Chabot et Charlett, op. cit., p
Avec plus de pétulance que de logique, Materne insinuait que la révolution de i83o, permise par Dieu, était dès lors voulue par Dieu : de là à la qualifier de fait providentiel, il n'y avait qu'un pas; et Materne l'avait franchi. Mais le sage Ozanam remettait les choses au point.
J'adopte parfaitement tes idées providentielles, lui signifiait-il. Mais je fais une distinction. Je regarde comme légitime tout ce qui est providentiel, comme providentiel tout ce qui est durable. Ainsi je regarde comme providentiel 1789, parce qu'il dure encore, parce qu'il continue son action; je regarde comme purement humain 170/i, qui n'a duré qu'un an. Je regarde comme providentiel et légitime le rèo-ne de Napoléon, et comme humain et illégitime sa domination de cent jours. C'est pour cela encore qu'aujourd'hui que tous les jeunes proclament la glorieuse révolution, je tâche de me faire vieux, et je regarde, j'attends, j'observe; dans dix ans d'ici, je te dirai ce qu'elle a renfermé de légitime et d'illégitime, de providentiel et d'humain '.
Les ardeurs politiques de Materne ne laissaient pas d'effrayer Ozanam ; il craignait que son ami ne pardonnât trop aisément les passions antireligieuses, parfois féroces, auxquelles se laissaient aller les triomphateurs de la veille.
Si je te donne un conseil, lui écrivait-il un autre jour, c'est celui de te défier des hommes de ton parti politique, qui, ne sachant pas comprendre l'accord du catholicisme et de la liberté, réunissent tous leurs efforts pour abattre notre divine religion et mettre le protestantisme ou encore le déisme à sa place. Leur prétendue tolérance consiste à abattre les croix et fusiller les fidèles à genoux aux pieds de leur Dieu. Tout cela, disent-ils, pour exécuter le Concordat, qu'ils violent à chaque instant. Honte à eux! ou plutôt puissent-ils revenir à de meilleurs sentiments2 !
Ozanam sentait chaque jour d'une façon plus nette la difficulté de connaître et de juger les faits politiques dont il percevait l'écho lointain. Et cependant son ami Fortoul, son ami Hippeau, qui vivaient à Paris, qui étaient témoins de ces faits, lui écrivaient pour connaître son opinion; ces deux Parisiens interrogeaient ce Lyonnais.