‹ P.A. de Gaspé et Francis Parkman [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 17 · FA · texte numérisé non relu

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courage et de sa valeur, et rotamment dans les entreprises que ces deux Lieuteuants-Généraux ont formées contre les Troquois et les Sonnontouans, nos ennemis, dans le pays desquels il prit possession, en notre nom, des principaux postes et du fort des Iroquois, ainsi que de toutes les terres conquises par nos armes; il a eu un de ses fils tué à notre service, et les aînés de cinq qui lui restent y servent actuellement et se sont distingués au dit pays. À ces causes voulant user envers le dit Sieur de La Chesnaye des mêmes faveurs que nous accordons à ceux de son mérite, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, nous l’avons anobli et anoblissons par ces présentes, signées de notre main, ensemble

‘Il ne songea même pas à réclamer de ses censitaires appauvris, les arrérages de rentés coi : !L'ables qu’ils lui devaient, mais s’empressa plutôt de leur venir en aide en faisant reconstruire son moulin sur la rivière des Trois-Saumbns, qu’il habita plusieurs anrées avec sa famille, jusqu’à ce qu’il fût en moyen de construire un nouveau manoir.

‘ C'était un bien pauvre logement, que trois chambres exiguës, réservées dans un moulin, pour sa famiile jadis si opulente!

Cependant tous supportaient avec courage les privations auxquelles ils étaient exposés;

ses enfants nés et à naître en légitime mariage, que nous avons décorés et décorons du titre de noblesse, de sorte qu’ils puissent acquérir et posséder tous fiefs et terres nobles, et jouir de tous les honneurs, prérogatives et privilèges, franchises, exemptions et immunités dont jouissent les autres nobles de notre Royaume. Donné à Versailles, au mois de mars de l'an de grâce 1693, et de notre règne le cinquantième,”

(Signé) Louis.

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le capitaine de Gaspé seul, tout en travaillant avec énergie, ne pouvait se résigner à la perte de sa fortune ; les chagrins le minaient; pendant l’espace de six ans, jamais sourire n’effleura ses lèvres. Ce ne fut que lorsque son manoir fut reconstruit, et qu’une certaine aisance reparut dans le ménage, qu’il reprit sa gaieté naturelle.” *

Il mourut à Saint-Jean-Port-Joli le 26 janvier 1787, âgé de 70 ans.

Son fils, l'honorable Pierre-Ignace Aubert de Gaspé, père de notre auteur, était le dernier des six enfants et le fils unique du soldat de Carillon. Marié à Québec, à dame Catherine Tarieu de Lanaudière, il en eut sept enfants, dont l’aîné est l’auteur des Anciens Cunadiens. Membre du conseil législatif, l'honorable ‘Pierre-Ignace de Gaspé partagea sa vie entre les soins de sa famille et les devoirs de citoyen, si importants à cette époque

* Anciens Canadiens, p. 263.

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où chacun rivalisait de patriotisme pour sauver du naufrage les épaves de notre nationalité. Grâce aux années de paix dont jouit le Canada pendant sa vie, ii parvint à refaire en partie la fortune que son père avait perdue pendant la guerre. Il mourut le 13 février 1823, à l’âge de 66 ans. En annonçant

sa mort, le Canadien écrivait ce bel éloge:

‘ Les sentime, ‘: de loyauté se manifestèrent chez lui dès son enfance: étudiant au collège de cette ville lors de la guerre de 1775, exempt alors du service par sa jeunesse. il ne consulta que sa loyauté, abandonna ses études pour joindre ses effurts, comme volontaire, à ceux de ses compatriotes, et repousser l’ennemi commun. Juste et libéral envers ses censitaires, il n’a jamais dans l’espace de quarante ans qu’il a géré ses seigneuries, intenté une seule poursuite contre eux.”

L'auteur des Anciens Canadiens me rapportait, au sujet de la mort de son père, une

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anecdote assez singulière. Son père avait un

cheval favori, nommé Curillon, qui avait été Je compagnon. ordinaire de ses courses. Lorsqu'on l’attela pour conduire le cercueil à l’église, on eût dit que le fidèle animal ne voulait pas se séparer de son maître: il se mit à hennir, et refusa obstinément d’avancer, quoiqu'il n’eût jamais été rétif auparavant. On fut obligé de le reconduire à l’étable, et d’atteler à sa place un autre cheval.

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‘ Le 80 octobre de l’année 1786, raconte M. de Gaspé dans ses Aémoires, dans une maison de la ville de Québec, remplacée maintenant par le palais archiépiscopal, un petit être bien chétif, mais très vivece, puisqu'il tient aujourd’hui la plume à l’âge de soixante-dix-neuf ans, ouvrait les yeux à la lumière. Après avoir crié jour et nuit pen-

dant trois mois sans interruption, sous le toit

é | de 5 grand’mère maternelle, veuve du che- À | valir Charles Tarieu de Lanaudière, le petit à Phlippe Aubert de Gaspé füt transporté à ” fl Sant-Jean-Port-Joli, dans une maison d’asue p se: modeste apparence, ayant néanmoins la

prtention de remplacer l’ancien et opulent Aïanoir que messieurs les Anglais avaient AE ? brûlé en 1759... C’est là que s’écoulèrent mes premières années.

‘Je trouvais la vie pleine de charme pendant mon enfance, ne m’occupant ni du passé ni encore moins de l’avenir. J'étais heureux! Que me fallait-il de plus! Je quittais bien, le soir, avec regret tous les objets qui m’avaient amusé, mais la certi-

( tude de les revoir le lendemain me conso- : "à | lait ; aussi étais-je levé dès l’aurore pour re- A prendre la jouissance de la veille.

e | ‘“ Je me promenais seul, sur la brune, de .: a long en large dans la cour du manoir, et je

" trouvais une jouissance infinie à bâtir des

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petits châteaux en Espagne. Je donnais deg

noms fantastiques aux arbres qui couronient le beau promontoire qui s'élève au sud dudomaine seigneurial. Il suffisait que leur forne m'offrît quelque ressemblance avec des êtes vivants pour me les faire classer dans mm imagination. C'était une galerie complèe composée d'hommes, de femmes, d’enfants, d'animaux domestiques, de bêtes féroces et d'oiseaux. Si la nuit était calme et belle, je n’éprouvais aucune inquiétude sur le sort de ceux que j'aimais, mais au contraire si le vent mugissait, si la pluie tombait à torrents, si le tonnerre ébranlaïit le cap sur ses bases, je me prenais alors d'inquiétude pour mes amis; il me semblait qu’ils se livraient entre eux un grand combat et que les forts dévoraient les plus faibles; j'étais heureux le lendemain de les trouver sains et saufs.”

A l’âge de neuf ans, le jeune de Gaspé fut placé à Québec, dans une maison de pension tenue par deux vieilles filles ayant nom

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Chôlette. Gâté par elles et par leur frère, Ives Chôlette, qui l’adorait et lui laissait une liberté entière, il fit, pendant trois ans, l’école buissonnière, et apprit bien plus les tours de gamins que les règles de la grammaire.

“Je commençai par faire connaissance avec tous les petits polissons du quartier, et notamment avec le sieur Joseph Bezeau, autrement dit Coq Bezeau, parce qu’il était, je suppose, le chef des gamins. Il me présenta ensuite à tous ses amis de la ville et des faubourgs, comme un sujet des plus belles espérances.”

Il faut lire, dans les Mémoires, ses aventures avec maître Coq Bezeau et son cousin, Lafleur: ce sont de petits chefs-d’œuvre tracés de maïn de maître. Le spirituel et le grotesque s’y allient sous les formes le’ plus hilarantes: on ne peut lire ces esquisses, véritables photographies du temps, sans se tenir les côtes. Ils resteront comme des modèles du genre.

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Les parents du jeune de Gaspé ‘apprirent, un peu tard, la grande vie que menait leur petit gamin dans la bonne ville de Québec. R Sous le professorat de Coq Bezeau, l’éduca- } tion de la rue avait été complète ; mais &elle | | || de la grammaire était à recommencer. Grande | fut leur colère en apprenant ce résultat : ‘ils | le renfermèrent dans le séminaire de Qué- A | bec, où il termina ses études, non sans re- à A nouveler, de fois à autres, des scènes comi- à ques dignes de l’âge d’or de sa gaminerie. 4 | Au sortir de ses études, il embrassa la | carrière du barreau, étudia sous le juge en | chef Sewell, alors procureur général, et se | livra à la pratique du droit pendant quelques années. La place de shérif lui fut alors offerte; il l’accepta, et ce fut son malheur. Doué d’une imagination vive, d’un cœur ardent et généreux, n’ayant connu de la vie que l’aisance et les douceurs, il se laissa entraîner au courant de cette vie insouciante, Î et ne veilla pas à ses affaires avec le soin (

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qu’exigeait son importante situation. Quand il se réveilla de ce rêve, un abîme était ouvert sous ses pas.

Mais lui-même s’en est fait des reproches si

/ amers, en a fait l’aveu public, après trente ! ans d’expiation, en termes si touchants, qu’a-

près avoir lu sa confession, le blâme expire sur les lèvres ; on n’a plus que le courage de le plaindre.

M. de Gaspé s’est peint lui-même dans les Anciens canadiens sous le pseudonyme de M. d'Egmont. Ce chapitre, écrit avec des larmes, est tracé avec une éloquence brûlante: on sent qu’il y a mis toute son âme, concentré toutes les espérances, toutes les illusions, toutes les anxiétés, toutes les déceptions, toutes les angoisses de sa vie.

M. d'Egmont s'adressant à Jules d'Haberville :

‘ Je vais maintenant, mon cher Jules, te faire le récit de la période la plus heureuse et la plus malheureuse de ma vie: cinq ans

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de bonheur! cinquante ans de souffrances | O mon Dieu! une journée, une seule journée

de ces joies de ma jeunesse, qui me fassé || oublier tout ce que j'ai souffert! Une jour-! | | née de joie délirante qui semble aussi aiguë que la douleur physique! Oh! une heure, une seule heure de ces bons et vivifiants éclats de rire, qui dilatent le cœur à le briser, et qui, comme une coupe rafraîchissante du Léthé, effacent de la mémoire tout souvenir douloureux ! Que mon cœur était léger, lorsque entourc de mes amis, je présidais la table

du festin! Un de ces heureux jours, Ô mon

Dieu! où je croyais à l’amitié sincère, où j'avais foi en la reconnaissance, où j’ignorais l’ingratitude !

‘ Lorsque j’eus complété mes études, toutes les carrières me furent ouvertes ; je n’avais qu’à choisir.

‘* Jobtins une place de haute confiance dans les bureaux. Avec mes dispositions,

c'était courir à ma perte. J'étais riche par

moi-même; mon père m'avait laissé une brillante fortune, les émoluments de ma place étaient considérables, je maniais, à rouleaux, l’or que je méprisais.

‘Je ne chercherai pas, fit le bon gentilhomme en se frappant le front avec ses deux mains, à pallier mes folies pour accuser autrui de mes désastres; oh! non!

mais il est une chose certaine, c’est que j’aurais pu suffire à mes propres dépenses, mais non à celles de mes amis, et à celles des amis de mes amis ... incapable de refuser un service, ma main ne se ferma plus; je devins non seulement leur banquier, mais si quelqu’un avait besoin d’une caution, d’un endossement de billet, ma signature était à la disposition de tout le monde. C’est là, mon cher Jules, ma plus grande erreur...

“Un grand poète anglais a dit: ‘ Ne ‘ prête, ni n’emprunte, si tu veux conserver “tes amis.” Donne, mon cher fils, donne à pleines mains, puisque c’est un penchant

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irrésistible chez toi, mais au moins, sois avare de ta signature; tu seras toujours à la gêne, mais tu éviteras les malheurs qui ont empoisonné mon existence pendant un demisiècle.

‘ Mes affaires privées étaient tellemeni mélées avec celles de mon bureau, que je fus assez longtemps sans m'’apercevoir de leur état alarmant ; lorsque je découvris la vérité après un examen de mes comptes, je fus frappé comme d’un coup de foudre. Non seulement j'étais ruiné, mais j'étais aussi sous le poids d’une défalcation considérable! Bah! me dis-je, à la fin que m'importe la perte de mes biens! que m'importe l’or que j'ai toujours méprisé !... Je paierai mes dettes; je suis jeune, je n’ai point peur du travail, j'en aurai toujours assez. Qu'ai-je à craindre d’ailleurs ? mes amis me doivent des sommes considérables. Témoins de mes difficultés financières, ils vont s’empresser de liquider, et aussi, s’il est nécessaire, de

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