Lettres d'Ozanam, I, p
5. Gurnier, op. cit., p. 35-37. Ozanam dira plus tard, dans son discours Des devoirs littéraires des chrétiens : « Une grande chute nous a fait assez voir que les colonnes mêmes de la controverse peuvent tomber quand elles ne sont point assises sur la charité. » (Mélanges, I, p. 14a.)
6. Ozanam à Materne, 19 avril i83i (lettre inédite) : Ozanam s'y reproche sou désir de faire du bruit, son « avidité immense de gloire ».
ces poussées de mélancolie, avec ces saillies de déception, sousl'impression desquelles, durant longtemps, Paris lui fitl'effet d'uiiu vaste cadavre » ', n'était-il pas à craindre qu'il laissât son énergie s'affaisser, ou bien, encore, que s'enfermant dans un égoïsme spéculatif, il négligeât tout programme d'action? Grâce à une illustre hospitalité qui dès la seconde semaine de novembre 1 83 1 lui fut offerte, de tels périls n'eurent même pas le temps de naître sous ses pas.
Vingt-sept ans avant qu'Ozanamn'échafaudât de vastes projets d'apologétique, un autre jeune savant, dans cette même ville de Lyon, avait rédigé, pour un groupe d'amis qu'il avait rassemblés sous le nom de Société chrétienne, des cahiers manuscrits sur les preuves historiques du christianisme, et par son influence personnelle fait autour de lui quelques conversions2 : il s'appelait André-Marie Ampère et se préparait à être « l'un des esprits les plus universels dont on ait conservé le souvenir »3. Mais Ampère, ayant quitté Lyon dès i8oo pour retourner à Paris, s'y était laissé aller, tout de suite, à une « paresse impardonnable des choses du ciel »*; et dix ans durant, il s'y était attardé ; dix ans durant, dans l'enivrement de la recherche, il avait oublié cette belle résolution qu'en 1804 il avait prise vis-à-vis de lui-même : « Etudie les choses de ce monde, c'est le devoir de ton état; mais ne les regarde que d'un œil ; que ton autre œil soit cons-