La Civilisation chrétienne chez les Francs, p
l'apologiste 441
finir par la paix se tourne en conquête, et la conquête se légitime en civilisant'. »
Quand la guerre sainte fait fausse route et abuse de l'épée, l'Eglise, toujours juste, intervient et rappelle les vainqueurs à la justice2.
La conquête des peuples germaniques achevée, un autre aspect de l'œuvre de l'Eglise devait se manifester au premier plan :1a transformation des institutions et des idées, de telle sorte qu'une civilisation nouvelle sortît, avec l'empire nouveau, de ce monde barbare qui désormais, avec les vieux peuples de l'empire ronlain, formait la chrétienté3; et plus encore, la transformation des volontés, la fondation d'une société spirituelle, la proclamation de la supériorité de l'âme sur le corps, le caractère sacré du pouvoir dans l'Etat comme dans l'Eglise, de telle sorte que ce beau mot de chrétienté ne fût pas un vain mot, mais une réalité profonde 5. « Ce fut la gloire du moyen âge de retourner, pour ainsi dire, l'ordre de la nature, de mettre l'unité dans les consciences, la variété danslesinstitutions; de vouloir qu'un seul Dieu, une seule religion, une seule morale prissent possession des âmes, pendant que des pouvoirs différents prenaient possession duterritoire. En établissant ainsi l'unité dans l'invisible, il la plaçait en un lieu que les révolutions n'atteignent pas, où les invasions des barbares ne peuvent rien. Rome avait beaucoup fait quand elle déclara tous les peuples citoyens d'une même cité; mais la cité pouvait périr. Il était d'une politique plus hardie, mais plus durable, de les déclarer frères5. »
Le tableau magnifique du siècle de Gharlemagne s'achève sur la noble perspective d'une France au service de la civilisation chrétienne et sur ce cri d'espoir sorti de l'âme croyante d'Ozanam : « J'ai confiance qu'elle y restera6. »