‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 106 sur 192 · Poètes franciscains, p · texte numérisé non relu

Poètes franciscains, p

que l'ordre va au rebours des intentions de son fondateur, et que la corruption de l'Eglise est un effet de sa richesse, et que la corruption du Saint-Siège en particulier est une conséquence du pouvoir temporel ; et s'il damne saint Célestin V, le pontife selon le cœur des Spirituels, ce n'est au fond que l'effet tout contraire d'un même sentiment : il en veut au pape de l'abdication, di gran rifiuto, des espérances qu'il avait fait naître et qu'il a trompées*. Dans tout cela d'ailleurs, il n'y a pas encore la preuve d'une influence personnelle de Jacopone sur Dante. Littérairement c'est une bien grande exagération de voir en Jacopone un précurseur du grand poète florentin2; et je doute fort qu'il ait fallu son exemple pour décider Dante à écrire en italien. Ne fût-ce que par sa langue3, Dante se rattache à un tout autre groupe que celui des laudesi ombriens; et les ressemblances qu'on avait cru découvrir entre lui et Jacopone s'évanouissent au fur et à mesure qu'on replace à leur date véritable des poésies indûment attribuées à ce dernier et beaucoup plus récentes4.

Enfin, Ozanam n'a pas tout à fait évité une espèce de contradiction où sont tombés la plupart des historiens de saint François et de son ordre ; et dont ceux-là seuls se sont préservés qui ont pris pour cadre de leur travail les controverses sur l'interprétation de la règle. Je veux dire qu'il lui est arrivé défaire un titre de gloire à saint François de choses qui se sont faites à propos de lui, mais contre ses intentions et son esprit. Un des mérites les plus incontestables de son livre, c'est d'avoir montré en «aint François un précurseur lointain delà Renaissance. Lp prédication franciscaine a ranimé la ferveur religieuse. En orientantla piété vers la méditation de la Passion du Christ,

1. Dante blâme d'ailleurs les exagérations des Spirituels, et voudrait qii'l'ordre tint un juste milieu entre eux et les relâchés (Paradis, XII, 12''), elil se sépare d'eux en ce qu'il est un scolastique, un savant, et qui estime très haut la science.

2. Gomme l'a un peu trop fait Ozanam (Poètes franciscains, p. L'44 et suiv. .

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