‹ P.A. de Gaspé et Francis Parkman [microforme] (volume 2)Chapitre 11 sur 17 · PR PES CO · texte numérisé non relu

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sujet en termes choisis et trouva le moyen d'exprimer d’excellentes considérations sur les lettres canadiennes, représentées par M.

de Gaspé et M. Bibaud, sur l’héroïsme canadien poussé à un si haut degré par les de Beaujeu et les de Salaberry, bien dignement représentés aussi...

‘ Après la distribution des prix, M. l’abbé Barret, supérieur du collège, fit l’éloge de M. de Gaspé. Il exprima le bonheur qu'’éprouvait la maison de recevoir un aussi illustre écrivain. “ Devançant notre jeunesse de trois quarts de siècle, lui a-t-il dit, vous êtes ici comme l'expression vivante de l’antique noblesse et une précieuse relique de ce qui n’est plus... Si l’homme passe, l’honneur et la vertu ne passent pas.”

‘M. de Gaspé répondit dans les termes suivants :

‘ Monsieur le Supérieur et Messieurs, ‘ Je griffonne tant bien que mal dans la solitude de mon cabinet, mais là s’arrête

mon savoir-faire : je n’ai jamais eu la parole facile, même pendant ma jeunesse; et parmi les infirmités inhérentes au vieil Âge, la perte de la mémoire des mots propres, des expressions précises, est une de celles auxquelles un septuagénaire est le plus exposé, même dans sa conversation intime: c’est sous cette pénible impression que je me suis décidé à écrire ce que je craignais de ne pouvoir improviser.

‘ Après avoir écarté l’obstacle que je redoutais le plus, ma tâche est encore, néanmoins, bien difficile: celle d'exprimer combien j’ai été sensible à l'invitation que j’ai eu l'honneur de recevoir de monsieur le Supérieur et de messieurs les professeurs du beau et important collège de L'Assomption:

cette invitation devait, en effet, me toucher bien vivement, puisque ces messieurs ont

poussé la courtoisie jusqu’à ses dernières limites, en m'offrant de donner une répétition d’un drame dont le fond est tiré de

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mon ouvrage les Anciens Canadiens, si je consentais à y assister.

‘ C’est dans une occasion aussi solennelle que celle-ci, que je regrette amèrement, messieurs, que mon cœur ne puisse parler sans le secours d’un interprète, car ma bouche ne peut exprimer que bien faiblement ce que j'éprouve de gratitude pour une faveur inattendue que je sais ne devoir qu’à la bienveillance des âmes généreuses qui m'ont convié à cette belle fête.

‘ J'ai peu d'espoir, messieurs, de conserver longtemps le souvenir de votre gracieuseté: le septuagénaire ne vit que pour la tombe la plus prochaine; mais quelle que soit la durée de ma vie, elle aura l'effet de dissiper souvent les sombres nuages qui attristent, de temps à autre, l’existence d’un vieillard. Les jeunes messieurs qui ont si bien joué le drame dont le fond est tiré des Anciens Canadiens, m'ont transporté aux

beaux jours de ma jeunesse, et m'ont fait

revivre pendant trois heures avec les amis que mon imagination avait créés.”

M. Bibaud prit ensuite la parole.—"" Je dois dire quelques mots pour me rendre à l'invitation qui m'a été faite. L'an dernier, au collège Sainte-Marie, j’entendis faire l'éloge de Mgr Joseph-Octave Plessis ; cette année, on célébra, au collège de Montréal, la mémoire de Jacques Cartier et de Montcalm.

Ici, je vois le drame des Anciens Canadiens.

C’est donc réellement une phase nouvelle qui s'annonce dans les jeux littéraires des collèges. On parle du Canada. C’est une manière d'affirmer que nous sommes un peuple. Messieurs les élèves, vous n'aurez pas deux fois peut-être l’avantage de jouer une telle pièce devant l’auteur des Ansiens Canadiens, et, en vous applaudissant de votre bonne fortune, conservez toujours le souvenir de cette belle occasion.”

Les échos de la presse répétèrent ces éloges et ces cris de triomphe partis du collège de L'Assomption.

PRES et

Las 20 Cite

Mon vieil ami! autrefois, lorsque vous étiez descendu jusqu’à la dernière étape du malheur, ruiné, flétri, captif, vous vous écriiez dans toute l’amertune de votre âme :

O0 mon Dieu! une journée, une seule jour- ‘née de ces joies de ma jeunesse, qui me ‘ fasse oublier tout ce que j'ai souffert!

‘Oh! une heure, une seule heure de ces * bonnes et vivifiantes émotions, qui, com- “me une coupe rafraîchissante du Léthé, ‘‘ effacent de la mémoire tout souvenir dou- ‘ Joureux ! ” Bon vieillard! cette heure de félicité que vous avez si ardemment demandée au ciel, après trente années d'attente, il vous a été donné de la goûter comme un avant-goût des grandes joies futures. Et, du fond de votre âme attendrie et reconnaissante, vous vous êtes écrié: ‘ Grâces vous ‘ soient rendues, à mon Dieu, pour ce bien- ‘€ fait! Grâces soient rendues à cette aimable ‘‘ jeunesse qui a compris mon cœur ardent ‘ et enthousiaste comme le sien, etqui a cou-

‘ ronné mes cheveux blancs de ses lauriers!

Maintenant, Ô mon Dieu! laissez aller en ‘* paix votre serviteur.”

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