrines répandues autour d'eux.

Alors ils vont grossir successivement le cortège de tous ceux qui se disent chercheurs de vérité; ils recueillent successivement les fruits de tous ces arbres de science, plantés de la main des hommes pour devenir semblables à Dieu, mais tous ces fruits sont vides et amers, et plusieurs de ceux qui avaient essayé de s'en nourrir, sentent que ce n'est point assez pour apaiser leur soif et leur faim, et alors ils s'asseyent tristement, et croyant que la vérité n'est pas, parce qu'ils ne l'ont point connue, ils s'endorment affaiblis dans un léthargique sommeil'.

Les premières leçons de sa famille, et puis l'influence de l'abbé Noirot, avaient à l'avance prémuni Frédéric Ozanam contre le péril d'une telle léthargie : ses premières années de jeunesse furent au contraire des années d'éveil, des années d'action.

Une petite revue, YAbeille, fondée par l'abbé Noirot et quelques autres professeurs, procura de bonne heure à l'écolier l'amusant honneur d'être imprimé. On y trouve, signés de lui, un bon devoir de philosophie sur le nombre

i. Univers, 20 février i834 (article sur les Souvenirs de Tusculum ou entretiens philosophiques et religieux de deux amis près dis ruines de la maison de campagne de Cicéron, par M. l'abbé M..., ancien sous-précepteur de S. A. R. le duc de Bordeaux).

des facultés intellectuelles \ et d'amples discours de rhétorique, comme celui d'un cacique américain à Christophe Colomb2, celui de Witikind à Charlemagne \ celui de Yilliers de l'Isle-Adam aux chevaliers de Rhodes4 . C'est par leur portée religieuse que la découverte de l'Amérique, la conquête de la Saxe, les luttes méditerranéennes contre l'Islam, intéressent le rhétoricien, et ces trois harangues d'école dénotent déjà quelque effort pour replacer les grands faits de l'histoire dans le plan du règne de Dieu.

Versificateur à ses heures, après avoir aligné quelques rimes sur la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor5 ou bien sur un passage de la duchesse de Berri 6, il se laissait fasciner par cette façon de croisade dont l'Algérie était l'enjeu, et son imagination, s'efforçant à surprendre, derrière le mystère qui toujours les voile, les destinées de l'Islam, esquissait en i83o toute une série d'essais poétiques sur le désespoir des Maures chassés de Grenade7, sur le génie de Garthage 8, sur « Agar ou la prophétie accomplie »9,sur la conquête d'Alger10. Une autre fois, c'est à Jeanne d'Arc, la pastoure de Vaucouleurs11, qu'il tressait une couronne de rimes. Il y a de la facilité dans ces strophes, et une certaine fluidité, qui parfois ne manque pas d'élégance; mais on ne croirait pas, à les lire, que le romantisme était déjà né. Engoncé dans une toilette d'emprunt, qu'on dirait tirée de la garde-robe, déjà fort usée, du classicisme finissant, le futur historien s'y laisse près •

i. Abeille, III, p. 106-116. Quelques-uns des articles d'Ozanam dans Y Abeille furent reproduits dans Legeay, Etude biographique sur Frédéric Ozanam (Paris, Lecoffre, i854).

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