‹ P.A. de Gaspé et Francis Parkman [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 17 · SR OU COM M · texte numérisé non relu

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sance opposée. Bannis de leur pays par l'intolérance religieuse, les exilés puritains n'avaient pas pour leur mère patrie, comme les colons français, ce lien puissant qui unit l’enfant avec sa mère. Le développement de lä Nouvelle-Angleterre fut le résultat des forces réunies d’une multitude patiente et industrieuse, où chacun, dans son cercle étroit, travaillait pour son propre compte afin d’acquérir l’aisance ou la fortune. Géant au berceau, plein de sang et de muscles, la Nouvelle-Angleterre, avec son peuple sens organisation, était { urt corps sarts' tête” Chacune‘des deux colonies avait sa forve ; chacune avrit é faiblesse: ‘toutes les deux possédaient leur genre particulier de vie ardente et vigoureuse. L’une, favorisée à temps, était destinée à vaincre ; l’autre, abandonnée et écrasée par le nombre, devait succomber ; l'une allait croître, l’autre languir. L'histoire de la première est l'inventaire d’un riche marchand ; celle de la seconde est la légende

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d’un soldat blessé. L'une possède le réel, l’autre l’idéal ; l’une est le prosaïsme, l’autre la poésie.

On comprend ce qu’un pareil sujet devait avoir de charme et d’attrait pour l’intelligence à la fois romanesque et raisonneuse de M. Parkman. Sa pensée se complaît dans ces curieux rapprochements, d’où surgissent parfois d’utiles leçons, ou de philosophiques enseignements.

‘La domination française en Amérique, dit-il, est un souvenir passé; lorsqu'on évoque les ombres évanouies de ses héros, elles se lèvent de leurs tombes comme des fantômes étranges et romanesques. La flamme mystérieuse de leur bivouac semble briller encore, et sa iumière incertaine se projeter sur les nobles seigneurs et les vassaux, sur la robe noire du prêtre, parmi les groupes farouches des guerriers indiens, tous, blancs et sauvages, unis d’une étroite amitié, et suivant l’âpre sentier de leur vie aventurière.

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Une vision sans borne se déploie devant vos yeux: un continent indompté; d'immenses déserts de verdure forestière; des montagnes ensevelies dans le silence de leur sommeil primitif ; des rivières, des lacs, des marécages sans nombre chatoyants au soleil ; un océan de solitude se confondant avec le ciel; tel était le domaine conquis par la France à la civilisation. Les casques d’acier, ornés de leurs blancs panaches, étincelaient sous l’ombre des forêts; et dans les antres farouches de la barbarie, on voyait s’agiter la robe du missionnaire. Là, des hommes qui s'étaient imbus depuis leur enfance des sciences antiques, qui avaient pâli dans la froide atmosphère des clofires, consumaient le midi et le soir de leur existence à contenir des hordes sauvages sous une autorité douce et paternelle, et restaient calmes et sereins en face des plus horribles genres de mort. Là, des hommes élevés à la cour, les rejetons élégants de grandes familles, dont les ancé-

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tres remontaient aux croisades, faisaient rougir, par leur indomptable courage, les plus vaillants fils du travail.” *

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La série des œuvres historiques de M.

Parkman s'ouvre par l'Histoire de la conspiration de Pontiac, qui parut en 1851.

Cette histoire embrasse la période qui suivit immédiatement la conquête du Canada, période courte mais décisive, durant laquelle les tribus sauvages du bassin des lacs et de la rive orientale du Mississipi, soulevées par le génie barbare de Pontiac, ourdirent cette vaste conspiration qui avait pour but d’anéantir ou de repousser l'invasion des conquérants anglais.

Ce fut le dernier effort de ces malheureux

* Pioneers of France in the New World, Introduction, 2. À.

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enfants des bois pour se soustraire à l’ex-

termination: lutte inégale, maïs héroïque, dont la conséquence fatale fut leur ruine irrémédiable, mais qui eut la gloire de produire Pontiac, le Vercingétorix américain, ce génie étonnant qui, par son éloquence, son audace et sa ruse, tint pendant quelque temps sous sa main toutes ces nombreuses tribus. Ce guerrier barbare ne réussit qu’à retarder de quelques années la ruine de sa race; il y perdit sa puissance, et y trouva

enfin une mort tragique; mais sa grande ombre est restée debout sur les tombes de ses pères.

M. Parkman déploya dans l’histoire de cette conspiration des qualités supérieures, aussi brillantes que solides, qui, dès l’apparition de son livre, lui conquirent une place au premier rang des historiens américains.

La puissance des recherches y rivalise avec l'ampleur et l’éclat de l’exécution. On admire le génie du poète joint au talent de l'historien.

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M. Parkman appartient à école romantique. L'histoire, telle qu’il la conçoit, n’est pas un squeleite desséché qu’on exhume de la tombe ; c’est une ombre évanouie qu’elle doit ressusciter, revêtir de chair et de muscles, animer d’un sang vermeil, et faire palpiter d’un souffle immortel.

M. Parkman a eu l’avantage exceptionnel de compléter ses études de cabinet par l'étude sur la nature elle-même. Il excelle dans la peinture des mœurs et de la vie sauvages, qu’il connaît à fond, dans la description de la nature américaine, où il a vécu. À la vérité de ses tableaux, à la vivacité de leur coloris, on reconnaît qu’ils ont été peints sur les lieux mêmes, et, pour ainsi dire, photographiés sur l'original.

L'Histoire de la conspiration de Pontiac eut un grand succès dans les États-Unis, où elle fut considérée comme la meilleure monographie qu’eût encore produite la littérature américaine. L'ouvrage est aujourd’hui parvenu à sa sixième édition.

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Il eut en Angleterre des appréciateurs éminents qui firent à son auteur une répurtation presque égale à celle qu’il avait acquise dans son pays. L'auteur d’une critique publiée dans la Westminster Review, résumait son appréciation en disant que ‘l’Æistoire de la conspiration de Pontiac était une production admirable, unissant la profondeur des recherches à la beauté pittoresque de l'expression, et présentant un récit fascinateur d’un des épisodes les plus importants de l’histoire américaine.”

En 1858-59, M. Parkman fit un second voyage en Europe, et recueillit, dans les archives coloniales de Londres et de Paris, une riche moisson de documents destinés à la continuation de ses travaux historiques.

Il y retourna en 1868-69, et passa l'hiver à Paris, uniquement occupé de ses recherches favorites.

A son retour à Boston, il fit paraître successivement, et à des intervalles rapprochés:

Pioneers of France in the New World (1865) ; The Jesuits in North America (1867); The Discovery of the Great West (1869). *

Dans le premier de ces ouvrages, M.

Parkman raconte l’origine de la colonisation française en Amérique: d’abord les tentatives infructueuses d'établissement en Floride, cette page tachée de sang commencée

1 par le sanguinaire Ménendez et terminée par | | | la main vengeresse de Dominique de Gour-

gues ! ensuite la découverte du Canada par Jacques Cartier et la naissance de la colonie, | jusqu’à la mort de Champlain.

| Le second volume embrasse cette période | fi 4 que, dans une étude antérieure, f nous 1} | avions appelée l’époque du gouvernement } théocratique : époque merveilleuse où l'Église

* Les œuvres de M. Parkman ont été publiées à Boston par Little, Brown & Co. Elles se vendent à Québec chez Middleton & Dawson, côte de la Basse- Ville; et à Montréal, chez Dawson Bro’s, rue Saint- Jacques.

+ Biographie de M. Garneau.

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de la Nouvelle-France apparaît, dominant les événements, toute radieuse de son dévouement apostolique, tenant d’une main la | palme de ses martyrs, de l’autre la couronne de ses héroïnes. |

Dans le troisième volume: The Discovery of the Great West, M. Parkman à largement esquissé l’époque des découvertes, sur laquelle il a détaché en relief la figure du grand et infortuné La Salle.

Dans le cours de cette année (1872), M. Parkman doit retourrer pour la quatrième fois en Europe, afin de compléter ses savantes recherches. T1 termine en ce moment l'Histoire de la feodaiité du Cunuda, dont Frontenac est le plus remarquable représentant.

Cette nouvelle étude, qui formera deux volumes, est justement regardée par l’auteur comme la plus importante de ses œuvres.

Elle sera suivie plus tard d’une autre étude qui retracera l’époque des exploits militaires à laquelle d’Iberville a si glorieusement attaché son nom.

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Tel est le vaste plan qu’a entrepris d’exécuter M. Parkman.

Quand il aura noué les deux extrémités de cette chaîne historique qui commence aux Pioneers et qui se termine avec Pontiuc, quand il aura mis la dernière pierre à cet édifice, M. Parkman aura élevé un monument qui sera admiré à l’” ranger, et contem;:lé avec reconnaissance par les Canadiens.

Malgré tous les talents que possède l’auteur, il y a lieu de s'étonner qu’il ait pu surmonter les difficultés immenses de la tâche qu’il s’est imposée, quand on connaît les circonstances pénibles dans lesquelles il a travaillé. M. Parkman a été valétudinaire presque toute sa vie; à plusieurs reprises, tout travail intellectuel lui a été interdit par ses médecins ; et pendant trois ans, sa vue menacée d’une amaurose, ne pouvait supporter ni lecture ni écriture; la lumière même du jour lui était un supplice. Presque toutes ses recherches et la composition de

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ses ouvrages ont été faites à l’aide d’un secrétaire. Ses livres sont des chefs-d’œuvre de patience, plus encore que d’exécution.

Dans l'intérêt des lecteurs curieux de détails intimes, nous dirons que M. Parkman a épousé, en 1850, miss Catherine Bigelow, fille du Dr Jacob Bigelow, l’éminent médecin de Boston. Cette union fut éphémère:

madame Parkman est morte en 1858, laissant deux filles qui lui survivent.

Durant l'hiver, M. Parkman habite Boston, et il passe la belle saison à Jamaica Plain, délicieuse campagne des environs de la ville.

Son charmant cottage, encadré de feuillage, est assis au bord d’un lac en miniature (Jamaica Pond), et regarde les opulentes villas et les gracieuses collines, richement boisées, qui ondulent tout autour de l’horizon.

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