‹ P.A. de Gaspé et Francis Parkman [microforme]Chapitre 10 sur 15 · RUE · texte numérisé non relu

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immortalisera, avec toutes ses traditions et ses souvenances, ses gloires et secs larmes, la plus glorieuse page de notre histoire.

‘ Et ce qu’il y a d'étonnant, c'est que c'est à un vicillard de soixante-seize ans que nous devons cette œuvre nationale.

‘ Ceux-là surtont qui ont eu occasion de connaître la personne et la vie de l’auteur éprouveront un charme particulicr en le lisant ; car les Anciens Canadiens sont en mème temps des Mémoires et une œuvre d'art. [L’anteur et le livre se complètent l’un par l’autre.

‘6 Connaissez-vous, dans la cité de Québec, ce vénérable vieillard, aux traits nobles et spirituels, au regard fin et méditatif, qui porte lestement trois quarts de siècle sur ses épaules, ct que

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vous avez pu voir souvent, courbé sur quelque livre dans la bibliothèque provinciale, ou promenant ses douces rèveries à travers la cité, saluant ses amis avec ce sourire bicnveillant et cette grâce parfaite qui distinguent la noblesse dela vieille roche ? Si le vieillard porte encore vaillamment ses soixanteseize ans, ce n'est pas que la main du malheur ne se soit jamais appesantie sur lui. Au contraire, ses jours ont été semés d'orages ; après avoir connu la splendeur et la fortune, il a goûté à la coupe amère des tribulations et des jours mauvais.

Ce qu’a dû souffrir alors cet homme ‘ au cœur chaud, aux passions ardentes, au sang brûlant comme le vitriol, ” lui

seul le sait, quoique son livre nous en révè'e cependant beaucoup. Mais son âme a été plus grande que ses malheurs,

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et a soutenu ses forces et son intelligence. C’est aprèctoute une longue vie d'orage et de soleil ; après avoir étudié, pendant soixante ans, à l'école de j'expérience ei de la douleur ; après avoir entendu chanter ou pleurer toutes les voix des félicités et des angoisses, des sourires et des sanglots qui ont fait vibrer tour-à-tour toutes les fibres de son âme, quila exhalé ses chantset ses plaintes. Ses accents ont coulé de source et sans effort : la coupe était trop pleine, elle a débordé d’elle-même.

‘ Le style de l’ouvrage se ressent naturellement de cette inspiration ; quoique parfois peu correct, il est toujours d’une fraicheur, d’une vivacité, d’un entrain qu’on est tout étonné de rencontrer chez un vicillard septuagénaire. Mais en même temps règne partout une fermeté

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de jugement, une sagesse de conception, une sobriété de pensée qui dénotent la parfaite maturité du talent : on sent que l’auteur a gravi et redescendu les deux versants de la vie, et que, sur la ronte, il n’y à pas une flenr ou une épine qu’il Wait observées, étudiées, en même temps que, des hauteurs de la vie, il embrassait tous les objets, d'un seul coup d'œil d'ensemble.

‘ Ce qu'il y a de remarquable dans l'onvrage de M. de Gaspé, c'est que le drame, qui se déroule avec tant d’unité :

et un intérêt toujours croissant, est presqu’entièrement historique, comme il est facile de s’en convaincre par les nombreuses notes qui accompagnent le vo- lume. ”

Les Mémoires, qui parurent en 1866, eurent un succès plus calme, mais non

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moins solide. Les Mémoires sont la continuation des notes qui font suite aux Anciens Canadiens ; ils achèvent de peindre cette société que M. de Gaspé avait si bien commencé à nous faire counaitre. |

“ L'histoire anecdotique du passé, disait M. Fabre, a déjà un excellent modèle dans les notes qui accompagnent les Anciens Canadiens et dans les Mémoires de M. de Gaspé. Si nous possédions pour toutes les époques importantes de notre passé un témoin aussi fidèle, un narrateur aussi spirituel, nous pourrions nous tenir pour satisfaits. Soyons du moins cortents de ce que nous avons, remercions le noble vieillard, qui est le plus jeune de nos écrivains, de nous avoir rendu ce qu’il a vu durant sa longue carrière, avec un tel

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aspect de vérité, un entrain si rare ; mettons dans un coin choisi de nos bibliothèques, pour les relire souvent, pour les relire chaque fois que nous nous sentirons le goût appesanti par quelque lourd bouquin ou vicié par quelque production réaliste, ces pages animées de la flamme du passé et où coule la verve d'autrefois.

‘ Ce fut un jour unique et qui restera une date dans notre histoire littéraire, que celui où l’on vit apparaître, au seuil des lettres canadiennes, cet auteur qui débnta't à soixante-dix ans par un roman.

I n’y ent qu'un cri d’admiration lorsqu'on sentit quelle fraicheur d’imagination, quel charme de style régnaient dans ce livre qui devint de suite le plus populaire de nos ouvrages.” 1

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