‹ OzanamChapitre 32 sur 171 · Sainte-Beuve, Premiers Lundis, II, p · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Premiers Lundis, II, p

des, Sainte-Beuve rendait compte de l'édition des œuvres de Salvien que venaient de publier Grégoire et Collombet :

Dans cette publication estimable, expliquait-il, les auteurs n'ont pas été mus seulement par des raisons d'étude, et de choix historique et littéraire ; un sentiment religieux, qui est celui d'une si notable partie des jeunes générations de notre temps, les a poussés à cette entreprise utile dont ils se sont acquittés avec élégance et bonheur... Ainsi les études religieuses renaissent de toutes parts, et il se manifeste un mouvement non douteux de restauration du christianisme par la science !.

La « vertu avancée », la« foi et la modestie tenue en réserve », la « restauration du christianisme par la science », voilà trois caractères par lesquels se dessine la physionomie personnelle d'Ozanam et dans lesquels se résume son mode d'action. Et si Sainte-Beuve, sans nommer Ozanam, donne d'une « notable partie des jeunes générations » un portrait d'ensemble qui pourrait être, avec une exactitude frappante, le portrait individuel de l'illustre étudiant, on ne saurait trouver un plus émouvant indice de l'empreinte qu'avait mise Frédéric Ozanam sur la jeunesse environnante etde l'ardeur créatrice avec laquelle il avait su communiquer à cette jeunesse beaucoup de luimême, en se donnant à elle tout entier 2.

Georges Goyau.

i. Revue des Deux Mondes, i5 janvier i834, cité dans Latreille et Roustan, Lettres de Sainte-Beuve à Collombet, p. i3a (Paris, Société française d'imprimerie etde librairie, 1903). Lorsqu'Ozanam mourra, Sainte-Beuve, alors émigré vers de tout autres idées religieuses, se souviendra de lui, et il écrira à Collombet (Latreille et Roustan, op. cit., p. 270) : « La mort d'Ozanam est une perte, quoiqu'il fût déjà hors de combat depuis quelques années : il est universellement regretté. Je crois qu'Ampère est changé de mettre ordre à ses papiers, et qu'il en tirera la matière d'un portrait, sinon d'une statue. »

2. Mme Laurent Laporte, fille d'Ozanam, avait bien voulu nous aider, pour cette étude, d'un certain nombre de communications qui furent pour nous d'un grand prix : la mort depuis lors est venue la surprendre; et l'on peut dire que les derniers mois de sa vie furent consacrés à seconder la préparation du centenaire de son père. Nous tenons à remercier, aussi, pour le concours qu'elle nous a prêté, Mme Picard, née Lallier : nous devons à sa bonne grâce d'avoir pu consulter un précieux recueil factice dans lequel M. Lallier avait rassemblé les numéros de la Tribune et de l'Univers contenant des articles des premiers confrères de saint Vincent de Paul.

Le Fondateur de la Société

de Saint- Vincent de Paul

Le Fondateur de la Société

de Saint- Vincent de Paul (1)

Les débuts des conférences de Saint- Vincentde Paul sont longtemps demeurés environnés d'une certaine imprécision. Lorsqu'on les interrogeait, la plupart des premiers membres, pris d'un scrupule d'humilité, se dérobaient aux questions : « C'est un mouvement de piété chrétienne qui nous a réunis, et personne en particulier ne peut se rapporter l'origine de la Société. Quand on a dit cela sur l'origine de la Société de Saint- Vincent de Paul, on a tout dit2. » Ils ajoutaient parfois (et ceci n'était point une sim-

1. La première source est ici l'admirable Correspondance, récemment rééditée, échangée par Ozanam avec ses parents et ses amis de jeunesse : les extraits relatifs à la Société de Saint- Vincent de Paul, joints à divers rapports ou discours d'Ozanam, seront prochainement publiés en un volume séparé parles soins de l'un des vice-présidents généraux de la Société (M. le vicomte d'Hendecourt). — L'opuscule intitulé Origines de la Société de Saint-Vincent de Paul, d'après les souvenirs de ses premiers membres, a été composé de 1879 à 1882, comme l'indique l'avertissement de la réimpression de 1909, par Lallier, qui avait contrôlé ses réminiscences par celles des trois autres témoins survivants de la fondation. Mme Laurent Laporte, fille de Frédéric Ozanam, malheureusement décédée elle-même le 26 juin 1912, avait bien voulu me communiquer de précieux documents inédits. Je dois connaissance de trois lettres intéressantes à M. René Devaux, fils de Jules Devaux. Enfin, quelque temps après la mort d'Ozanam, deux de ses plus anciens amis lyonnais, Brac delà Perrière et Chaurand, instituèrent une véritable enquête sur le rôle joué par lui dans la fondation de la première conférence; grâce à l'obligeance de M. Gabriel Perrin, gendre de Brac de la Perrière et ancien bâtonnier de l'ordre des avocats près la Cour d'appel de Lyon, j'ai pu consulter non seulement les pièces de cette enquête, mais le récit dans lequel Brac de la Perrière avait condensé et discuté les divers témoignages recueillis. Il convient naturellement de citer •aussi les diverses biographies d'Ozanam.

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