Lettres, éd. 1912, I, p
vants. A Lyon, dans le cercle de la famille Soulacroix, où l'on suivait ses débuts avec un intérêt facile à comprendre, on avait trouvé, paraît-il, les premières leçons un peu austères. Devant ces affectueuses critiques de personnes très éprises de sa réputation, très pressées d'en jouir, plus sûres de son talent que conscientes des difficultés de toute œuvre sérieuse, et qui, je ne dis pas préféraient le succès mondain au succès scientifique, mais les confondaient peut-être, Ozanam se justifiait d'abord en rappelant que le Journal de V Instruction publique ne reproduisait pas intégralement ses cours, qu'il « abrégeait, resserrait et desséchait » ; mais il ajoutait :
« Nous distinguons deux sortes de succès, et leur réunion peut seule assurer notre avenir; le succès de popularité et le succès d'estime. Le premier s'acquiert par l'éclat ou la chaleur de l'élocution, par l'habileté avec laquelle les matériaux se disposent, par le choix même d'un sujet opportun. Il est obtenu quand la multitude est compacte et les applaudissements prolongés. 11 soutient le professeur dans le monde, mais seul il ne suffirait pas pour aplanir sa carrière universitaire. Au contraire, c'est souvent une tentation et un péril; l'habitude de sacrifier aux caprices publics compromet et déshonore l'enseignement. Le second exige des recherches patientes, des choses rares et peu connues, des aperçus approfondis, une érudition voisine peut-être du pédantisme. C'est le suffrage des confrères, l'approbation des gens de métier, qui ne se payent pas de phrases; c'est un certain parfum de poussière classique auquel dame Université, notre mère, se complaît, et qui appelle de ce côté ses bonnes grâces et ses faveurs. On n'approuve pas en Sorbonne « les cours d'Athénée et les « littératures de feuilleton » ; tel est le perpétuel adage de M. Le Clerc et de M. Cousin. »
Ainsi, même à cette époque où l'on se figure trop volontiers que régnait le culte exclusif delà « grande leçon », on en sentait les inconvénients et les dangers possibles.
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Personne cependant ne songeait à y renoncer ; aucun professeur ne se serait fait un titre de gloire, ainsi qu'il arriva quelquefois au temps de la réaction contre les cours publics, de faire le vide dans sa salle, d'éprouver ses auditeurs en les ennuyant départi pris, et d'appliquer à leur recrutement les procédés de Gédéon. Ozanam, en particulier, a toujours voulu tout concilier : attirer le grand public, satisfaire les « hommes spéciaux qui dédaignent le style et ne cherchent que la science l » ; mais si l'on était tenté de penser qu'il jetait sur les dessous d'ailleurs très solides de ses leçons une parure par trop brillante, il faut se souvenir qu'on lui a parfois, de son temps, adressé le reproche tout contraire.
Grâce à ses papiers pieusement conservés, il est facile de retrouver sa méthode de travail. De vastes lectures, faites la plume à la main, formaient sa préparation générale. Il a rempli de gros registres des analyses détaillées des principaux ouvrages relatifs aux sujets qu'il se proposait de traiter. Il ne semble pas avoir pratiqué la méthode des fiches ; c'est un détail de métier qui lui manquait et dont le défaut se fait sentir2. Pour son cours même, quelques pages d'une écriture très fine et très ferme contenaient le canevas détaillé de chaque leçon, avec le texte des citations à faire3. Il n'emportait pas autre chose4. Il se gardait bien de lire et même d'apprendre par cœur et même de tout rédiger d'avance, se fiant à l'improvisation pour développer son thème. Au début et malgré toutes les instances, il refusait très sagement de publier au fur et à mesure «ses leçons sténographiées et simplement revues ». « La critique, observait-il, a bien plus de prise