MORT DB M. DE GASPÉ
6 Depuis quelques années, l'aimable auteur des Anciens Canadiens n’écrivait plus, mais sa causerie abondante et spirituelle ne tarissait pas, et les souvenirs d’un passé dont il était presque le dernier et à coup sûr le plus fidèle témoin, revenaient sans cesse sur ses lèvres. La vieille société revivait en lui etla nouvelle admirait ce parfait modèle des belles manières et des mœurs d’antrefois.
Québec s’enorgueillissait de l’avoir dans ses murs, et c'est, avec une sorte de res-
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p°ct mêlé d'affection, qu’on le suivait du regard parcourant nos rues, un livre sous le bras, arrêté à chaque pas, non par le ralentissement de l’âge, mais par mille réminiscences irrésistibles. Notre ville était pour lui remplie d'attraits, peuplée de figures familières ; il avait connu les grands-pères de tous ceux dont il voyait les noms indifférents, et il portait intérèt à tous.
‘ M. de Gaspé était l'exquise personnification de l’Aomme d'esprit d'autrefois.
On retrouvait dans sa conversation, dans ses saillies, un genre à peu près perdu, une vivacité etun naturel que nous n'avons plus. Nous avons encôre de l'esprit, mais ce n’est plus le même: il coule moins directement de source, il cst - plus apprèté et surtont moins gai. Nos
pères plaisantaient autrement et s’amnsaient mieux.
‘ Lorsque plus tard l'historien voudra recomposer pour la postérité l’ancienne société canadienne, ii placera au sommet des événements politiques la fière et mâle figure de M. Papineau, et au-dessus du tableau animé de la Cour et de la Ville l’image souriante de M.
de Gaspé. ” 1
M. de Gaspé est décédé le 29 janvier dernier, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, chez son gendre, l'honorable juge Stuart, qui a entouré ea vieillesse des soins du plus tendre des fils.
Après avoir fermé Îles yeux à mon vénérable ami, j’écrivis, à travers mes larmes, les lignes que je transcris ici :
Ilest mort lenoble vieillard, le con-