Ibid., p. 58a
Combien il est à regretter qu'il n'ait point été donné à Ozanam de tracer du moyen âge à son apogée une synthèse analogue à celle qu'il nous a laissée de ses origines, des temps barbares ! Nous l'avons dit : nous ne nous trouvons plus en présence que de fragments. Mais partout, qu'il s'agisse de Dante, ou des Poètes franciscains, la pensée apologétique se déclare et prédomine.
N'eût-il à mentionner qu'en passant Grégoire VII, l'historien apologiste ne manquera pas d'affirmer que l'humiliation de l'empereur devant le pontife, à Canossa, « ce fut encore une fois le triomphe de la civilisation sur le monde barbare' ». S'il décrit telle vallée de l'Ombrie, il opposera d'instinct au poète des voluptés délicates, Properce, «le chantre d'un meilleur amour », saintFrancois d'Assise2. Au lieu de se borner à analyser avec science, finesse, émotion, les poèmes de Jacopone de Todi,- il s'appliquera à en tirer la leçon morale et chrétienne :
« Le peuple, écrira-t-il par exemple, n'a jamais eu de plus grands serviteurs que les hommes qui lui apprirent à bénir sa destinée, qui rendirent la bêche légère sur l'épaule du laboureur et firent rayonner l'espérance dans la cabane du tisserand. Plus d'une fois sans doute, au coucher du soleil, quand les bonnes gens de Todi revenaient du travail des champs et serpentaient le long de la colline, les hommes aiguillonnant leurs bœufs, les femmes portant sur le dos leurs enfants basanés, derrière eux quelques religieux franciscains, les pieds tout couverts de poussière, on les entendit chanter la chanson de Jacopone, qui se mêlait aux tintements de l'Angélus : « Doux amour de pauvreté, combien faut-il que nous t'aimions ! Pauvreté, ma pauvrette, l'humilité est ta sœur; il te suffit d'une écuelle et pour boire et pour manger. Pauvreté ne veut que ceci : du pain, de l'eau etunpeu d'herbes. Si quelque hôte lui vient, elle y ajoute un grain de sel. Pauvreté chemine sans crainte; elle n'a pas d'ennemis : elle n'a pas