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se laissèrent aller au gré du courant qui les dirigeait sur le Pilier-de-Boïs. Pendant quelque temps ils eurent l’espérance d’y aborder. Mais le vent les en éloigna ct les poussa vers la côte sud.
Après tonte une nuit d'angoisse, de grand matin, ils se crurent en vue de l’anse de Sainte-Anne ; mais après avoir mieux observé, ils s’aperçurent qu'ils étaient à environ un quart de lieu plus bas que les Trois-Saumons. Francœur reconnut qu'il était en face de sa demeure. La marée montante les conduisit sur le rivage, en arrière du manoir.
Narcisse Chouinard qui se sentait encore assez de force, résolut de débarquer afin de venir chercher du secours. Et c’est lui que mon domestique rencontra
Le corps de Morin ne fut jamais re-
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trouvé; celui de Gagnon vint attérir un peu plus bas qu'ici ; il se tenait encore cramponné au mât de la chaloupe 1.
Grand fut l’'émoi dans tonte la côte, et Gabriel Griffard se fit l'écho de la douleur publique. Il composa sur l’air :
Au sang qu'un Dieu va répandre, une
1. Depuis la publication de cette biographie dans le Courrier du Canada, une partie de ces renseignements m'ont été fournis par M. l'abbé Prudent Dubé, natif de Saint-Jean et professeur au Collége Sainte-Anne. “ Narcisse Chouinard, surnommé Narcisse Pierre-Louis, vit encore, ajoute M. Dubé, et c’est lui qui a eu l’obligeance de me fournir ces nctes. Pierre Frigault vit aussi, et conserve comme souvenir de ce tragique événement, un tremblement nerveux qui lui rend difficile la prononciation. NL
“Le matin du sinistre les habitants du haut de Saint-Jean, au lieu de se rendre à l’église pour entendre la grand'messe, demeurèrent pour la plupart au manoir seigneurial, En cette circonstance, comme en bien d’autres, ils purent admirer, une fois de plus, le dévouement et la charité de la famille de Gaspé.”
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complainte qui fit verser plus de larmes que n’en ont jamais fait répandre bien des poètes élégiaques.
Voici les deux premiers couplets de cette complainte qui me sont restés dans la mémoire :
Jeunes gens qui croyez peut-être Que la mort cest éloignée, Comme vous je croyais être
Sur terre bien des années.
Mais trompé comme bien d'autres Et croyant toujours me sauver,
Je vous apprendrai par d’autres Comment je me suis noyé. 1.
Le récit de la catastrophe, ajouta M.
de Gaspé, les angoisses, les lamentations des malheureuses victimes, la découverte de leurs cadavres, tout cela était raconté