‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 170 sur 192 · Ozanam à La Noue, 24 novembre · texte numérisé non relu

Ozanam à La Noue, 24 novembre

2. G. Goyau, L'Allemagne religieuse, le Catholicisme, t. I, p. 375. La Philosophie de l'histoire, de Schlegel, parut en traduction française, précisément en 1836.

l'apologiste 421

N'oublions pas que notre Ozanam suivait le mouvement des lettres allemandes, et que, toujours précoce, il avait, dès 1832, âgé de dix-neuf ans, remarqué et signalé à propos d'une Vie de Grégoire Vil, l'esprit catholique de quelques historiens protestants et la justice qu'ils commençaient à rendre aux siècles qui s'étaient écoulés à l'ombre protectrice de la papauté '.

Et voici qu'à son tour Lacordaire, après avoir célébré sous les voûtes de Notre-Dame la magnificence du rôle de l'Eglise catholique, arrivait par le Mémoire pour le rétablissement en France de tordre des Frères Prêcheurs, bientôt suivi de la Vie de saint Dominique, vers ce même carrefour de l'apologétique historique : le moyen âge, depuis l'heure où le christianisme s'était emparé du monde antique mourant et du monde barbare naissant à la vie civilisée, jusqu'au jour où, dans la splendeur du xme siècle, sa fleur s'était épanouie, ses fruits s'étaient mûris.

Retour au moyen âge, romantisme et catholicisme semblaient partout marcher la main dans la main. Telle est la grande école à laquelle Ozanam tendait à se rattacher. Il allait en être le dernier, le plus discret et le plus exact représentant.

En 1838, son évolution vers le moyen âge était achevée; il écrivait à son ami Pessonneaux : « Crois-moi, le moyen âge est un peu comme les îles enchantées dont parlent les poètes; on y aborde en passant et seulement pour quelques heures; mais on y cueille des fruits, on s'y désaltère à des fleuves qui font oublier la patrie, c'est-à-dire le temps présent; ou, pour, pour s'exprimer d'une façon plus simple, on y est vraiment captivé par le charme des faits, des mœurs, des traditions ; on est retenu par la multitude des documents2. »

Dieu lui-même, grâce aux événements qu'il avaitsusci-

1. Voir notamment lettre d'Ozanam à Falconnet, 10 février 1832. Sur les hommages rendus parles historiens protestants de cette époque au moyen âge, cf. Goyau, V Allemagne religieuse, le Catholicisme, t. II, p. 226.

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