Cf. lettre d'Ozanam à son père, i5 mars i
du catholicisme, car le catholicisme ne meurt point, mais à la résurrection religieuse de la société actuelle1.
Aux dimanches suivants, on fut trois à prendre des notes, Ozanam, Lallier et la Perrière, en vue des analyses à publier dans V Univers. Ozanam signalait, à la seconde conférence, la présence de Chateaubriand, « heureux d'assister au triomphe de ce christianisme dont il avait confessé en des jours moins heureux le génie éternel » ; il notait, sur le parvis, J'affluence des voitures, annonçant que les heureux du monde étaient venus là pour recevoir cette vérité dont ils sont pauvres ; et cette « barrière vivante », cet « amphithéâtre animé », que formait la foule, debout autour des nefs, lui rappelait les arènes antiques, où la foi combattait, non pas seulement contre le doute et contre le vice, mais contre les bêtes féroces, et d'où certains spectateurs se retiraient convertis. Le frémissement général que produisait dans l'auditoire la parole de Lacordaire était interprété par le jeune auditeur comme un silencieux applaudissement. « La foule plus pressée que jamais; Lacordaire plus beau que jamais » : tel était le bilan du troisième dimanche, où sous les voûtes séculaires Ozanam avait aperçu, entre autres illustrations, Saint-Marc-Girardin, Ballanche, le pasteur Athanase Goquerel. La quatrième conférence, si l'on en juge parle compte rendu d'Ozanam, avait eu quelque chose de moins triomphant: le bruit que faisait, dans les bas côtés, l'immense affluence, avait peut-être troublé l'orateur ; et puis dix-huit siècles de l'Eglise à faire revivre étaient une matière un peu trop touffue. Mais d'autres dimanches succédaient, où s'exaltait de plus en plus l'enthousiasme d'Ozanam, et qui révélaient un Lacordaire « sublime de charité et de douceur lorsqu'il annonçait les bienfaits du catholicisme, sublime de grandeur et de majesté lorsqu'il en proclamait les saintes rigueurs ». « Voilà qui nous met
i. Univers, 14 m»rs i835.
du baume dans le sang »\ confiait Ozanam à Velay. Et lorsque Lacordaire eut terminé sa station, Ozanam écrivit dans V Univers :
Les fruits mûriront en silence. Bien des raisons superbes ont été ébranlées, bien des passions frappées comme d'un coup -de foudre. Le monde sait maintenant que le christianisme est vivant, il l'a entenJu tonner sur sa tête, il a vu que nulle doctrine ne pouvait attirer plus nombreux autour d'elle les flots de la génération présente que la doctrine de Jésus-Christ. Le chemin de nos cathédrales n'est plus inconnu aux hommes de nos jours, l'herbe qui croissait sur le seuil sacré s'est usée sous leurs pas; ils ont appris ce que c'était qu'un prêtre, ce que c'était qu'un pontife ; ils ont appris à discerner la voix et les traits de leur pasteur; ils ont appris à l'aimer : il connaissait ses brebis, maintenant ses brebis le connaissent2. .
Trois ans plus tôt, au moment du choléra, Lacordaire devait se déguiser en laïque pour pénétrer dans l'un des hôpitaux établis aux greniers d'abondance et pour chercher, timidement, s'il n'y aurait pas quelque âme qui appartînt au troupeau, et confesser, de ça de là, un ou deux mourants3. Le printemps de i835 voyait s'inaugurer une tribune du haut de laquelle ce prêtre entrait en contact avec Paris et dans laquelle, quelques années plus tard, il devait fièrement étaler l'habit du Frère Prêcheur : le jeune Ozanam était l'ouvrier de ces merveilles, non pas qu'il eût songé à faire grand, mais parce qu'il avait, tout simplement, voulu le bien.
Sa joie cependant n'était pas sans mélange ; il sentait qu'« à toute réactionreligieuse correspondnécessairement une réaction contraire de l'impiété ». Il voyait la propagande rationaliste redoubler d'efforts auprès de la jeunesse ; il gémissait sur Lamennais, il tremblait pour la