‹ P.A. de Gaspé et Francis Parkman [microforme] (volume 2)Chapitre 17 sur 17 · PARKMAN · texte numérisé non relu

PARKMAN

se- L'historien de Pontiac est un amant pas- Lvre sionné des rose: : dans un de ses voyages d'Europe, il en a rapporté plus de deux cent cinquante espèces différentes, qu’il cultive ! avec prédilection, tant en serre qu’en plein air. C’est en émondant sa forêt de rosiers,

dé- qu’il médite ses ouvrages, qu’il compose ces 1a pages fleuries, tout embaumées de parfums NW, exquis, qu’on croit respirer en ouvrant ses le- ÿ. livres.

€ : Pendant les loisirs forcés que lui faisait la is. (4 maladie, en se promenant dans les allées

| ombreuses de ses jardins, il a étudié la vie | {1 et les mœurs de la rose, ses nombreuses variétés, les soins qu’exige sa culture. Il a | réuni tout cela en bouquet dar: un char- . 4 mant ouvrage qu’il a publié en 1866. The |A Book of Roses est une fraîche et suave conception, dont chaque page semble imprimée sur une feuille de rose.

Sur sa personne, M. Parkman est d’une simplicité tout américaine. Sa taille grande,

SR

mais frêle, accuse une nature toujours souffreteuse. Les traits de sa figure offrent un de ces types remarquables qu’aimait à peindre Léonard de Vinci: harmonieuse combi- | naison d'intelligence, de finesse et d'énergie ; Li front large, nez finement taillé, menton fort | | et proéminent. |

Du reste, rien ni sur sa physionomie, ni dans sa conversation, ne trahit la puissante \!! imagination qui a jeté un reflet de poésie sur { toutes ses œuvres. il

Les lignes fines et déliées de ses lèvres, fortement accentuées aux angles, décèlent

plutôt le penseur que le poète ; maïs l’obser- | b vateur attentif voit jaillir l'éclair au fond de | d son regard, toujours à demi voilé par ga f ei débile paupière. | | d Sa pensée, naturellement inclinée vers les | #1] choses sérieuses, s’épanouit volontiers dans ( ès Pintimité ; et le franc rire de la gaieté ap- A plaudit toujours à une saillie spirituelle. ( al Que dire du cœur généreux, de l’âme te | * bi x. * | L

er versets meneur, AN EREERt TU LE à:

nt tt

droite et loyale ?...mais l’amitié a des secrets : qu’elle défend à l'écrivain de dévoiler.

| Il nous reste à jeter un coup d’œil d’en- | semble sur les œuvres de M. Parkman, à les juger au triple point de vue littéraire, national et religieux. Chacun de ses ouvrages mériterait une cri- W tique spéciale, tant il y a de louanges à don- | ner et de réserves à faire.

A On se rappelle les splendides aurores boréales qui ont paru dans le cours de l’hiver | de 1871. Certaines gens en étaient même effrayées: rapprochant ces phénomènes des \ désastres inouïs que chaque télégramme nous Ul apportait, elles y voyaient de sinistres pré- ( | sages pour l’avenir.

| Je me souviens qu’un soir nous étions \| allés, quelques amis, nous promener sur la | terrasse du châtean Saint-Louis pour mieux À 8

3 ; Er:

jouir de leur ravissant spectacle. Du nuage étrang®, aux rebords frangés d'’éclairs, qui leur servait de clavier lumineux, elles lanrcaient vers le zénith leurs.étincelantes vibrations. L’œil restait ébloui devant ces myriades de rayons qui jaïllissaient, s’évanouissaient, pour reparaître encore, se réunissaient en gerbes de rose et de saphir, ondulaient comme un champ d’épis, mariaïient leurs nuances aux blanches clartés de l’aurore, et formaient, vers le nord, une immense draperie, si riche qu’on eût cru voir un pan du manteau divin.

Les rayonnements du style de M. Parkman sur le ciel bleu de notre histoire, ont quelque chose de ces splendeurs boréales.

Ils produisent sur l'esprit une égale fascination. L'œil séduit ne s’en peut détacher ; et pour mieux justifier la comparaison, il faut ajouter que le sophisme y présente des miroitements qui font tressaillir la pensée catholique, et lui donnent ce genre d’effroi

ee

qu'éprouvent les imaginations populaires à la vue de nos phénomènes nocturnes.

Mais, avant d'entrer dans le domaine des réserves, laissons-nous entraîner au charme de quelques-unes de ces aurores littéraires que l’œil peut admirer sans crainte. Nous assistons à la naissance de Montréal.

‘Sous plus d’un aspect, l’entreprise de Montréal rnpartient au temps des croisades.

L'esprit de Godefroy de Bouillon survivait dans Chomedey de Maisonneuve; et, dans Marguerite Bourgeoys, se réalisait ce pur idéal de la femme chrétienne, fleur de la terre épanouie aux rayons du ciel, qui subjuguait par sa douce influence la férocité d’un âge barbare.

‘ Le dix-sept mai 1642, la petite flottille de Maisonneuve, une pinasse, un bateau plat, et deux chaloupes, celles-ci à la rame, ceuxlà à la voile, approchaïent de Montréal. Tous les voyageurs entonnèrent à l’unisson une hymne d'action de grâces.

pt = ES CU C9 SE £ x L Fr

Fermer de orme » Cite irait sci Re mt et 3 6 add AS a np ON à RL LU D

un crea snee ne cnne ÉoËss

‘ Le jour suivant, ils glissaient le long des rivages verdoyants et solitaires, aujourd’hui tout remuants de la vie d’une ville active, et mirent pied à terre à l’endroit que Champlain, trente et un ans auparavant, avait choisi comme un site favorable pour un établissement. C'était une langue, ou triangle de terre, formée par la jonction d’un ruisseau avec le Saint-Laurent, et connue depuis sous le nom de Pointe-à-Callières. Au bord du ruisseau s’étendait un champ, et ru delà s'élevait la forêt avec son avant-garde d’arbres isolés. Les fleurs hâtives du printemps s’épanouissaient dans l'herbe naissante, et les oiseaux aux plumages variés voltigeaient dans les buissons.

‘ Maisonneuve sauta à terre et se jeta à genoux; ses compagnons imitèrent son exemple; et tous unirent leurs voix en un cantique enthousiaste d’action de grâces. Les tentes, le bagage, les armes et les munitions furent transportés à terre. Un autel fut dressé

een

auprès sur un site gracieux; et mademoiselle Mance, avec madame de La Peltrie, aidées de leur servante, Charlotte Barré, le décorèrent avec un goût qui fit l'admiration de tous les assistants. Alors toute la petite colonie se réunit autour du sanctuaire improvisé. En avant, se tenait le P. Vimont, vêtu des riches ornements du sacrifice; auprès, les deux dames avec leur servante; Montmagny, spectateur peu empressé ; et Maiïisonneuve, figure guerrière, droit et grand de taille, ses hommes groupés autour de lui, — soldats, marins, artisans et laboureurs,—tous soldats au besoin. Chacun s’agenouilla dans un respectueux silence pendant que le prêtre élevait l’hostie sainte au-dessus de leurs têtes ; et lorsque le sacrifice fut achevé, le missionnaire se tourna vers eux et leur dit:

“Vous êtes un grain de sénevé qui germera ‘et croîtra jusqu’à ce que ses branches cou- ‘“vrent cette terre. Vous n'êtes qu’un petit

“nombre; mais votre œuvre est l’œuvre de

‘ Dieu. Son sourire est sur vous, ei vos en- ‘ fants rempliront cette terre.”

‘* La journée fut bientôt sur son déclin:

le soleil descendit derrière les grands arbres du couchant, et fit place au crépuscule. Les mouches à feu étincelaient dans l’obscurité, sur la prairie. Ils en prirent un grand nombre, les attachèrent avec des fils en brillants festons, et les suspendirent devant l’autel, où l’hostie était encore exposée. Ils dressèrent ensuite leurs tentes, allumèrent les feux du bivouac, établirent leurs sentinelles, et se livrèrent au repos. Telle fut la première nuit de la naissance de Montréal,

‘* Est-ce de l’histoire véritable ou une légende de chevalerie chrétienne? c’est l’un et l’autre.” *

Et nous, à notre tour, nous demandons:

où trouver un tableau plus gracieux, une scène plus sereine et plus fraîche? Ne croi-

* The Jesuits in North America, p. 207.

rait-on pas lire un fragment d’épopée chrétienne ?

Voulez-vous maintenant jeter un coup d'œil sur la nature américaine telle qu’elle apparut aux Européens dans sa virginité première? Suivons un instant le P. Marquette dans la découverte du Mississipi.

Au moment où nous le rejoignons avec son compagnon Joliet, ils laissent glisser leur canot d’écorce sur l’un des affluents du Wisconsin.

‘ La rivière serpentait à travers des lacs et des marécages qui disparaissaient sous des champs de folle avoine; et, sans leurs guides, à peine auraient-ils pu suivre le vague et étroit chenal. Il les conduisit enfin au portage, où, après avoir marché un mille et demi, à travers la prairie et les savanes, leurs canots sur leurs épau'?s, ils les lancèrent sur le Wisconsin, dirent adieu aux eaux qui coulent vers le Saint-Laurent, et se

confièrent au courant qui devait les conduire

ils ne savaient où, — peut-être au golfe du Mexique, peut-être à la mer du Sud, peutêtre au golfe de la Californie. Ils glissèrent en paix sur l’onde tranquille, le long d'îles surchargées d’arbres et tapissées d’un réseau inextricable de vignes sauvages ; le long de forêts, de massifs d'arbres, de prairies, —parcs et jardins de cette prodigue nature ;—le long de halliers, de marécages, et de larges dunes arides; sous l’ombrage des arbres, qui, à travers leurs cimes, laissaient voir dans le

lointain quelque sommet boisé dont le puis-

sant sourcil se baiïissait pour les regarder. Puis, à la nuit tombante, le bivouac, les canots renversés sur la plage, la flamme vacillante, le souper de venaison ou de chair de bison, la pipe durant la veillée, et le sommeil sous les étoiles. À l’aurore, quand ils se rembarquaient, le brouillard du matin flottait sur la rivière comme le voile d’une fiancée, puis se dissolvait aux rayons du soleil, jusqu’à ce que l’onde unie comme un

miroir ef que la forêt languissante se fussent endormies, sans voix, sous un soleil étouffant.” *

Certains critiques reprocheront à M. Parkman de trop sacrifier au coloris et à la mise en scène, de faire des tableaux à effet.

Quant à nous, nous avouons notre préférence: nous admirons autrement un Corrège qu’un Overbeck, une page d’Augustin Thierry qu'un récit de Bancroft.

Si nous voulions relever un défaut saïlant au point de vue de l’art, nous dirions que l’auteur est trop prodigue de notes, d’ailleurs fort intéressantes, mais qui interrompent le récit.

C’est la seule réserve que nous ferons sur la forme; il nous en reste d’autres à indiquer sur des points plus importants.

Nous avons fait aussi large que possible la part de la louange, afin de donner à la vérité tous ses droits, à la critique ses coudées franches.

* Discovery of the Great West, p. 54.

RD RARES MER PNG HER ES ES DEEP Em NV

à al

Disons-le sans ambages, sous le rapport des principes, l’œuvre de M. Parkman est la négation de toute croyance religieuse. L’auteur rejette aussi bien l’idée protestante que le dogme catholique : il est purement rationaliste. Il n’admet d’autre principe que cette vague théorie qu’on appelle la civilisation moderne. On entrevoit une âme droite et née pour la vérité, mais perdue, sans boussole, sur un océan sans rivage. De là ces aspirations vers le vrai, ces aveux éclatants, ces hommages à la vérité, suivis, hélas!

d'étranges affaissements, d’accès de fanatisme qui étonnent.

‘ Par son nom, dit-il, par sa position géographique, et par son caractère, chacune des deux colonies était le remarquable représentant de cet antagonisme : la liberté et l’absolutisme, la Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-France.” *

* Pioncers of France, Introduction, p. VIII.

Or, l’œuvre de M. Parkman offre le plus éclatant démenti à cette assertion. Il n’y a que l'embarras du choix, parmi les preuves qu’il fournit lui-même, pour démontrer quelle était celle des deux colonies qui apportait avec elle la civilisation, et par suite, la liberté. Fidèle au dessein de ses rois, fidèle au principe de son fondateur, Champlain, qui proclamait que ‘‘le salut d’une âme vaut mieux que la conquête d’un empire,” la domination française en Amérique n’a été qu’un long dévouement à la race indigène. Son ambition a toujours été de civiliser les sauvages en les convertissant ; c’est pour atteindre ce but que ses missionnaires ont versé leur sang, que les héroïnes de ses cloftres ont consumé leur vie.

Tandis que les puritains de la Nouvelle- Angleterre pendaient leurs hérétiques; que, renfermés dans leur égoïsme, ils n’étaient préoccupés que de leur progrès matériel; qu’ils ne songeaient qu’à refouler les tribus

EE

indiennes, à les anéantir, ne leur montrant jamais que le canon de leurs fusils, ou une bouteille d’eau-de-vie, trafic ou destruction, que faisait la Nouvelle-France? Écoutez M.

Parkman.

‘ Paisibles, bénignes et bienfaisantes furent les armes de sa conquête. La France cherchait à soumettre non par le sabre, mais par la croix ; elle aspirait non pas à écraser et à détruire les nations qu’elle envahissait, mais à les convertir, à les civiliser et à les embrasser dans son sein comme ses enfants.” *

Ailleurs, après avoir raconté la destruction des missions huronnes, M. Parkman ajoute :

‘ Si les jésuites avaient pu fléchir ou convertir ces bandes féroces, il est à peu près certain que leur rêve serait devenu une réalité. Des sauvages apprivoisés,— non civilisés, car cela était à peine possible — au-

* Pioneers, etc., p. 417.

raient été distribués en sociétés au milieu des

vallées des grands lacs et du Mississipi,

gouvernés par des prêtres selon les intérêts

: du catholicisme et de la France. Leurs ha-

bitudes d'agriculture auraient été dévelop-

| pées, et leurs instincts d’égorgement mutuel rénrimés. Le rapide déclin de la population indienne aurait été arrêté, et elle serait de-

à | venue, par le trafic des pelleteries, une source

| \l de prospérité pour la Nouvelle-France.” *

] Nous le demandons, quelle est la nation qui ne se glorifierait pas d’avoir conçu et préparé un aussi noble projet ?

Or, voulez-vous savoir quelle étrange con- |

Ÿ/ clusion M. Parkman tire de ces réflexions ? |

| | Lisez :

| ‘ La liberté peut remercier les Iroquois

d’avoir, par leur furie insensée, réduit à

néant les plans de ses adversaires, et de lui

avoir épargné un péril et un malheur!!”

| * The Jesuits in North Amcrica, p. 447.

+ The Jesuits, p. 448.

Un exemple tiré de M. Parkman lui-même va nous faire voir où était la meilleure sauvegarde de la liberté, du côté de la Nouvelle- Angleterre, ou du côté de la Nouvelle-France.

Un siècle plus tard, quand la France, vaincue, eut repassé les mers, quel fut un des premiers actes du nouveau conquérant ?

Tandis que, d’une main, il essayait de nous étouffer, de l’autre, il cherchait à exterminer | par le poison les tribus sauvages.

En 1773, sir Jeffrey Ambherst écrivait au A colonel Bouquet:

A — re nn mm eur)

e sé ” EE —

Pat AT URE |

, ‘Ne pourrait-on pas essayer de répandre A la petite vérole parmi les tribus revoltées | 1 des indiens ? Nous devons en cette circons- | | tance user de tous les stratagèmes en notre se pouvoir pour les réduire.” |:

Bouquet lui répondit : { | “Je vais essayer d’inoculer la —— au À moyen de couvertes qui pourront tomber entre | PL

leurs mains, et je prendrai garde de ne pas contracter la maladie moi-même. Comme

il est déplorable d’exposer contre eux de braves zens, je désirerais faire usage de la méthode espagnole, les chasser avec des chiens anglais, supportés par les rangers et quelques chevaux agiles qui pourraient efficacement, je crois, extirper ou éloigner cette vermine.”

Ambherst se hâta de lui répondre: ‘ Vous ferez bien d’essayer d’inoculer les indiens au moyen de couvertes et aussi d'employer tout autre moyen qui pourrait servir à exterminer cette exécrable race, Je serais très content si votre projet de leur donner la chasse des chiens, pouvait s'effectuer, mais l'Angleterre est à une trop grande distance pour penser à cela maintenant.” *

Quelques mois plus tard la petite vérole faisait d’affreux ravages parmi les malheureuses tribus.

La Nouvelle-France avait apporté la vie;

la Nouveile-Angleterre apportait la mort.

* Conspiracy of Pontiac, vol. II, p. 39.

mem nan mm f

Ve, PTE - Le E genes vas TRS . mousse CA ED ere nets Dre is emnet ee non og eee na oder Qu ra

Où était la civilisation ? où était la liberté?

Ah! M. Parkmian, si la France fût restée maîtresse en Amérique, vous n’auriez pu écrire votre Histoire de la conspiration de Pontiac ; car la France n’eût jamais, par sa politique inhumaine, attiré sur elle ce formidable orage. *

L'œuvre de M. Parkman est un lit de L Procuste où il réduit tout à sa taille. Re- | | jetant le surnaturel, il se perd en conjectures, L!

* Qu'il nous soit permis de rapporter ici, à l’hon- | neur des Canadiens, un incident de cette guerre qui | vient à l’appui de la thèse que nous soutenons.

Pendant que Pontiac faisait le siège de Détroit, la garnison anglaise fut sur le point de manquer de | vivres, et elle serait tombée infailliblement aux | Aa mains de ses féroces ennemis, sans un acte de pitié | 1 | de la part de ces mêmes Canadiens que l’on cher- | fl chaïit, en ce moment-là même, à anéantir. Le M ( bisaïeul de l’auteur, Jacques Duperron Bahy, qui de- EL meurait alors sur la rive coposée du Détroit, fut touché de compassion à la pensée du sort épouvantable qui attendait les malheureux assiégés. Pro-

il suppose mille motifs humains pour expliquer les actes d’héroïsme que la foi et le zèle apostolique inspiraïent à nos aïeux.

Toutefois, à son insu, son âme loyale trahit l'émotion: impatiente dans cette cage de fer du naturalisme où elle est emprisonnée, elle jette des cris superbes.

Recueïllons celui-ci en passant :

‘ Maïs, quand on les voit (les missionnaires des Hurons), dans les sombres jours du mois de février de 1637, et dans les mois plus sombres encore qui suivirent, parcourir péniblement à pied, l’une après l’autre, chaque bourgade, se frayer un chemin à tra-

en

fitant de la liberté que les sauvages laissaient aux Canadiens, il fit embarquer tous ses bestiaux, à la faveur de la nuit, dans un petit navire, les transporta de l’autre côté de la rivière, et les donna au commandant du fort. Ces provisions suffirent à la garnison, jusqu’à l’arrivée des secours qui lui avaient été expédiés.

Voir l’Histoire de la conspiration de Pontiac, vol. I, p. 248.

vers la neige fondante dans les forêts dépouillées et humides, trempés jusqu'aux os par des pluies incessantes, jusqu’à ce que enfin ils eussent aperçu le groupe de cabanes de quelque village barbare,—quand on les voit entrer dans ces misérables réduits de l’indigence et des ténèbres, les visiter l’un après l’autre, et tout cela dans un seul but, le baptême de quelque malade ou de quelque mourant, on peut sourire de la futilité de leur objet, maïs on ne peut s'empêcher d’admirer le zèle, plein d’immolation personnelle, avec lequel ils le poursuivaient...” *

‘ Une ferveur plus intense, une abnégation personnelle plus complète, un dévouement plus constant et plus infatigable, peuvent-ils se rencontrer dans les pages de l’histoire humaine ? ”

Dans un autre endroit, parlant de la fon-

* The Jesuits, p. 98.

+ The Jesuits, p. 83,

murs

TS

ares dec 4 2

dation de Montréal, l’auteur avoue ingénument son impuissance à expliquer ce dévouement désintéressé.

‘Que dirons-nous de ces aventuriers de Montréal de ces hommes qui donnaient leur fortune, et surtout de ceux qui sacrifiaient leur paix et risquaient leur vie dans une entreprise en même temps si romanesque et si dévouée ?.. Il est bien difficile de les juger. [1 y avait, sans aucun doute, un grand mérite chez plusieurs d’entre eux; mais il est permis de récuser la tâche de le me:arer ou de le définir. Pour apprécier une vertu enveloppée de circonstances si anormales, il faut peut-être un jugement plus qu'humain.”

Nous pourrions multiplier les citations et rendre plus évidentes les fluctuations de ce noble esprit entre la vérité et l’erreur. Trop fier pour fléchir devant ses convictions, trop éclairé pour se laisser entraîner au préjugé sans examen, mais pas assez pour embrasser toute la vérité, il ressemble à ces voyageurs

attardés dans nos dangereuses savanes. Partout il sent le sol fléchir sous ses pas, et il s’avance en tâtonnant tantôt à droite, tantôt à gauche, cherchant dans l’ombre un sentier qu’il ne trouve pas.

Citons un dernier passage plus éclatant encore que tous les autres, et qui honore autant l’historien que ceux dont il parle:

‘ Les compagnons du P. Druillettes étaient tous des convertis, qui le regardaïent comme un ami et un père. Il y avait prières, confession, messe et l’invocation de saint Joseph.

Ils construisaient leur chapelle d’écorce à chaque bivouac, et aucune fête de l’Église ne passait sans être observée. Le vendredi saint, ils étendirent leurs plus belles peaux de castor sur la neige, placèrent dessus un crucifix, et s’agenouillèrent autour en prière. Quelle était leur prière? C’était une supplication pour demander le pardon et la conversion de leurs ennemis, les Iroquois. Ceux qui connaissent l'intensité et la ténacité de

la haine d’un sauvage verront dans cet acte plus que le changement d’une superstition en une autre. Une idée avait été présentée à l'esprit du sauvage, idée nouvelle à laquelle il avait été auparavant complètement étranger. C’est là le plus remarquable exemple de succès qu’on trouve dans toutes les Relations des Jésuites ; maïs cet exemple est bien loin d’être le seul qui prouve qu’en enseignant les dogmes et les observances de l'Église romaine, les missionnaires enseignaient aussi la morale du christianisme. Quand on cherche les résultats de ces missions, on reste bientôt convaincu que l'influence des Français et des jésuites s’étendait bien au delà du cercle des convertis. Elle finit par modifier et adoucir les mœurs de plusieurs tribus non converties. Durant les guerres du siècle suivant, on ne retrouve pas souvent ces exemples d’atrocité diabolique dont les premières annales sont remplies. Le sauvage brûlait ses ennemis vivants, mais rarement

A rer ie

PE DEAN EL RE A ARE TL ME ra 22

il les mangeait: il ne les tourmentait pas non plus avec la même délibération et la même persistance. C'était encore un sauvage, mais pas si souvent un démon. Le progrès n’était pas grand, mais il était visible. Et il semble s'être accompli partout où les tribus indiennes se sont trouvées en communications étroites avec quelque société de blancs bien réglée. Aïnsi la guerre de Philippe dans la Nouvelle- Angleterre, toute cruelle qu’elle était, était moins féroce, à en juger par l’expérience canadienne, qu’elle n'aurait été, si une génération de rapports civilisés n'avait pas abattu les plus saillantes aspérités de la barbarie. Toutefois, c’est aux prétres et aux colons français, mêlés de bonne heure avec les tribus de l’immense intérieur, que ce changement doit être surtout attribué. Dans cet adoucissement des mœurs, quel qu’il fût, et dans le catholicisme soumis de quelques centaines de sauvages apprivoisés, réunis en missions stationnaires dans

différentes parties du Canada, se trouve après l'intervalle d’un siècle, tout le résultat der: travaux héroïques des jésuites. Les missions avaient failli, parce que les Indiens avaient cessé d'exister. De toutes les tribus sur lesquelles reposaient les espérances des premiers missionnaires caradiens, il ne restait que des vestiges: presque toutes étaient virtuellement éteintes. Les missionnaires avaient travaillé ardument et bien, mais ils étaient condamnés à bâtir sur une fondation croulante. Les indiens s’évanouissaient, non pas parce que la civilisation les détruisait, mais parce que leur propre férocité et leur indolence indomptable rendait impossible leur existence en face de la civilisation.

Peut-être l’énergie plastique d’une race supérieure, ou la souplesse servile d’une race inférieure, chacune à sa manière, les auraitelle préservés: quoi qu’il en soit, leur extinction était une conclusion inévitable.

Quant à la religion que les jésuites leur

enseignaient, malgré tout ce que les protestants peuvent y trouver à critiquer, c'était la seule forme de christianisme qui vraisemblablement pût prendre racine dans leur nature grossière et barbare.” *

Comment concilier ce magnifique témoignage, ce jugement si impartial avec tant d'autres passages des écrits de M. Parkman, où il proclame l’inutilité des travaux apostoliques, où il sourit de pitié à la vue des efforts de la Nouvelle-France pour convertir et civiliser les sauvages ?

Il a manqué à l’historien américain de fortes études philosophiques, un couronnement intellectuel du genre de cette éducation oxfordienne qui transporte sur les cimes de la vérité, qui, en Angleterre, donne aux écrivains une hauteur de pensées, une largeur de vues que n’ont pas atteintes les écrivains de ce continent.

*. The Jesuits, p. 318.

M. Parkman confond trop souvent deux choses essentiellement distinctes, le principe et son application. La vérité en elle-même est toujours pure, c’est le rayon sans tache ; mais chaque fois que la vérité s’exprime dans la nature humaine, elle traverse un nuage.

Le rayon alors se décompose, une partie rejaillit triomphante, étincelle et s’épanouit en fruits de vie. Une autre partie-se noie, languit et reste mêlée d’ombres.

Les splendeurs que M. Parkman lui-même découvre dans la prédication évangélique, dans l’apostolat de l'Éc'ise en Canada, sont trop éclatantes pour ne pas révéler une origine plus qu'humaïne. Les ombres légères, inhérentes à la faiblesse de notre être, qui voilent parfois l’éclat de la vérité, ne devraient pas l'empêcher d’apercevoir le foyer divin d’où elle jaïllit.

En résumé, ses écrits, quoique mêlés de bien et de mal, sont une réparation et une œuvre de justice que nos ennemis nous ont trop longtemps refusée.

Etranger à notre pays, ignorant nos luttes de partis, il ne s’est pas laissé préjuger par les calomnies inventées avant lui. Il est allé aux sources mêmes de notre histoire ; il les a étudiées avec un soin, un amour dignes de tout éloge; il a ensuite raconté les événements, tels qu’il les a vus, et il a dit: ‘‘Ac- ‘“ ceptez ou rejetez mes conclusions; mais ‘ voici les faits.”

L’éloquence des faits, racontés véridiquement et loyalement, triomphe des apprécia-

ms me eh

tions erronées ; la lumière perce à travers les nuages, et l'impression qu’elle laisse est tout à l'avantage de notre nationalité. Une ex- à

périence personnelle de plusieurs années | nous met en droit de l’affirmer. * Nous avons

: * Depuis que nous avons écrit ce qui précède, nos | 1 yeux sont tombés, par hasard, sur une critique des M 3 Pioneers de M. Parkman publiée récemment par un \ | ; } écrivain français, M. Alexandre Delouche. Nous en | \ l , extrayons les lignes suivantes qui corroborent notre | |

jugement sur l'historien américain :

“ Anglo-Saxon et protestant, il ne faut pas de-

| même vu des protestants éclairés rejeter les

es À conclusions de M. Parkman, et se ranger de ar / Lé préférence de notre côté, Il y aurait bien à relever çà et là, au point es OUR . .

j de vue de la critique historique, quelques e Re EE en taf CANIN Sie PES TASSE 760 Se CAR 0 €- IE mander à M. Parkman des jugements définitifs sur C- nous. Néanmoins, si l'amour de sa race et les ar- ‘ deurs de sa croyance l’aveuglent quelquefois, sa 18 ee | loyauté est au-dessus de ses préjugés.

“ Sous la plume de cet étranger, l’ancienne France a. } se révèle dans une jeune et splendide beauté. Nos | pères pensent, parlent, agissent comme il convient 4 | à des hommes de chair et de sang mus par d’héroï- 8 ri ques ressorts : nous vivons en eux et par eux. Quels t | À caractères doux et fiers ! quelle initiative! quei mé- \ pris de la mort! quelles puissantes individualités ! x î Le baptême trempait ces gens-là dans l’amour du

; bien et de la patrie.”

Plus loin, après avoir cité un passage du livre de M. Parkman, l'écrivain français ajoute :

‘“ Vient ensuite le récit d’entreprises inouïes, de souffrances sans pareilles, de sanglantes catastrophes, et de triomphes qui nous donnèrent la plus noble des colonies. Maïs ce qui domine en tous ces événements, c’est la bonté inhérente à la race française, le don vainqueur ignoré de tous les autres peuples, l’invisible lyre dont les accords domptaient

ne tits

i A AN LE des de pare :

SAR RIAD AE HET ETS 6 ER D Rs

erreurs échappées à l’auteur, principalement dans ses premiers écrits; * mais

ss Ubi plura nitent.. non ego paucis Offendar maculis.........,,,,......

Malgré ce qu’au point de vue catholique,

les natures les plus rebelles. Nos aventuriers savaient se faire aimer.

“ M. Parkman est très explicite sur ce point: il abonde en faits que nul ne lira d’un œil sec ; d’autre part, il nous rend de précieux témoignages :

‘“ Les colons français, dit-il, agirent, à l'égard de l’inconstante et sanguinaire race qui réclamait la souveraineté de cette terre, dans un esprit de mansuétude bien propre à contraster, d’une éclatante manière avec }» =rauté rapace des Espagnols et la dureté des Anglais.

“ Dans le plan de la colnnisation anglaise, 1 n’était tenu r ” «ompte des tribus ; DANS LA PLAN DE LA COLO- NIS/ RANÇAISE, ELLES ÉTAIENT TOUT.”

. défaut est surtout sensible dans la première 46 de l'Histoire de la conspiration de Pontiac, le premier ouvrage historique de M. Parkman.

Pour n’en citer qu'un exemple, il se trompe en donnant le chiffre respectif des deux armées à la bataille des plaines d'Abraham.

Notons aussi qu'après avoir décrit coinplaisamment cette journée, il ne dit pas un mot de la bataiile de Sainte-Foye.

ent

il y à à reprendre dans les livres de M. Parkman, il a acquis à la reconnaissance des Canadiens un droit qu’ils n’oublieront pas : * aucun écrivain n’a plus que lui contribué à faire connaître et admirer notre histoire, en dehors de notre pays.

Et, en l’admirant, on ne pourra s’empécher d’aimer la religion qui l’a faite si belle,

Je ne terminerai pas cette biographie sans exprimer à M. Parkman une penste que la lecture de ses ouvrages a souvent éveillée dans mon esprit.

Je ne sais, M. Parkman, si vous vous êtes rendu compte de l'attraction qui vous a conduit à l’étude de notre histoire, qui vous a

* M. Eugène T'aché, député ministre des terres de la couronne, a eu l’heureuse idée de donner le nom de M. Parkman à un nouveau founship, dans le comté de Québec.

Re nb qtr pe ha oops inst nd ose us 08 te RU OT ts Pda ie ee 0]

fait consacrer toutes les énergies de votre être à l’écrire, ou plutôt à la chanter. Je n’hésite pas à vous le dire: c’est que votre nature élevée, amante des grandes et belles choses, avait besoin d’un aliment digne d'elle. Cet aliment, elle l’a trouvé dans nos sublimes annales.

Ajouterai-je une autre raison qui, sans doute, vous fera sourire ? Vous pensez peutêtre que c’est le hasard qui a imprimé cette direction à votre esprit. Le hasard, mon ami, c’est le néant. Le néant n’a pas d’action.

Nous qui croyons, nous avons un mot pour exprimer cette force mystérieuse qui dirige notre vie ; nous l’appelons la Providence. Oui, la Providence se sert de vous, à votre insu, |

pour l’accomplissement de ses desseins.

Jetez un coup d'œil sur ce continent

d'Amérique, notre patrie commune, que nous

chérissons d’un égal amour. Apypelée la der-

nière à la vie de la civilisation, elle est de-

venue une immense ruche d’abeilles dont | |

RATER : is 43]

votre n’héature 10868, >, Cet limes

sans | peuts cette n ami, action.

pour dirige D. Oui, insu,

tinent b nous a der-

st dedont

FRANCIS PARKEMAN 143

l’activité étonne l’univers. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que des événements prodigieux s’y préparent. Placée comme au centre des mondes, formée de tous les éléments du globe, une société gigantesque s’y élève. Réunissant dans un harmonieux ensemble, les génies des différentes nationalités, elle produira une civilisation qui gouvernera la terre.

Regardez le continent américain, ce géant sorti hier du berceau; tandis que sa tête, couronnée de glaces éternelles, touche le pôle, ses pieds s’anpuient sur le cercle antarctique; d’une main, il atteint l’Europe, de l’autre, l'Asie. Voyez quelles artères puissantes font circuler la vie dans sa large poitrine.

Un jour viendra où, étendant ses deux bras autour de l’univers, il soulèvera le globe, dans un effort sublime, et ira le déposer, à genoux, au pied du trône de Dieu.

Tout faible que vous êtes, atôme imper-

ceptible dans cette immensité, vous servez, dans votre sphère, d’instrument à la Provirence.

Il faut, pour l’accomplissement de ses grands desseins, que les différentes races qui affluent sur ce continent, se fusionnent harmonieusement, comme autrefois, après l’invasion des barbares, les peuples nouveaux qui ont donné naissance à l’Europe moderne.

Or, chacune de vos œuvres, malgré ses imperfections, fait iomber quelques préjugés, ces barrières fatales qui empêchent nos diverses nationalités de se donner la maïn dans une cordiale fraternité, et de marcher, en une seule famiile, à la conquête du progrès matériel et divin.

C’est 1à votre plus beau titre de gloire, et le mérite de vos études.

Quand vous serez parvenu à la fin de votre

carrière, vous pourrez appuyer Sur VOS œu-

vres votre tête blanchie par le travail, et vous rendre ce témoignage: J'ai usé ma vie

pour le bien de mes semblables, avec une |

Er | intention droite: je puis m’endormir avec RE | | l'espoir qu’il m’en sera tenu compte.

s qui h:6 Québec, 22 février 1872, | har | l’in- RSR UR eaux erne. ; ê ee | Lorsque cette biographie a été écrite, M. | agés, | Parkman n'avait publié que les trois pre- | sd | miers volumes de l’ouvrage qu’il avait com- | dans 0 mencé sous le titre général de la France et É on l'Angleterre dans l'Amérique du Nord. On peut grès voir ailleurs (Œuvres convplètes, tome 1), jusqu'à quel poïnt notre jugement sur cette re, et | | œuvre s’est modifié depuis la publication de l'Ancien régime au Canada et de Frontenac et rise la Nouvelle-France sous Louis XIV. Nous rest grettons d'ajouter que nous serions plus sé- 1, et | vère encore si nous avions à faire la criti- , vie que des deux derniers volumes, Montcalm et

j Wolfe, publiés en 1884. Une citation prise au | 10 Le

hasard suffira pour indiquer dans quel esprit cette période de notre histoire a été traitée. En parlant de la corruption du gouvernement civil, sous l’intendance de Bigot, M.

Parkman adresse au clergé canadien le reproche qui suit: Nor did the Canadian Church, though supreme, check the corruptions that sprang up and flourished under is eye (vol. 2, p. 30). M. Parkman sait très bien que Île clergé canadien n’était pas entièrement indépendant de l'autorité civile, qu’au contraire il était surveillé de près par elle, que plus d’une fois des membres du clergé furent traduits devant le conseil souverain pour répondre de leurs actes et de leur prédication, comme en font foi les archives de ce même conseil.

Pour arrêter la corruption des officiers civils le clergé n’avait en main d'autre force que les moyens de persuasion. Fil se füt tu alors, s’il n’avait pas protesté hautemeni, il aurait mérité le blâme qu'impliquent les paroles de M. Parkman; mais il est de fait

2 PR Le } 4 ge ÿ A 4 De a î “hu DR 2 a Page Ab A 6 PE a He MÉET E e AA con 6. à . dé ee re PV LE TT

brit

qu’il a protesté avec toute l'énergie dont il

était capable. Et nous allons le prouver par la plus haute autorité qu’il y eût alors dans l'Église du Canada, Mgr Dubreuil de Pontbriand, évêque de Québec.

Nous pourrions citer plusieurs de ses mandements très explicites à ce sujet, et qui datent de piusieurs années avant la conquête. Nous mentionnerons de préférence celui du 18 avril 1759, parce que le prélat y prédit les malheurs qui étaient à la veille d'arriver, et dont il attribue la cause précisément aux désordres et à la corruption dont il était témoin. Ce mandement, comme les précédents, fut lu et commenté dans les chaires de toutes les églises de la colonie:

…‘ Ce qui doït nous faire craindre, dit-il.

ce sont Les divertissements profanes auxquels on s’est livré avec plus de fureur que jamais, ce sont les excès intolérables dans les jeux de hasard, ces déguisements impies en dérision, ou pour mieux dire en haine de la

nn”

religion, ce sont les crimes plus que jamais multipliés dans le cours de cet hiver. Voilà ce qui nous oblige à tout craindre et à vous | annoncer que Dieu lui-même est irrité, que Le sa main est levée pour nous frapper et qu’en L effet nous le méritons. Oui, nous le disons | à la face des autels et dans l’amertune de notre cœur, ce n’est pas le nombre de nos ennemis, ce ne sont pas leurs efforts qui nous effraient et qui nous font envisager les plus grands malheurs, tant pour l'État que pour la religion. Voilà la dix-huitième année révolue que le Seigneur nous a appelé quoique indigne à la conduite de ce vaste diocèse.

Nous vous avons vus avec douleur souffrir souvent de la famine et de la maladie et presque toujours en guerre ; mais cette année nous paraît à tous égards la plus triste et la plus déplorable, parce qu’en effet vous êtes plus criminels. Avait-on jamais entendu parler de tant de vois manifestes, de tant d’injustices criantes, de tant de rapines hon-

ne —

SC MAR RE étant pique Put Mur sm.

es M nd bre om

teuses ? Avait-on vu dans cette colonie des maisons consacrées, pour ainsi dire, publiquement au crime? Avait-on vu tant d’abominations? Dans presque tous les états, la contagion est presque générale, elle n’est pourtant pas sans remède...”

Le successeur de Mgr de Pontbriand, qui était vicaire général du diocèse à l’époque de la conquête, Mgr Briand rappelait en ces termes, dans un autre mandement, les terribles avertissements que son prédécesseur n’avait cessé de faire :

‘ Les malheurs de Jérusalem, disait-il en parlant de l'Église du Canada, viennent de ce qu’elle avait méprisé la visite du chef des pasteurs, et qui sait, si ceux que vous venez d’éprouver ne sont pas la punition du peu de fruit et de l’abus que vous avez fait des secours abondants que Notre illustre prédécesseur vous a présentés et dont nous avons souvent été le témoin; en effet, malgré ses fortes et puissantes exhortations, les

vices ne s’en sont pas montrés avec moins d’insolence.

‘Nous pouvons même assurer par la connaissance que nous nous sommes trouvé à portée d’en avoir depuis huit ans que nous avons été en qualité de grand vicaire à la tête de ce diocèse, que les crimes se sunt multipliés, les injustices ont été plus criantes, etc. Nous avons trouvé moins de respect pour les pasteurs, moins de docilité à leurs enseignements, et mille autres défauts contre lesquels ce zélé et savant prélat a si souvent invectivé en notre présence.” (Mandement de Mgr Jean Olivier Briand, 22 mai 1767.)

Peut-on souhaiter rien de plus concluant que ce double témoignage, l’un de l’évêque de Québec lui-même, l’autre du dignitaire ecclésiastique le plus important, attestant les efforts constants de l'autorité religieuse pour arrêter la corrurtion introduite dans le pays par les représentants de la cour de France, à cette époque. Tout lecteur éclairé et im- |

dt

partial qui sait que les recommandations et les lettres pastorales de l’évêque étaient, comme nous venons de le dire, commentées dans les chaires de toutes les églises du Canada, ne conviendra-t-il pas que Mgr de Pontbriand et son clergé ont dignement rempli leur devoir à cette date funeste de notre histoire ; et que, par conséquent, l’accusation qui se trouve insinuée dans les paroles de M. Parkman, n’est pas fondée sur les faits ?

Il en est de même d’une foule de passages de Montcalm et Wolfe où l’auteur semble s’ingénier à donrer Gés entorses à la vérité. Nous ne pouvons que répéter ici ce que noûs avons dit de 'Andièn régime et de: Frotènaë à: “ Les premiers volumes de M. Parkman “tafss saient espérer mieux que cela;” et nous ajoutons que la vraie histoire du Canada, en langue anglaise, est encure à écrire.

Québec, juin 1885.

PTT

Page 1