I. Lettres d'Ozanam, I, p. a4-3o
a. Voir l'émouvante description que donne Alfred de Vigny de ces manuscrits flottant, sur le fleuve, dans son roman de Daphné [Revue de Paris, i5 juin 1912, p. 694-696).
3. Thureau-Dangun, Histoire de la monarchie de juillet, I, p. 189, n. 3 (Paris, Pion, 1884).
chrétien. « J'ai déjà des données pour cela, écrivait-il à Falconnet, Pessonneaux partage nos projets et me tient volontiers compagnie. Adieu, mon bon ami, que Dieu bénisse nos efforts '. » Il se sentait jeté, « sans appui, sans point de ralliement, dans le tourbillon des passions et des erreurs humaines. Qui se met en peine de moi ! »,2 gémissait-il. Mais il se mettait en peine des autres, des jeunes gens qu'il ne connaissait pas encore, mais dont à l'avance les âmes lui étaient chères, et c'est en projetant de les rassembler qu'il secouait son ennui.
Fortoul, Hippeau, qu'il avait vus à Lyon durant les vacances, l'avaient effrayé par leur romantisme échevelé ; pour eux Hugo seul existait; c'était un ensorcellement3. Ozanam songeait à eux, peut-être, quand il écrivait à Falconnet : « Ne nous laissons point trop entraîner à la rêverie et à la littérature, qui cessent d'avoir aucune valeur quand il n'y a pas, au fond, des idées et des connaissances précises4. » Il faut quelque effort, lorsqu'on lit la correspondance d'Ozanam, pour se représenter que ce Paris où il s'installait, où il allait bientôt exercer, en certaines sphères, une façon de royauté, était le même Paris qui, devant la rampe de la Comédie-Française, se passionnait pour ou contre les drames d'Hugo. A la différence des catholiques lyonnais comme Collombet, comme Falconnet, qui s'intéressaient vivement aux lettres romantiques5, Ozanam et la jeunesse qui peu à peu l'entoura y demeurèrent complètement étrangers; on dirait même qu'ils les ignorèrent, préoccupés, avant tout, suivant la maxime d'Ozanam, de « faire des études fortes, approfondies, sur les matières les plus appropriées à leurs inclinations. »
Il était tout chagrin de voir Fortoul, dans son hugôlatrie,