‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 7 sur 192 · Ozanam, Mélanges, I, p · texte numérisé non relu

Ozanam, Mélanges, I, p

&. Më<- Ozanam, Vie de Frédéric Ozanam, p. 63.

Heureux, écrira-t-il, celui qui a reçu de profondes semences de vertus, de grands exemples de sagesse, heureux celui qui a toujours chéri la religion de son enfance 1 car si les liens dont elle captivait son intelligence viennent à se relâcher, du moins il lui reste attaché par le cœur : le doute lui pèse et il cherche à s'en affranchir; le combat est douloureux et pénible, il lui coûte de secrètes larmes, bien des angoisses, mais enfin il se termine par la victoire; un examen respectueux éclaire peu à peu son esprit et bientôt l'inonde de lumières; si quelque temps la conviction rationnelle lui a manqué, la fidélité morale lui demeurait, le don de Dieu était en lui, et la foi ne l'avait point quitté; elle s'était voilée seulement, comme pour se faire chercher, comme pour se faire aimer davantage.

Mais il en est beaucoup que la violence d'une imagination précoce, beaucoup que la présomption d'un orgueil juvénile entraîne, et qui croient se faire grands ou heureux, en désertant l'autel où ils avaient appris à prier, en tournant le dos au prêtre qui les avait bénis, pour suivre les diverses doctrines répandues autour d'eux.

Alors ils vont grossir successivement le cortège de tous ceux qui se disent chercheurs de vérité; ils recueillent successivement les fruits de tous ces arbres de science, plantés de la main des hommes pour devenir semblables à Dieu, mais tous ces fruits sont vides et amers, et plusieurs de ceux qui avaient essayé de s'en nourrir, sentent que ce n'est point assez pour apaiser leur soif et leur faim, et alors ils s'asseyent tristement, et croyant que la vérité n'est pas, parce qu'ils ne l'ont point connue, ils s'endorment affaiblis dans un léthargique sommeil'.

Les premières leçons de sa famille, et puis l'influence de l'abbé Noirot, avaient à l'avance prémuni Frédéric Ozanam contre le péril d'une telle léthargie : ses premières années de jeunesse furent au contraire des années d'éveil, des années d'action.

Une petite revue, VAbeille, fondée par l'abbé Noirot et quelques autres professeurs, procura de bonne heure à l'écolier l'amusant honneur d'être imprimé. On y trouve, signés de lui, un bon devoir de philosophie sur le nombre

i. Univers, 20 février 1 834 (article sur les Souvenirs de Tuacubtm ou entretiens philosophiques et religieux de deux amis près dts ruines de la maison de campagne de Cicéron, par M. l'abbé M..., ancien sous-précepteur de S. A. R. le duc de Bordeaux).

des facultés intellectuelles \ et d'amples discours de rhétorique, comme celui d'un cacique américain à Christophe Colomb2, celui de Witikind à Charlemagne \ celui de Villiers de l'Isle-Adam aux chevaliers de Rhodes4 . C'est par leur portée religieuse que la découverte de l'Amérique, la conquête de la Saxe, les luttes méditerranéennes contre l'Islam, intéressent le rhétoricien, et ces trois harangues d'école dénotent déjà quelque effort pour replacer les grands faits de l'histoire dans le plan du règne de Dieu.

Versificateur à ses heures, après avoir aligné quelques rimes sur la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor5 ou bien sur un passage de la duchesse de Berri6, il se laissait fasciner par cette façon de croisade dont l'Algérie était l'enjeu, et son imagination, s'efforçant à surprendre, derrière le mystère qui toujours les voile, les destinées de l'Islam, esquissait en i83o toute une série d'essais poétiques sur le désespoir des Maures chassés de Grenade7, sur le génie de Carthage 8, sur « Agar ou la prophétie accomplie »9,sur la conquête d'Alger10. Une autrefois, c'est à Jeanne d'Arc, la pastoure de Vaucouleurs n, qu'il tressait une couronne de rimes. Il y a de la facilité dans ces strophes, et une certaine fluidité, qui parfois ne manque pas d'élégance; mais on ne croirait pas, à les lire, que le romantisme était déjà né. Engoncé dans une toilette d'emprunt, qu'on dirait tirée de la garde-robe, déjà fort usée, du classicisme finissant, le futur historien s'y laisse près •

i. Abeille, III, p. 106-116. Quelques-uns des articles d'Ozanani dans l'Abeille furent reproduits dans Legeay, Etude biographique sur Frédéric Ozanam (Paris, Lecoffre, 1 854).

Page 1