‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 25 sur 192 · Lettres d'Ozanam, I, p. 3g · texte numérisé non relu

Lettres d'Ozanam, I, p. 3g

2. Valson, La vie et les travaux d' André-Marie Ampère, p. 177-197 (Lyon, Vitte, 1886).

3. Scherer, Etudes sur la littérature contemporaine, V, p. 3i (Paris, Lévy, 1878).

4. Ampère à Bredin, 29 mars 1818, dans André-Marie Ampère et Jean- Jacques Ampère, Correspondance et Souvenirs, l, p. i3g.

tamment fixé par la lumière éternelle »J . Et puis, en i8i5 André-Marie Ampère était revenu à Dieu. On le surprenait, dans l'ombre des églises, prosternant devant le tabernacle la gloire de sa science.

Il disait volontiers que les trois événements qui avaient eu sur lui le plus d'influence étaient sa première communion, l'éloge de Descartes par Thomas et la prise de la Bastille2; en trois notations, données par lui-même, voilà sa physionomie dessinée. Il y avait chez Ampère un chrétien qui, dans la pratique religieuse retrouvée, rapportait une fraîcheur d'enfant3; et, tout en même temps, un cartésien tout prêt à remercier Dieu pour l'éclatante merveille qu'est la raison ; et puis il y avait en lui un contemporain de Lafayette et de Bolivar, d'O'Connell et de Canaris, prêt à s'enthousiasmer pour certains de ces libérateurs, à se sentir le frère de tous les peuples qui s'émancipaient. Il lui semblait, dès i8i5, que tout annonçait une grande époque religieuse *; de toute son âme il s'attachait à cet avenir; il aspirait à le vérifier, à s'y dévouer.

Il était cousin de Périsse, le libraire lyonnais qui avait édité la brochure d'Ozanam; et sous les auspices de Périsse, le jeune homme lui rendit visite. A mesure que le célèbre physicien faisait parler Ozanam, se souvint-il, peut-être, de lui-même, de sa belle ferveur d'apostolat lyonnais, et puis, hélas! de sa longue tiédeur à Paris, et craignit-il que la chaleur d'âme d'Ozanam ne se refroidît, comme s'était, de 1804 à i8i5, refroidie la sienne? Songea-t-il que le rôle auquel aspirait son visiteur aurait dû jadis, durant ces dix ingrates années — fécondes pour la science toute seule — être le rôle d'Ampère ? On ne

i. Valsox, op. cit., p. 196.

a. André-Marie Ampère et Jean-Jacques Ampère, Correspondance et Souvenirs, II, p. 10 1.

3. Voir dans Ozanam, Mélanges, II, p. 79, la caractéristique de « ce que le christianisme a dû faire à lintérieur de la grande âme d Ampère ».

4. Ampère à Bredin, 1er octobre 1816, dans A. -M. et J.-J. Ampère, Correspondance et Souvenirs, I, p. 96.

SON APOSTOLAT 1NTELLBCTUEL 41

peut jamais prévoir quels ressouvenirs et parfois quels remords peut subitement éveiller, chez les hommes qui ont cessé d'être jeunes, le contact de certaines fraîcheurs de dévouement, toutes neuves, tout imprégnées encore d'une matinale rosée : elles évoquent aisément, chez les interlocuteurs mûris ou vieillis, le fantôme des rêves demeurés en suspens, à moins que ce ne soit le spectre des défaillances; et ce tout jeune homme, qui vient consulter leur expérience, remue parfois, sans qu'il s'en doute, leur conscience. Nous ne savons si un rapprochement s'établit dans l'esprit du grand Ampère entre le passé qu'il avait vécu et l'avenir que voulait vivre Ozanam; mais ce que nous savons, c'est qu'il fit s'installer Ozanam chez lui, à titre de pensionnaire, et qu'il fallut bien peu de jours pour que le jeune homme fût sous le charme.

Ozanam jouissait de cette science universelle qui, chez Ampère, était comme « instinctive » ' ; il s'exaltait à causer avec lui, à voir ce physicien, connu dans le monde entier pour avoir surpris à la création divine certains de ses mystères, prendre sa large tète dans ses mains, et s'écrier: « Que Dieu est grand! Ozanam! que Dieu est grand! » De temps à autre Ozanam aidait son hôte pour la vaste classification des sciences qu'Ampère s'essayait, par un procédé mnémotechnique, à rédiger en vers latins2. Jean-Jacques Ampère, beaucoup moins chrétien que son père, beaucoup moins chrétien qu'Ozanam, était pour celui-ci une façon de grand frère : il le conseillait, tâchait de modérer son impétuosité studieuse, et se plaisait d'autre part à éprouver du respect pour ses vertus3.

Il faut que vous jouissiez un peu de ce que vous avez fait, écrivait Ozanam, douze ans plus tard, à Jean-Jacques Ampère, vous qui, après Dieu, êtes l'auteur de toute cette prospérité, vous

i. Lettres d' Ozanam, I, p. 32.

Page 1