Lettres, II, 3 (à M. Soulacroix
2. Cf. Lettres, II, 183 (éd. 1912), la lettre où Ozanam expose ses projets à son amiFoisset. Cf.lbid., 291.
3. Dans une lettre à sa fiancée {Lettres, 1912, I, 397), Ozanam explique comment il s'ingénie à rechercher la variété : « Il ne se passe guère de leçon où je n'aie tour à tour des considérations philosophiques, un tableau historique, quelque citation de poète naïve ou touchante, quelques détails de mœurs qui piquent
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Ozanam le possédait au plus haut degré1. Mais il y a bien des manières d'être éloquent. Parmi les dons de l'orateur, il en est qui disparaissent tout entiers avec lui et sur lesquels la postérité ne peut que s'en rapporter aux contemporains. C'est tout ce qui se rattache à l'action oratoire. Les témoignages ici sont unanimes : Ozanam était mal pourvu des qualités purement physiques. « Sa voix est peu flexible, a dit de lui Sarcey2 ; elle est forte, mais très monotone; son bras n'a qu'un geste et qui n'est pas gracieux. » Caro3 parle aussi de sa voix « sourde et concentrée », de sa « physionomie... immobile », de « son geste lourd », de « ses yeux fermés ». « On aurait dit, ajoute-t-il, qu'il craignait de voir en face ce terrible auditoire qui pourtant l'adorait. » C'est qu'en effet ces défauts physiques étaient en grande partie l'effet d'une extrême timidité naturelle. Caro, qui fut l'élève d'Ozanam à Stanislas4, a noté que même dans sa classe, « comme il y avait de la gêne dans son maintien, il y avait aussi de l'embarras et presque delà gaucherie dans ses premières paroles... Les premiers moments étaient toujours à Lincertitude et au trouble. » Que dire alors de sa chaire bien autrement intimidante de la Sorbonne ? La lettre5 où il raconte à sa fiancée les impressions de son premier cours est une véritable analyse psycho-physiologique des phénomènes du « trac ». « Un peu pâle et tremblant... je prends place... Mais yeux se lèvent vers l'auditoire; et alors cet amphithéâtre couvert de plus de trois cents personnes,
la curiosité ou qui excitent l'hilarité générale. Déjà l'occasion s'est présentée cinq ou six fois de conter de ces merveilleuses légendes auxquelles la foi se refuse, mais l'imagination se complaît. »
4. « Monsieur Ozanam, on n'est pas plus éloquent que cela! » lui avait dit Cousin le jour de sa soutenance de thèse.
2. Extraits du Journal de Jeunesse de Sarcey; cités par M. Adolphe Brisson dans le Temps du 7 janvier 1903.
3. Ca.ro, Un apologiste chrétien au XIX* siècle : Frédéric Ozanam (Revue contemporaine, du 31 juillet 1856).
4. Ozanam professa la rhétorique à Stanislas en même temps qu'il suppléait Fauriel. Il abandonna sa classe, conformément aux règlements, quand il devint titulaire.