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termes, il s'agit d'apprendre s'il y eut chez les Germains une tradition religieuse perpétuée par l'enseignement, par le sacerdoce et le culte public, qui les rattache à la société des nations civilisées; ou bien, si l'on n'y trouve que les superstitions grossières où tous les peuples sauvages se jettent, pour satisfaire ce besoin de croire et de pratiquer qui tourmente tous les hommes. »
Une étude minutieuse de la mythologie des peuples de racé germanique permet à l'historien de rattacher leurs traditions aux grands systèmes dualistes et panthéistes de la Perse et de l'Inde; mais, par delà ces systèmes, il veut atteindre « le premier état de la tradition », « les dogmes primitifs » ; et il se fait fort d'y parvenir.
« C'est d'abord une divinité souveraine dont le nom désigne une nature spirituelle, qu'aucune image ne peut figurer, aucun temple contenir. C'est une trinité qui parait dans les trois chefs des Ases : Odin, Vili et Ye ; dans les trois personnages divins adorés à Upsal : Thor, Odin et Freyr; dans les trois noms qu'invoquaient les Saxons et les Francs : Donar, Wodan et Saxnot. C'est un âge d'or où tout vivait en paix, jusqu'à ce que le crime dune femme introduisît le désordre et la mort. Ici, peut-être, se rattachent d'autres souvenirs : l'arbre symbolique planté au centre de la terre, le principe du mal prenant la figure du serpent, le déluge où la première génération des méchants fut détruite. Le destin du monde roule sur l'immolation du dieu victime, qui ne subit la mort que pour la vaincre. Enfin, tout aboutit au jugement des âmes et à l'autre vie sanctionnant les devoirs de celle-ci. Ces peuples violents, qui ont horreur de toute dépendance, conservent, dans leurs chants, les préceptes d'une morale bienfaisante; ils se soumettent aux assujettissements, aux humiliations volontaires du culte, de la prière, du sacrifice. C est le fond mystérieux sur lequel toutes les religions reposent. En ouvrant les livres, en comparant les monuments de toutes les nations qui ont laissé une trace dans l'histoire, on y verrait, dispersés mais reconnaissables, les mêmes dogmes
de l'unité, delà trinité, de la déchéance, de l'expiation par un Dieu Sauveur, de la vie future. Les mêmes préceptes y seraient soutenus des mômes institutions. Ces idées, partout corrompues et troublées, retrouvent leur pureté et leur enchaînement naturel dans les souvenirs de la Bible. Cest là que je reconnais une tradition primitive, un enseignement divin, qui fit la première éducation de la raison humaine et sans lequel l'homme naissant, pressé par des besoins sans nombre, entouré de toutes les menaces du monde extérieur, ne se fut jamais élevé aux connaissances qui font la vie morale. Quand les peuples se séparent et s'en vont aux extrémités de la terre chercher le poste où ils doivent s'arêter, la tradition les accompagne ; elle voyage sur leurs chariots avec leurs vieillards, leurs femmes, leurs enfants avec tous les gages sacrés de la société future. Quelque part qu'ils dressent leur hutte, au bord de la Baltique ou du Danube, elle demeure au milieu d'eux, elle vit au foyer de ces laboureurs et de ces patres; elle y entretient la pensée de Dieu, des ancêtres, du devoir, de l'autre vie, de toutes les choses invisibles qui enveloppent le monde visible, l 'éclairent et le rendent habitable pour les âmes'. »
Telle est, exprimée avec plus de force et de netteté que nulle part ailleurs, la pensée définitive de Frédéric Ozanam sur la révélation primitive et la tradition. Après tout, si on la dégage de quelques termes excessifs et de certains rapprochements douteux ou forcés, elle ne diffère pas essentiellement de celle que Bossuet, au début du Discours sur V Histoire universelle, a livrée aux méditations de la postérité-.