Ozanam, livre du centenaire
Le souvenir de Frédéric Ozanam est dignement célébré dans le présent volume. Avec la richesse de vues et V abondance d'informations qiCil apporte à toutes ses études d'histoire religieuse, M. Georges Goyau nous a redit V apostolat intellectuel du jeune étudiant que mieux que personne il était capable de goûter. Historien de marque, secrétaire général du Conseil central des Conférences Saint-Vincent de Paul, M. de Lanzac de Laborie, en un vivant récit, a projeté de nouvelles clartés sur les origines de ces conférences. Erudit et critique très sûr, M. Edouard Jordan, professeur à la Faculté des Lettres de Rennes, est remonté jusqu'aux sources de V œuvre historique d 'Ozanam, et, par une discussion serrée, a démontré la valeur de cette œuvre très brillante et pourtant très solide. M. Henry Cochin, de qui le talent est, par tant de côtés, frère de celui d' Ozanam, a dessiné d'un trait exquis V homme de lettres, l'amant passionné de l'Italie, de Dante et des poètes franciscains. Professeur d'économie politique à la Faculté libre de Lille, animé du même esprit catholique et social qui fut celui de Frédéric Ozanam, M. Eugène Duthoit a noté avec force et précision les idées, voire les aspirations du sociologue. Enfin Mgr Baudrillart, fort de la double compétence que lui donnent une connaissance exacte de
PREFACE
la doctrine catholique et un long enseignement de l histoire de V Eglise, a présentéla synthèse vigoureuse et neuve des idées et des faits que le disciple des Chateaubriand, des Ballanche, des Lamennais, que Vhistorien original de la civilisation chrétienne aux temps barbares a jetés dans le arand concert de V apologétique chrétienne. Tous ces écrivains ont fait œuvre personnelle et approfondie.
Mon dessein n'est pas de livrer par avance aux lecteurs les résultats de leurs recherches . Je voudrais plutôt montrer ici pourquoi le centenaire de Frédéric Qzanam ^intéresse pas seulement le monde catholique.
Le fondateur des Conférences Saint-Vincent de Paul appartient à l'histoire du sentiment religieux et des institutions charitables en France au xixe siècle ; mais le successeur de Fauriel à la Sorbonne appartient à V histoire des lettres. Son œuvre, qui porte si bien sa date et reflète si fidèlement une époque, est un chaînon indispensable dans la suite de nos idées littéraires. Elle ne vaut pas seulement comme document et pour V influence quelle a pu exercer ; elle se recommande encore par de brillantes qualités de forme et contient des pages qu'on aura toujours plaisir à relire. Si elle a eu à souffrir du discrédit qui, dans ces dernières années, nous a rendus sévères jusqu'à l'injustice pour tout ce qui touche au romantisme, le moment est venu de la remettre à sa place et à son rang.
L'homme fut admirable et charmant. A nul autre plus qu'à lui ne convient V éloge d'avoir été de la race des purs. Toute sa vie ne fut consacrée qu'aux soucis les plus nobles et dépensée qu'aux tâches les plus bienfaisantes. Et sur cette destinée si remplie et trop courte plane la mélancolie des existences prématurément brisées... Il était ne à Milan de parents lyonnais. Cela explique la double tendance qui caractérise son esprit. On a souvent signalé le mysticisme familier à l'âme lyonnaise : Ozanam est né religieux. Le tourment de V infini, l'aspiration à l'audelà, le besoin de tout rapporter à Dieu, sont des traits