Fbid., p
3. Notamment à la û" et à la 6* : « L'usage de lu raison précède la foi et y i .induit 1 homme par la révélation et la grâce. La raison peut prouver avec certitude l'authenticité de ta révélation faite aux Juifs par Moïse et aux chréliens par Jésus-Christ. » Bautain signa le 18 novembre 1833; mais les difficuli si renaquirent et ne furent apaisées qu'en 18'i0 par la signature de nouvelles propositions assez peu différentes de celles de 1835. En 1844, Bautain et Be« amis signèrent un dernier formulaire, rédigé à Rome, qui précise les droits de la raison. L'Abbiï de RÉCNT, Bautain, p. 240, 288, 336.
délicate, et qu'après 1840, Ozanam, éclairé parles explications mêmes demandées à l'abbé Bautain, devait, ainsi <|ue nous l'avons déjà fait voira propos de ses travaux d'histoire religieuse, corriger tout ce que son langage avait d'imparfaitement exact, et montrer par sa propre conduite qu'il tenait toujours « l'orthodoxie pour le nerf et la force de la religion ».
« C'est à l'histoire à nous redire l'histoire du genre humain. » Plus ou moins consciente, cette pensée, qu'il avait exprimée dès 1831, faisait son chemin dans le cerveau d'Ozanam. De la philosophie de l'histoire, dont le goût s'était avivé en lui à écouter les conférences de l'abbé (ierbet1, il allait passer à la pure histoire; des origines religieuses des divers peuples, aux origines chrétiennes de l'Europe moderne.
En juin 1836, — au moment même où s'achevaient à Paris les études de Frédéric Ozanam, et où il se disposait assez tristement à regagner Lyon pour y exercer l'une quelconque des professions dont le doctorat en droit est la porte naturelle, — résonnaient délicieusement dans l'âme de tous les catholiques studieux les pages évocatrices de V Introduction à la Vie de sainte Elisabeth de Hongrie, l'hymne magnifique que Montalembert venait de chanter a la gloire du moyen âge.
« C'est, dirons-nous avec l'historien de Montalembert2, comme un splendide cadre d'or dont il veut entourer son chef-d'œuvre. Et ce cadre est lui-même un chef-d'œuvre. Voici, au sommet et très en relief, les portraits du grand pape Innocent III et de ses héroïques successeurs. Tout autour se déroulent les principales scènes de l'histoire au xine siècle : en Orient, la prise de Constantinople et la ruine de l'Empire grec par une poignée de Francs ; en Espagne, las Navas de Tolosa et saint Ferdinand'; en
! . Lettre d'Ozanam à Falconnet, 10 février 1832. "-'. Le R. P. Lecanui r, Montalembert, t. I, p. 460.
France, Bouvines et saint Louis; en Allemagne, la gloire et la chute des Hohenstaufen; en Angleterre, la Grande Charte. Puis saint Dominique et saint François d'Assise apparaissent avec leurs légions innombrables de saints et de disciples : les cathédrales gothiques s'élèvent dans leur merveilleuse splendeur; le moyen âge tout entier est là avec sa foi, ses arts, sa poésie, ses traditions les plus charmantes... Jadis Montalembert s'élevait contre le vandalisme destructeur;... il se retourne aujourd'hui vers ses contemporains incrédules, afin de leur faire connaître ce que l'Eglise, cette sainte et féconde mère, a fait pour la civilisation, pour les lettres, les arts, l'intelligence et la liberté... Depuis le Génie du Christianisme, aucunevoix n'avait affirmé ces vérités avec tant d'éloquence. Et cette voix fut entendue. »
D'autant mieux qu'elle faisait écho à d'autresqui n'étaient pas pour les jeunes catholiques d'alors, pour Ozanam en particulier, des voix inconnues.
Lui-môme n'avait-il pas avoué, six mois auparavant, que, depuis cinq ans, il rêvait d'une société, dont le but fût de glorifier la religion par les arts et de régénérer les arts par la religion, d'enrôler, à la suite des arts, les sciences et les lettres et de réhabiliter tout ce que les hommes qui avaient juré d'écraser l'infâme avaient entrepris de déshonorer'.
Accomplir en France l'œuvre à laquelle s'étaient consacrés en Allemagne les frères Boisserée et Frédéric Overbeck, Arnim, Brentano, Gœrres, Frédéric Schlegel ; montrer, comme ce dernier, à l'aide de l'histoire interprétée parla foi, la restauration de l'image divine dans l'humanité qui s'en était éloignée2, se pouvait-il concevoir plus noble et plus féconde ambition, pour des hommes décidés à servir la science et la religion, la religion par la science ?