‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 12 sur 192 · Servan de Sugny, Revue lyonnaise (i855), X, p. 4g · texte numérisé non relu

Servan de Sugny, Revue lyonnaise (i855), X, p. 4g

ils murmuraient à l'oreille fiévreuse de leurs camarades : « Silence, liberté ! voilà notre devise ! A demain : le bonheur nous appelle 1 le génie de la République nous attend ! » Leur expulsion, sans doute, n'apaisa pas tous les agités ; car six semaines plus tard, le 12 avril, le directeur de la police prenait la peine d'écrire au ministre : « Si les élèves nouveaux se disent religieux ou royalistes, on les tourmente jusqu'à ce qu'on ait obtenu une sorte de rétractation et un changement réel dans leurs dispositions \ » Ozanam, grâce à l'externat, ne fut pas en butte, semble-til, à ces vexations gamines qui peut-être, autour de lui, troublèrent et dévièrent des existences.

Rien ne laisse croire que dès le collège il se soit occupé de politique. Mais la révolution de i83o ne pouvait le laisser indifférent; et sa méthode pour la juger, c'était de chercher quelle place elle tenait, soit pour les seconder, soit pour les contrecarrer, dans les mystérieux plans divins. Il discutait là-dessus avec son ami Materne. Il semble que celui-ci ne tempérait d'aucune réserve sa juvénile admiration pour les vainqueurs de Juillet; Ozanam était plus prudent, plus subtil.

Oui, mon ami, écrivait-il à Materne, la religion s'accorde avec la liberté. Vois les Suisses, vois les Polonais, vois les Américains du Sud! La religion et la jeune France devraient se rapprocher, se réunir; mais malheureusement je les vois se séparer, se repousser mutuellement tous les jours par une malveillance réciproque. D'un côté, paroles et actions dangereuses, suspectes, de la part du clergé. Du côté de l'autorité, abnégation du catholicisme comme religion de l'Etat, injures publiées contre la religion sans aucune répression delà part du gouvernement, suppression du traitement des cardinaux contre la stipulation du Concordat, renversement scandaleux des Croix de mission, dénonciation extraordinairement acre de M. Pons de l'Hérault, tout cela contribue à augmenter le mécontentement mutuel. Au lieu d'entrer dans une voie de conciliation et de se faire des concessions réciproques, on se chicane, on se vexe, on se harcèle, on dirait des ennemis en personne, et la cause de cela? le préjugé commun que la religion catholique est la sœur du despotisme, l'ennemie de la liberté.

Page 1