‹ OzanamChapitre 31 sur 171 · Voir Dnivers religieux, 17 janvier i · texte numérisé non relu

Voir Dnivers religieux, 17 janvier i

4. Reproduit dans VUnivers,i3 février 1834. Nous avons, en collaboration avec M. Victor Bucaille, réimprimé une partie de cet article dans la Revue Montalembert du a5 mai 1912, p. 329-342.

manité. « Peut-être parmi ces idées, expliquait-il, se rencontrera-t-il quelque heureux pressentiment que d'autres plus favorisés devront poursuivre un jour. On dit que des jeux d'enfants réveillèrent dans Huygens et Newton le génie des découvertes; ce furent quelques rameaux flottants et des oiseaux dans l'air qui annoncèrent à Christophe Colomb la découverte du nouveau monde. » Le jeune adversaire des vertiges romantiques n'eut pas le temps de donner suite au projet qu'annonçait cet article. D'autres idées le hantaient, d'autres sollicitations l'obsédaient; très riche d'idées, il les semait, les laissant mûrir au gré des âmes, au gré de Dieu.

Avant qu'il n'eût pu mener à terme ses études sur la poésie et le catholicisme, la Revue Européenne, en i835, invoquait pour une autre besogne la plume d'Ozanam. Cette revue venait de traverser une crise; elle se réessayait à vivre; et c'est à Ozanam que l'on s'adressait pour l'article qui devait inaugurer la série nouvelle1. Il l'intitula : Le Progrès par le christianisme. A côté d'une page sur la jouissance de la propriété, qui déjà fait pressentir les théories sociales du penseur catholique*, Ozanam dessine, dans cet article, toute une philosophie de l'histoire universelle. Il faut citer le passage où l'on voit les connaissances de foi introduites par le jeune historien dans le domaine même de la connaissance historique, pour l'exploiter et la féconder.

On verrait le christianisme, écrit Ozanam, préparer la voie que le genre humain doit parcourir et y placer trois radieuses images de la perfection dont l'aspect triplera son courage et ses forces : à l'entrée, le souvenir de l'innocence primitive ; à la fin, la vision prophétique de la glorification future; au milieu, la figure sacrée du Christ, réunissant, dans sa personne, la nature humaine à la nature divine. On verrait le genre humain se diviser en deux parties et l'une des deux abandonner l'autorité de la tradition véritable et s'aller perdre dans une dégradation toujours croissante, marche rétrograde dont le paganisme offre l'exemple dans les temps antiques, l'hérésie dans les temps modernes, le rationalisme dans les

uns et dans les autres. On verrait la partie fidèle de l'humanité s'avancer sous l'œil de Dieu, passer de la forme patriarcale à la forme de peuple, et de celle-ci à la forme universelle ou catholique : dans ce dernier état, on verrait enfin l'humanité chrétienne, grandissant encore, traverser successivement l'ère de la foi, qui est celle des martyrs et des Pères, l'ère de l'espérance, qui embrasse les temps laborieux du moyen âge, et l'ère de la charité, qui commence au siècle de sainte Thérèse, de saint Charles Borromée et de saint François de Sales, arrive jusqu'à nous et doit se prolonger jusqu'à la réalisation complète de la loi évangélique dans l'étal social : époque où la cité de la terre se transfigurera pour devenir la cité de Dieu1.

Quelques mois se passaient; et durant ses vacances lyonnaises de i836, avant de retourner à Paris, Ozanam montait deux fois à Fourvières pour prier devant l'autel de saint Thomas Becket en vue de l'essai qu'il préparait sur deux chanceliers, Thomas Becket et Bacon*.

Ainsi coupait-il court à ses malaises, par la préparation de quelque besogne nouvelle. C'était l'époque où beaucoup de jeunes gens avaient du vague à l'âme. Dieu et le travail arrachaient Ozanam à la morbide obsession du vague ; et les souffrances mêmes, qui lui semblaient paralyser son action, avaient l'évidente vertu de parachever sa vie intérieure et de le pousser à vouloir le progrès de son âme : c'est dans une de ces minutes fécondes qu'il se reprochait de n'avoir pas porté assez avant dans son cœur la pensée du monde invisible, du monde réel ; et d'avoir trop exclusivement considéré le christianisme comme « une sphère d'idées, une sphère de culte, et pas assez comme une sphère de moralité, d'intentions, d'aetions 8 ». A l'issue de ces heures de tourments intérieurs, retentissait encore l'appel des conférences Saint-Vincent de Paul, réalisation par excellence de ce christianisme pratique dont cet intellectuel avait soif.

* * L'année 1837 l'éloigna de Paris; c'est comme professeur,

a. Ozanam, Mélanges, I, p. 359-5ao.

quelques années plus tard, qu'il devait reprendre son apostolat auprès des étudiants. Survenant à Paris en un moment où l'on ne voyait presque plus de jeunes gens dans les églises, Ozanani, en peu de temps, avait en partie modifié la physionomie morale du vieux quartier latin. De cette modification, nous avons un témoin contemporain, c'est Sainte-Beuve en personne. Après avoir dit adieu au rationalisme du Globe, puis au saint -simonisme, Sainte- Beuve, en i833 et 1 834, éprouvait d'ardentes sympathies, plus littéraires d'ailleurs que morales !, pour la religion catholique ; et son roman Volupté était même salué par quelques-uns, par Falconnet 2, par Hippolyte de La Morvonnais3, comme une œuvre d'apologétique spiritualiste et de mystique chrétienne. Or à cette époque, au moment même où l'auteur de Rolla, interpellant Voltaire, lui demandait s'il dormait content, Sainte-Beuve, en deux articles, notait le renouveau catholique dont il était le spectateur, et dont certains enthousiastes le considéraient lui-même comme un artisan.

En i833, félicitant le jeune du Glézieu, auteur d'une ode à Lamennais, d'avoir de bonne heure « cherché le port dans l'antique croyance », il ajoutait :

C'est un spectacle assurément mémorable, au milieu de tant de scepticisme et de tant d'écarts dont on est entouré, que devoir comment l'élite de ces vierges et vertueux esprits ne diminue pas, comment elle se recrute et se perpétue, conservant pour ainsi dire dans toute sa pureté le trésor moral. Quelles que soient les formes sous lesquelles doive se reconstituer (nous l'espérons) l'esprit religieux et chrétien dans la société, cette vertu avancée de quelques jeunes cœurs, cette foi et cette modestie tenue en réserve, aideront puissamment au jour de l'effusion4.

Quelques mois plus tard, dans la Revue des Deux Mon-

i. D'Haussonville, A. de Sainte-Beuve, sa vie et set œuvres, p. 67-68 (Paris, Lévy, 1875). Michaut, Sainte-Beuve avant les lundis, p. 188 et suiv. (Paris, Fontemoing, 1903).

a. Falconnet, Bévue du Lyonnais, i834, p. 246-247.

3. La France catholique, album religieux, historique, scientifique et littéraire, 4 octobre i834, p. 240-24:1.

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