Abeille, VI, p. 3o9~3i
sentir, prompt à acclamer dans la défaite du dey la victoire du Christ. La lumière des Livres Saints, des prophéties bibliques, des promesses évangéliques, était promenée par la jeune pensée d'Ozanam sur le chaos des événements humains, comme est promenée sur le chaos des vagues la flamme scintillante d'un phare : voyez, par exemple, au tome IV de Y Abeille, sa curieuse lettre sur la traite des nègres, dont s'occupaient avec quelque zèle les philanthropes et les hommes d'État. Il se rappelle à ce sujet, lui, la malédiction de Gham, le mot fameux de Noé : « Maudit soit Ghanaan ! qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères ! » Voilà l'explication des malheurs des nègres; mais Ozanam a lu l'Evangile, non moins que le Deutéronome ; et sur ses lèvres survient cette demiprière : « Puisse l'œuvre de la médiation divine, qui a renouvelé le monde, anéantir ou du moins adoucir l'effet de la malédiction i ! »
Le nom d'Ozanam figure, dans l'Abeille, au-dessous de deux séries d'études beaucoup plus importantes: d'une part, un sommaire d'histoire de la philosophie, commencé par son ami Fortoul, et dont il rédigea les derniers chapitres ; d'autre part, cinq articles sur « la vérité de la religion chrétienne prouvée par la conformité de toutes les croyances ». Ce philosophe de seize ans est un bon élève de l'abbé Noirot: il vante le respect de Descartes pour la révélation *; il constate avec enthousiasme que Bossuet se range parmi les « rationalistes modernes » par son Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, et que « le plus grand orateur de la France marche sur les pas du premier de ses philosophes»3; Pascal, assez négli-
i. Abeille, IV, p. 229-231. Peut-être ces pages furent-elles inspirées à Ozanam par un livre de M. l'abbé Marduel, son futur confesseur à Paris, intitulé : De V Autorité paternelle, de la Piété filiale et des atteintes portées à ces deux fondements de l'ordre social (Paris, Biaise, Bricon et Rusand). Au t. I de cet ouvrage, publié en 1828, et dans lequel l'abbé, pêle-mêle, aborde toutes sortes de sujets, on le voit s'interrompre d'un long réquisitoire contre le tutoiement des parents par les enfants, pour expliquer comment la traite des nègres réalise la malédiction de Noé.