‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 74 sur 192 · Le Purgatoire de Dante, p · texte numérisé non relu

Le Purgatoire de Dante, p

8. Voir (Ibid., p. 311) un exemple de ces objections et de la réponse d Ozanam (il s'agissait de cette question bien vague, et insoluble dans les termes où on la posait, de savoir si le moyen âge a connu la liberté, et si l'Eglise l'a favorisée).

l'historien 17.J

chose de très vivant, on pourrait presque dire de dramatique et de passionné. Le professeur d'aujourd'hui, qui d'ordinaire n'a pas d'autre ambition que d'exposer en un langage sobre, clair et précis, sans autre chaleur que celle de la logique, à des auditeurs choisis et préparés, un fragment de la science impersonnelle, s'étonne et a peine à comprendre quand on lui parle de ces « tourments de la parole publique' » qu'Ozanam éprouva jusqu'au bout et dont douze années de pratique ne purent le guérir. C'est que renseignement ainsi compris réclamait plus que delà science, uneespèced'inspiralion, forcément irrégulière et inégale. Telles qu'elles sont, avec leurs grandes qualités, qui sont de tous les temps, avec leurs particularités qui datent, les leçons d'Ozanam, — et ses livres, car les deux choses se confondent à peu près, — sont d'admirables exemples d'un genre aujourd'hui abandonné, jadis très en faveur et dont le brillant épanouissement, de 1820 à 1850, a été un honneur pour l'esprit français.

L'enseignement n'est pas utile à l'auditoire seulement; il l'est souvent au maître lui-même. Si l'on compare la thèse sur Dante aux Etudes germaniques, le progrès, — un certain genre de progrès, — est évident. Dans l'ouvrage du début, la forme n'est pas tout à fait à la hauteur du fond; la composition est un peu lâche et fragmentaire ; le style parfois rugueux et embarrassé. Plus rien de ces légers défauts dans les Etudes. Ozanam s'y montre tout à fait maître de ses procédés d'exposition et de son style, clair, ample, vivant, coloré, trop continuellement oratoire, peut-être un peu monotone et solennel2, il l'avouait luimême. On a souvent dit, après Gicéron, que c'est la plume qui forme l'orateur. L'inverse est parfois vrai. Sainte- Beuve a remarqué de Guizot que la tribune avait donné

Page 1