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Paru dans le Correspondant en

L HISTORIEN

et La Civilisation chrétienne chez les Francs; ils forment ensemble les Etudes germaniques.

Pour bien comprendre le mérite propre des Germains, il faut songer à leur date. L'Allemagne avait, depuis un demi-siècle, prodigieusement travaillé. C'est le moment où elle a fondé sa réputation et sa supériorité dans toutes les branches de l'érudition. L'étude avait été pour elle une consolation et une revanche de l'oppression napoléonienne; puis après sa délivrance une manifestation de l'orgueil du triomphe, et une lente préparation de ses destinées futures. Ce grand effort avait profité notamment aux antiquités nationales. Là surtout le patriotisme était venu renforcer la curiosité scientifique. Sanctus amor patriae dat animum, dit la devise de la Société des Monumenta Germaniae. A la suite des frères Grimm, dont la découverte initiale, le poème de Hildebrand et Hadebrand, date précisément de l'année décisive 1812, toute une équipe de savants avait exploré l'origine, l'ethnographie, les traditions religieuses, les coutumes, la langue et la poésie desanciens Germains. Tout un passé longtempsobscur devenait objet de science au même titre que l'antiquité gréco-romaine, jusqu'alors surtout cultivée des érudits; et du même coup des rapports nouveaux se révélaient; la vieille Germanie ressuscitée se classait à sa place au milieu de la grande famille indo-européenne, dont l'unité apparaissait de plus en plus clairement aux philologues, On ne saurait dire que tout cet immense travail fût perdu pour la France4. Mais à coup sûr il n'était pas encore aussi connu qu'il aurait dû l'être. Nous l'avons déjà remarqué : le temps n'était pas encore venu où la connaissance pratique des langues vivantes serait réputée nécessaire à l'historien. Un renom bizarre d'inaccessibilité protégeait les travaux allemands. On s'excusait de les ignorer par un préjugé qu'on trouvait plus commode d'entretenir que de vérifier. Il était entendu que l'érudition germanique était indigeste, pédante, obs-

1. Ozanam cite lui-même quelques-uns de ses prédécesseurs (Les Germain» avant le Christianisme, éd. 1872, p. 6).

cure et paradoxale; et que les savants allemands s'estimaient trop heureux que « l'esprit français » voulût bien repenser leurs découvertes, pour les leur faire mieux comprendre à eux-mêmes, en y mettant l'ordre et la clarté4. Dans ces conditions, c'était déjà rendre un grand service que « de populariser une science déjà faite2 » et de donner au public français une bonne adaptation, un résumé fidèle et suggestif des travaux allemands sur les antiquités germaniques. Tel est le but du livre d'Ozanam, la moins originale de ses œuvres sans être pour cela la moins utile. L'historien y relèverait aujourd'hui l'emploi peut-être excessif de la méthode comparative. Soit Ozanam, soit les guides qu'il suivait, dans leur enthousiasme bien naturel pour des résultats si nouveaux et si considérables, n'ont-ils pas trop insisté sur les rapprochements et les ressemblances? Dans quelle mesure, par exemple, est-il permis de se servir des Sagas islandaises pour décrire l'état religieux des Germains du temps des invasions, ou même des Germains d'avant Gésar; et n'est-on pas constamment engagé dans une espèce de cercle vicieux : démontrer des analogies par une méthode qui inconsciemment commence par les supposer ? C'est l'objection queprésentèrent, dès l'apparition du livre, des esprits judicieux et critiques3. Ozanam se défendit par des arguments qui sont les meilleurs que l'on puisse apporter4; et qui cependant ne paraîtraient pas décisifs, aujourd'hui que dans la méthode comparative on est porté à voir surtout les dangers, et pas assez peut-être les séductions légitimes. En revanche Ozanam ne fait à peu près pas appel à un moyen d'investigation que les modernes emploient avec une

1. Même Ozanam parle de la « sauvage érudition germanique » et des auteurs allemands « dont le pédantisme a la prétention de rendre inaccessibles au vulgaire les avenues de la science ».

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