‹ P. Corneille et le théâtre espagnolChapitre 1 sur 6 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

En traçant Vébauche du développement des théâtres espagnol et français et en cherchant à faire ressortir leur caractère, nous avons dû plus d'une fois répéter des choses bien connues. Mais pour élucider le plus complètement possible les rapports entre le théâtre de Corneille et la comedia espagnole, nous ne pouvions nous abstenir de donner ces indications générales d^ histoire dramatique: du moins nous sommes nous efforcés de le faire le plus brièvement possible.

Nous n'avons pas cru nécessaire de dresser une liste spéciale des ouvrages dont nous nous sommes servi; le lecteur trouvera toujours, dans les notes, f indication des sources où, nous avons puisé. Pour les œuvres de Corneille^ nous

avons eu recours à V excellente édition de Martyr Laveaux; les citations des auteurs de comêdia sont tirées de V édition de Rivadeneyra^ dotit quelques volumes j il est vrai, laissent beaucoup à désirer pour la critique des textes. Là oie nous avons dû faire des citations de quelque comedia qui ne figurait pas dans ce recueil, nous les avons empruntées aux éditions originales du Britisli Muséum^ dont la date et le lieu de publication sont également indiqués dans les notes.

Nous croyons devoir une mention spéciale à quelques ouvrages critiques qui nous ont fourni bien des renseignements précieux sur l'histoire des théâtres espagnol et français ; en premier lieUy à r œuvre érudite de Menéndez y Pelayo : Historia de las ideas estétiças en EspaSa ; aux volumes de M, Petit de Julleville connus sous le nom ûf'Histoire du théâtre en France ; et enfin^ au beau livre de M, Faguet : La tragédie française au XVI® siècle.

Londres, 1901.

KT

DES OUVKAGES QUI TRAITENT DU RAPPORT EXISTANl ENTRE CORNEILLE ET LE THÉÂTRE ESPAGNOL

Le rapport des œuvres de P. Corneille et du théâtre espagnol a donné lieu à une littérature abondante. Depuis Tapparition du Cid jusqu'à nos jours, des critiques littéraires de différentes nationalités ont déployé la plus grande activité pour établir les emprunts faits par Corneille à TËspagne et la manière dont il les a utilisés dans ses ouvrages dramatiques. La discussion soulevée par la question du Cid prit de grandes proportions, et plus tard elle s'étendit aux autres productions de Corneille qui ont

subi rinfluence de quelque dramaturge espagnol.

En dehors des deux nations intéressées à ce débat, les Allemands et les Anglais prirent part à la discussion de ce curieux problème d'histoire littéraire comparée et, soit en recueillant de nombreux matériaux, soit en émettant des vues remarquables, ils ont contribué à le rendre plus clair.

Il ne nous semble pourtant pas que la question soit complètement élucidée. Certes, nous n'avons pas la prétention de dire le dernier mot à son sujet, mais après l'étude consciencieuse des documents, il nous sera peut-être permis de dire qu'en nous efforçant d'établir la vérité dans cette question si controversée de l'influence de l'Espagne sur la France, nous l'avons envisagée d'un point de vue nouveau ou du moins assez négligé jusqu'à présent, et qvi aucune prévention ne nous a empêché de porter le jugement qui nous paraissait juste.

L'absence de préventions est une qualité essentielle de la critique, surtout quand il s'agit de constater les emprunts qu'un grand poète national a faits à une littérature étrangère. On a beaucoup péché contre l'objectivité* en cher-

chant la part d'influence du drame espagnol sur P. Corneille. L'amour-propre national, un patriotisme étroit ont joué un rôle trop considérable, surtout chez les Français. Certains ont fait de ce problème une question, pour ainsi dire, d'honneur national. Comme si le seul nom du « grand » Corneille suffisait pour qu'ils tombassent à genoux; comme si, dans la fumée de Tencens brûlé en son honneur, ils ne pouvaient qu'entrevoir ou même ne pas apercevoir du tout ce que leur compatriote doit à l'Espagne.

En outre, la critique française était fort ignorante des choses de l'Espagne. Il semble étrange — mais c'est un fait — que, même à l'époque de la grande influence de l'Espagne, sa littérature ait été si peu connue en France. Sous d'autres rapports encore, et dès le Moyen Age, les Français ont jugé superficiellement leurs voisins d'au-delà des Pyrénées. 11 ne semble pas qu'ils aient toujours rendu pleine justice aux poètes étrangers. Shakespeare ne s'est-il pas longtemps heurté à l'exclusivisme du goût gaulois ? Ce n'est que de nos jours que le cosmopolitisme littéraire a réellement rompu les barrières de l'esprit français. L'exemple le plus frappant de l'indifférence des Français à l'égard

des lettres étrangères, c'est leur attitude envers la littérature espagnole.

11 n'y a pas de littérature à laquelle ils aient plus d'obligations, et il faut arriver jusqu'aux premières années du xix* siècle pour trouver des ouvrages où Ton essaie vraiment d'apprécier les trésors littéraires du génie espagnol. Morel-Fatio (1) a très justement relevé cette curieuse négligence des Français à l'égard de ce peuple avec lequel ils eurent^ pendant des siècles, des rapports contiauels, littéraires, politiques ou sociaux. De nos jours, les lettres espagnoles ne sont guère mieux connues, M. Bru-* netière, dans sa critique de ce livre, l'avoue : € Pour la littérature espagnole, on dirait que nous avons pris à la lettre le mot de Montesquieu : « Le seul de leurs livres qui soit bon est celui qui a fait voir le ridicule de tous les autres. » Et, en effet, joignons au nom de Cervanlès les noms de Calderon et de Lope de Vega ; joignons à Don Quichotte le Romancero du Cidy à cause de Corneille, le Lazarille de formes ou le Guzman dAlfarache^ à cause de Lesage, c'est à peu près tout ce que nous sa-

(1) Études SUT VEspagne, !• série, Paris, 1895.

vons aujourd'hui de la littérature espagnole (1). » La plupart des écrivains français, parlant de Tinfluence du théâtre espagnol sur le théâtre français, ont été victimes de cette indifférence qui confine à l'ignorance, et à laquelle s'ajoutait cet amour-propre national mal entendu que nous signalions tout à l'heure. Par les livres parus récemment sur ce sujet, on se rend compte que le voile épais qui, aux yeux des critiques français couvrait la plupart des productions de la littérature espagnole, commence à se déchirer. Bien des préventions y apparaissent encore, obscurcissant le jugement de leurs auteurs, et les amenant à des conclusions erronées. Et ce qu'on peut dire des livres qui traitcrtit d'une façon générale de FinQuence espagnole en France, s'applique à plus forte raison à la littérature spéciale qui tend à établir l'influence du drame espagnol sur P. Corneille. Lorsqu'on examine les productions de la littérature cornélienne, ce qui saute aux yeux tout d'abord, c'est le grand nombre de défenses et d'éloges et les efforts de leurs auteurs pour découvrir dans Corneille tous les attri-

{i) Études critiques, Paris, 1880, t. IV. p. !il-52.

buts du génie et pour proclamer sa profonde originalité. Le plus typique est peut-être le Père Toumemine qui, entre autres choses, tient à déclarer que : « jamais auteur ne fut, plus original, plus fécond, plus varié (1) ». Cette note dominante, on la retrouvera dans presque toutes les critiques françaises sur Corneille. Ce qui nous a décidé à mentionner cette opinion, c'est qu'on rencontre très souvent le nom de son auteur dans les écrits plus anciens qui traitent de l'influence des dramaturges espagnols sur Corneille. On s'en rapporte encore à lui quand il s'agit de constater l'originalité du poète français par rapport à un auteur castillan quelconque. Ce serait peine perdue que de vouloir découvrir chez lui les indices de quelque connaissance des dramaturges de l'Espagne ; il croyait tout bonnement que Tamour de la patrie et l'admiration exaltée qu'il avait pour le poète étaient plus que suffisants pour pouvoir juger avec équité l'influence du théâtre espagnol sur le représentant célèbre de la tragédie française. Et cependant sa méthode semble avoir fait école.

(1) Défense du grand Corneille (dans Tédition de 1747 des œuvres de C), Paris, Guérin, t. VII, p. 29.

Pendant longtemps, les critiques français se contentèrent de répéter les opinions de leurs devanciers, sans avoir recours aux textes.

Voltaire est, pour ainsi dire, le premier qui ajoute des commentaires critiques aux drames de Corneille ; et c'est à tort qu on croit découvrir dans ses remarques une partialité, dictée par la jalousie. Voltaire, en raison de sa poétique dont Tétroitesse forme un contraste frappant avec la largeur de ses vues philosophiques, devait plutôt apprécier favorablement les pièces classiques de Corneille. La sévérité avec laquelle il blâme ce qui lui semble faible ou malheureux dans ses œuvres ne l'empêche pas de louer ses grandes qualités de poète. Dans ses commentaires, et surtout dans ses aperçus ajoutés à VHéraclius (1), il paraît chercher objectivement ce qup Corneille doit aux dramaturges espagnols. Mais malgré son génie et la pénétration de son sens critique, la connaissance très insuffisante de la langue et de la littérature espagnoles ne lui ont pas permis de porter un jugement acceptable sur cette matière. Lorsqu'il

(1) Les auteurs des panégyriques de Corneille les qualifient injustement de «calomnies» ; ainsi, entre autres, Levallois, Cornei7/e inconnu, Paris, 1876, p. 377.

s'agit d'établir en général Tinfluence de Tesprit du drame espagnol sur les œuvres de Corneille, Voltaire, bien qu'inconsciemment, semble le plus souvent attaquer cette influence. Cela n'est pas surprenant. Partisan et défenseur du classicisme, il comprenait et goûtait à peine le romantisme des dramaturges castillans, et devait nécessairement regarder comme funeste leur influence sur Corneille. Le théâtre anglais lui était aussi peu sympathique que celui de l'Espagne : il ne leur pardonna jamais leurs libertés, leurs dérèglements, leurs témérités. L'emploi du bouffon à côté de l'héroïque était à ses yeux « une bassesse », lé respect des trois unités était si grand chez lui que, parlant de l'attaque de de La Motte dirigée contre elles, il fît remarquer que « cette hérésie en littérature n^a pas fait fortune » (1). D'ailleurs il ne connaissait que très vaguement et très superficiellement les auteurs castillans et leurs œuvres ; l'on ne doit donc pas être surpris de le voir qualifier les ouvrages de Lope et de ses contemporains « de tissus d'aventures incroyables » (2).

(1) Dans ses notes sur le discours : De V utilité et des parties du poème dramatique de Corneille.

(2) Préface du Cxd,

Au xvm® siècle, sous Finfluence de la littérature humanitaire et philosophique, on juge en général défavorablement et injustement l'Espagne en France, et l'on ne doit pas s'attendre à ce que les ouvrages qui traitent de son théâtre donnent une idée juste du drame espagnol et de ses rapports avec la poésie dramatique française. En 1700, Lesage, se cachant sous l'anonyme, traduit deux pièces du riche répertoire espagnol : La traicion busca el castigo deRojaset Guardar y guardarsede Lope(l). Il promet de continuer son ouvrage si le public l'accueille favorablement; l'accueil ne dut pas être favorable, car la collection en resta au premier volume. Dans la préface jointe à ses traductions, Lesage loue l'intrigue variée de la comedia, la facilité et la grâce de ses inventions, et il engage les auteurs français à imiter ces bonnes qualités des Espagnols, en lâchant d'éviter leurs fautes. En 1738, Du Perron Castera publie un volume (2) où il donne des ex-

(1) Le Théâtre espagnol ou les meilleures comédies des plus fameux auteurs espagnols. Traduites en français, La Haye, 1700.

(2) Extraits de plusieurs pièces du Théâtre espagnol^ Amsterdam, 1738.

traits de quelques pièces espagnoles choisies à Taventure et fort médiocres ; il en traduit quelques passages, en prose. Dans l'introduction de son déplorable ouvrage, Fauteur reconnaît quelques bonnes qualités à la comedia espagnole, et, songeant au Cid et au MenteuTy il fait même remarquer que « nous avons souvent profité de leurs dépouilles », mais en somme il paraît témoigner d'un certain mépris pour Lopès de Véga (sic), Don Guillén et Calderôn.

C'est au xvui* siècle aussi que vit le jour le Théâtre espagnol de Linguet, à propos duquel Schlegel dit encore au commencement du XIX® siècle qu'il est le seul qui ait pu donner quelque idée du drame castillan aux Français (1). C'était une erreur delà part de Schlegel, parce qu'à cette époque parurent plusieurs recueils de traductions, qui avaient pour but de faire connaître les ouvrages dramatiques espagnols (2). Malgré tout, Touvrage de Linguet

(i) « In Frankreich hat man durchaus keinen anderen Begriff vom spanischen Theater als den, welchen man sich etwa aus Linguet's Uebersetzungen bilden kann » {Vorlesungen ilhev dramatische Kiinst und Litteratur), Vienne, 1825, 3« série, p. 134.

(2) A. Morel-Fatio et Léon Rouanet, Bibliographie du Théâtre espagnol^ Paris, 1898, p. 30-37.

semble avoir eu le plus de succès, bien qu'il ait très peu justifié sa popularité. Dans l'épitre adressée aux membres de l'Académie espagnole, notre auteur consacre des paroles élogieuses à la littérature castillane et, reconnaissant l'influence bienfaisante de l'Espagne sur la littérature de son pays, il s'exprime en ces termes : « C'est chez vous, Messieurs, c'est dans les bons auteurs castillans, que les nôtres ont puisé la première idée des beautés qu'ils ont prodiguées sur le théâtre et dans leurg écrits. Le Dante, TÂrioste, le Tasse même, n'ont point fait d'élèves parmi nous. Lopes de Véga (sic), Guillen de Castro, Calderon en ont fait. C'est à eux, sans contredit, que notre supériorité dramatique est due. Sans le Cid et les contradictions qu'il a essuyées, Corneille ne se serait probablement jamais élevé à Cinna, ni à Polyeucte : or, le nom seul de cette belle imagination rappelle dans quelle langue il en, a trouvé l'original. » Il y a du vrai dans ce que dit Linguet de l'influence espagnole sur le théâtre français; mais on ne peut attribuer qu'une importance relative à ses déclarations : son Théâtre espagnol nous donne la triste preuve de son ignorance de la littérature dra-

matique espagnole, voire même de la langue espagnole ; il nomme constamment « dom »

les héros de la comedia et appelle Lope de Vega « Lopes » (1). Mais passons sur cela et renvoyons simplement au choix, aux commentaires et à sa façon de traduire les pièces qu'il a publiées, tout dénote qu'il n'était pas à la hauteur de sa tâche; néanmoins, il ne méritait pas la violente invective que Garcia de la Huerta a dirigée contre lui (2).

Dans les premières années du xix® siècle, les poètes de la nouvelle école se tournèrent enthousiasmés vers l'Espagne, bien que les précurseurs du romantisme n'eussent guère une connais-

(1) Voltaire l'appelait, comme on sait, « Lopez». En Allemagne, au commencement du iviu» siècle, les jeunes romantiques, adorateurs fervents de Galderùn, lui donnaient aussi ce nom. Nous retrouvons encore cette appellation incorrecte dans des livres anglais, par exemple, dans The History of the Inquisition (London, J810). On n'en est pas trop choqué lorsque l'on voit qu'il y a eu un auteur espagnol qui écrivait de cette façon le nom de son glorieux compatriote : Glavijo y Fajardo, dans le neuvième numéro à'Ël Pensador. Voir encore Morel-Fatio, La comedia espagnole du xvii" siècle, Paris, 1885, note 15.

(2) La Escena Hespafiola defendida en cl Prologo del Teatro Hespanol, Madrid, 1786, 2« édition, p. 122-140.

sance plus exacte de la littérature espagnole que les philosophes du xvm* siècle; c'est à cette époque qu'Angliviel de Labeaunielle consacre cinq volumes au drame espagnol, traduisant quelques pièces de Torres Naharro, de Castro, de Cervantes, deLope et de Calderon (I). Cette collection laisse encore beaucoup à désirer, mais pour la traduction, les commentaires des pièces et les notes biographiques sur les auteurs, elle est bien supérieure au fatras de Linguet. Labeaumelle parle objectivement et brièvement du rapport littéraire qu'il y a entre Corneille et ses modèles castillans. On peut clore la série des ouvrages qui traitent du théâtre espagnol par cette collection dont Morel- Fatio dit qu'elle « paraît être à peu près tout ce que notre nouvelle école a connu de la comedia espagnole (2)», bien que, depuis cette époque, des traductions de l'ensemble ou d'une partie des œuvres des dramaturges espagnols aient paru de plus en plus fréquemment.

Dans tous ces ouvrages on ne trouve que quelques notes accessoires sur la question qui nous occupe. Le preuiier ouvrage critique vrai-

(I) Chefs-d'œuvre du Théâtre espagnol, Paris, 1822-23. (2; Études sur l'Espagne, l" série, p. 80.

ment scientiQque traitant de l'histoire comparée des littératures espagnole et française, est celui de Puibusque (1) qui traite naturellement aussi du rapport qu'il y a entre Corneille et le théâtre castillan. Puibusque fit preuve d'une connaissance si vaste des lettres espagnoles qu'on chercherait en vain les traces d'une telle culture chez ses devanciers. De la sorte, il évita la prévention des critiques, admirateurs aveugles de Corneille, inspirés uniquement par Famour de leur patrie. Cependant Tœuvre de Puibusque a déjà beaucoup vieilli; elle a besoin d'être complétée et revue. Nous n'aurons à rectifier et à compléter ici que les parties qui concernent l'iafluence du théâtre castillan sur Corneille.

Dans les ouvrages français qui ont trait à l'influence de l'Espagne sur la France, on rencontre souvent le nom de Philarète Chasles qui publia, en 1847, un volume consacré surtout au drame espagnol (2). On ne peut nier l'intérêt de son livre, où les remarques judicieuses abondent et dont le style charme quelquefois,

(1) Histoire comparée des littératures esp. et franc., Paris, 1843.

(2) Études sur V Espagne^ Paris, 1847.

mais les jugements superficiels et non dépourvus de prévention y sont aussi très fréquents (1). Chasles parle en termes fort élogieux de roriginalité, de la force, de la richesse de la comedia, mais quand il s'agit d'établir son influence sur le théâtre français, il cesse souvent d'être conséquent avec lui-même et énonce des opinions fausses. Il s'exprime ainsi en parlant du drame espagnol : « Mattre et précurseur de tout le théâtre européen, il a fait Corneille et Beaumarchais, les deux génies les plus opposés que Ton puisse nommer » (p. 40). De telles opinions ne l'empêchent pas cependant, lorsqu'il juge le rapport qu'il y a entre les dramaturges castillans et Corneille, de hasarder des déclarations aussi catégoriques que la suivante : « Calderon l'a traduit ; Diamante Ta traduit. Il n'a traduit ni Calderon, ni Diamante, ni même Guillen de Castro. Corneille n'a rien dérobé » (p. 460). Nous aurons plus tard l'occasion de prouver combien d'erreurs sont entassées dans ces quelques lignes ; ici nous ne nous

{\) Menéndez y Pelayo, en parlant de son essai sur Calderon, l'appelle « demi-humoristique » dans son ouvrage intitulé Calderon y su teatro, Madrid, 1896, p. 176.

bornoas qu'à indiquer cette opinion un peu téméraire de Chasles, comme preuve de ce fait trop évident, que des critiques, même au courant de la littérature dramatique espagnole, peuvent être prévenus par leur admiration pour Corneille.

Cette supposition est conGrmée par une étude de Viguier qui s'est occupé des plagiats « attribués » à Corneille (1), insistant surtout sur les emprunts qu'il a faits au théâtre castillan. Nous mentionnons Touvrage de Viguier après celui de Chasles bien qu'il lui soit antérieur, car la plupart des historiens de la littérature française semblent considérer les rapports entre Corneille et le drame espagnol comme définitivement jugés par Fauteur des Anecdotes littéraires.

Chasles, lui aussi, cite parmi ses sources le Père Tournemine et Viguier, et il se borne à répéter ce que ceux-ci ont déjà révélé. Cependant, Viguier qui nous assure qu'il n'a pas été inspiré par une admiration fanatique pour Corneille, semble être parti de cette idée que le différend qui existe entre Corneille et l'Espagne doit être réglé de manière à ne pas com-

(1) Anecdotes littéraires sur P, Corneille, ou Examende quelques plagiats, etc. ^ Paris, 1846.

promettre « roriginalîté » du poète français et, partant, la gloire littéraire nationale. Quant à ses arguments qui se rapportent à notre thèse, nous pouvons faire remarquer qu'ils sont faux pour la plupart ou très faibles. Cela est surtout visible dans la question de VHéracliiis.

Il existe aussi quelques ouvrages français où prédomine un esprit objectif; leurs auteurs, reconnaissant l'influence profonde du théâtre espagnol sur le théâtre français, ne veulent pas démontrer atout prix la supériorité de Corneille lorsqu'ils le mettent en parallèle avec ses modèles. Telle est, par exemple, l'étude comparée de Perrière (1) sur le Cid de Guillén de Castro et celui de Corneille : Perrière s'efforce de montrer que le Cid de Castro ne le cède en rien à l'œuvre du dramaturge français.

Les écrivains du xvii® siècle ont, presque tous, reconnu les grands services que le drame castillan a rendus au théâtre français en voie de développement ; et les critiques du xvni® siècle, tout en témoignant d'une antipathie profonde pour le pays de l'Inquisition, ont dû recon-

(<) Emile Ferrière, Littérature et philosophie, Paris, 1865.

naître que leurs compatriotes avaient souvent cherché et trouvé leur inspiration dans sa littérature. De leur côté, les historiographes du théâtre français n'oublient pas non plus de faire remarquer incidemment que la scène française doit beaucoup de sujets, d'arguments, de situations, de personnages au drame castillan, et que c'est sous son influence féconde que leur théâtre prit un plus grand essor. L'influence italienne semble même être considérée comme inférieure à celle de l'Espagne ; ces quelques lignes de Chappuzeau en font foi : « Au fond, dit-il, nous sommes plus obligés aux Espagnols qu'aux Italiens, et n'étant redevables aux derniers que de leurs machines et de leur musique, nous le sommes aux autres de leurs belles inventions poétiques, nos plus agréables comédies ayant été copiées sur les leurs (1). »

De pareilles opinions pouvaient être exprimées par les historiens de la littérature française, lorsqu'il s'agissait de Hardy, deRotrou, de Th. Corneille, de cette foule d'auteurs dramatiques du xvii® siècle, tombés dans la nuit de l'oubli, et qui ont proQtédes dépouilles du répertoire espa-

(1) Le Théâtre français (Lyon, 1674; nous nous sommes servi de Tédition de 1875 de Paris), 1. 1, p. 49.

gnol ; mais Corneille, le grand Corneille, devait faire exception.

Il est impossible aux critiques français d'être impartiaux lorsqu'ils parlent de ce poète de grand talent sans doute, mais pour Tappréciation duquel ils ne trouvent pas d'expressions assez élogieuses dans le vocabulaire littéraire. Lope et Calderon ne leur paraissent même pas dignes de lui être comparés ; Shakespeare seul semble pouvoir rivaliser avec lui. Ainsi Henri Martin, parlant de l'effet immense du Cidy s'exprime comme suit : c< La France sentit à Tinstant qu'elle avait plus que Lope de Vega et que Calderon ; si elle eût connu Shakespeare, elle eût compris qu'elle avait autant que Shakespeare (1). » Ce célèbre historien est un modèle des panégyristes de Corneille ; son grand enthousiasme pour le poète l'entraîne souvent aux affirmations les plus étranges. Pour lui, ce mot de Médée :

Que vous reste-t-il ? — Moi,

est le « cogito, ergo sum » de la tragédie, ce qui est très énigmatique ; Nicomède est une apparition inouïe, un « proies sinematre creata », ce

(l) Histoire de France^ Paris, i878, t. XI, p. 136.

qui est vraiment un peu exagéré. Il ne faut donc pas s'étonner de voir quelques auteurs renchérir : Shakespeare ne les satisfait pas et ils comparent Corneille à un Michel-Ange de l'art dramatique (1). H. Lucas va même jusqu'à l'appeler demi-dieu (2) ! Sans attribuer une trop grande importance à ces hyperboles, on peut les considérer comme caractéristiques de la manière dont quelques-uns de ses compatriotes jugent Corneille. Les livres qui contiennent de telles opinions nous intéressent encore parce que leurs auteurs y comparent souvent le poète français à Lope ou Calderôn qu'ils ne connaissent que de nom.

De tous ces ouvrages se dégage cette impression que les écrivains français, jugeant Corneille, perdent souvent de vue le terrain solide des faits, ils vont à Tavenlure; il n'est donc pas étonnant que leurs comparaisons entre le poète et ses modèles espagnols manquent d'objectivité. Les critiques impartiales, visant à la

(1) C. Gu^NOT, p. Corneille, Lille, 1863, p. 107; et H. TiviER, Histoire de la littérature dramatique, Paris, 1873, p. 589.

(2) Histoire du Théâtre français, Bruxelles et Leipsig, 1862-63.

recherche de la vérité, restent i&olées, et encore aujourd'hui il n'est pas rare de rencontrer, dans les études consacrées à cette question, des vues qui attestent une connaissance insuffisante ou superficielle de la littérature dramatique de l'Espagne. De plus, pour achever de compléter Fanalagie avec les auteurs de l'ancienne école, il n'est pas rare que les qualités négatives que nous avons signalées s'accordent avec un sentiment d'animosité et de mépris à l'égard des auteurs castillans.

On sait que Boileau^ le maître de la critique du xvii® siècle, appelait dédaigneusement Lope de Vega u un rimeur d'au-delà des Pyrénées (1) ». Si le premier des critiques français s'exprime ainsi sur le compte de Lope de Vega qui, malgré ses grands défauts, est l'un des plus brillants auteurs dramatiques du monde, il ne faut pas s'étonner que les disciples, suivant les traces du maître, aient conservé quelque chose de ce mépris affecté que Boileau témoignait au père de la comedia espagnole. Pour appuyer notre assertion, prenons un exemple : Dans son édition de Corneille, avec notes et commentaires (1886),

(1) Art poétique, chant III.

M. Félix Hémon, parlant des causes qui ont amené la publication de La verdad sospechosa d'Alarcôn, Tune des œuvres de Lope de Vega, s'exprime comme suit : c< Qu'on ne me dise pas, avec M. Marty-Laveaux (1), que Lope, vieilli et confiné dans la dévotion, ne devait plus guère se soucier des choses de ce monde, car les récentes révélations de La Barrera nous ont appris combien peu respectable fut cette vieillesse et combien peu sincère cette piété, si austère en apparence. L'excuse du Corneille^ ou plutôt du Hardy espagnol^ c'est qu'il a bien pu, entre tant d'improvisations heureuses, dont il ne devait garder qu'un vague souvenir, ne pas toujours distinguer son propre bien de celui des autres, et qu'après tout il a pu croire qu'abriter sous son grand nom l'œuvre d'un inconnu, c'était lui faire beaucoup d'honneur(2) ». M. Hémon, faisant allusion aux relations amoureuses de la vieillesse du poète avec Dona Marta de Nevares Santoyo (qui se cache sous le nom d'Amarilis et de Marcia Leonarda dans ses poésies), femme de Ro-

(1) C'est d'ailleurs Viguier qui le dit (Notice du Menteur^ p. 241 ; édition de Marty-Laveaux).

(2) Introduction au Menteur^ t. III, p. 3-4.

que Hernândez de Ayala, lui reproche donc sa fausse piété.

Mais cela n'a rien à voir avec la question qu'il veut expliquer. La publication de Tœuvre d'Alarcon parmi celles de Lope de Vega n'a pas pour causes celles que M. Hémon indique. Si au lieu de ne considérer que les révélations de La Barrera qui concernent les amours de Lope de Vega — il semble en avoir pris connaissance par la nouvelle biographie de Lope, parue en 1890 (p. 247), bien que les lettres et les poésies attestant Tamour tardif du vieux poète aient été déjà publiées auparavant (i), — M. Hémon avait pris en considération les autres faits énumérés par La Barrera, il aurait pu constater qu'en 1625, après l'apparition du vingtième volume de ses comedias, Lope de Vega avait déjà interrompu la publication autorisée de ses œuvres (2). Lope n'avait donc pris aucune part à l'édition des ouvrages qui

(i) V. José Ibèro Ribas y Lanfranc (pseudonyme de Francisco Asenjo Barbieri), Ultimos amores de Lope de Vega Carpio, Madrid, 1876.

(2) Obras de Lope de Vega. Real Academia espanola, i vol. Nueva biografia, par D. Cayetano de La Barrera, Madrid, 1890, p. 453.

lui ont été attribués ; c'était l'affaire de ses éditeurs, contre les abus desquels il a protesté luimême (1) plus d'une fois, comme l'ont fait après lui Calderon (2) et Alarcôn. Le volume où se trouve, au milieu des comedias de Lope

(1) a) « Para mi... enemigos... son los que con mi nombre imprimen agenas obras, agora ban salido algunas comedias, que impressas en Gastilla dizen que en Lisboa, y assi quiero advertir, à los que leen mis escritos con aficion (que algunos ay, sino en mi patria en Italia y Francia, y en las Indias, donde no se atre- Tio a passar la embidia) que no crean que aquellas son mis comedias, aunque tengan mi nombre, etc. » (El peregrino en su patria. Prôlogo)^ Barcelona, 1604;

b) Mas ha liegado, Claudio, la codicia A imprimir con mi nombre las ajenas, De mil errores llenas ; Oh ignorancia, ob malicia !

Y aunque esto siento mas, menos condeno Algunas mias con el nombre ajeno.

{Égloga d Claudio, Obras no dramâticas.Rivadeneyra t. XXXVIII, p. 434.)

(2) Voir la lettre de Calderon adressée an duc de Veragua, datée du 24 juillet de 1680; citée dans la Biblioteca de Autores esp., t. VIÏ, pages 40 et 41. Pour ce qui est, en général, de ces éditions des œuvres dramatiques espagnoles faites sans soin et nul souci, on peut toujours consulter Tétude de Mûnch-Bellinghausen, Ueber die Aelteren Sammlungen spanischer Dramen (Dans les Mémoires de V Académie imp. de Vienne, U III, 1852).

de Vega, la verdad sospechosa^ parut à Saragosse, efl 1630 (1), c'est-à-dire cinq années après Tédition autorisée par lui-même.

Nous nous sommes permis cette légère digression pour montrer une fois de plus le caractère superficiel, voire même Thostilité d'une certaine critique française à Tégard des auteurs dramatiques espagnols. Notre appréciation se justifie par la deuxième partie de cette assertion déjà citée de M. Hémon, qui considère que c'est un très grand honneur pour Lope de Yega d'être mis sur le même piédestal que Corneille ; et, se reprenant, il se contente de l'appeler le Hardy espagaoL La critique a déjà assigaé à Lope et à Hardy la place qui leiir convient dans l'histoire du théâtre^ et il nous semble qu'à les confondre, on ri&que de se nuire à soi-même plus qu'au « phénix des génies ».

D'ailleurs, M. Hémon, en ce qui concerne les emprunts faits par Corneille aux dramaturges espagnols, s'appuie spécialement sur Viguier. Marty-Laveaux (2), dans sa belle et im-

(1) Voir p. 24, ligne 2.

(2) A propos de l'opinion de Viguier dans la question de VHéraclius il dit, par exemple : « qui reste poar nous le dernier mot de la discussioai ». T. Y, p. 129.

portante édition des œuvres de Corneille, agit de même ; il joint aux pièces, qui ont eu comme modèles une comedia, les avis antérieurs de Viguier que, sur cette matière, nous Tavons dit déjà, on considère avoir, par ses recherches, épuisé la question. En dehors des éditions de Corneille, cette opinion se trouve exprimée dans des monographies (1) et dans les histoires récentes de la littérature française qui traduisent, pour ainsi dire, le plus fidèlement l'opinion publique. Elles font mention^ en quelques lignes, de Tinfluence de TEspagne sur Corneille, mais ne semblent pas y attacher une grande importance. Le grand Corneille apparaît toujours entouré de Tauréole éblouissante de la gloire nationale, et l'Espagne ne peut qu'être reconnaissante à ce génie d'avoir eu l'honneur de jouer un rôle dans ses créations. Voilà à peu près l'idée qu'on se fait en France — exception faite pour un ou deux ouvrages cri-

(1) Voir entre autres l'ouvrage de Levallois, Corneille inconnu, Paris, 1876, p. 338. — Picot, l'auteur de la Bibliographie cornélienne (Paris, 1876), prétend, p. 57, que Viguier a, « d'une manière irréfragable », démontré que c'était Calderdn qui avait imité Corneille dans sa comedia En esta vida todo es verdad ytodo es mentira.

tiques — du rapport qui existe entre Corneille et le théâtre castillan.

On pourrait même mentionner, à titre de curiosité, un ouvrage sur l'ancien théâtre espagnol dont Fauteur, M. Fée, nie résolument l'influence profonde de ce théâtre sur le théâtre français. « Malgré ce qu'on dit du théâtre espagnol, écrit-il, qui aurait fondé le nôtre, je crois que cette influence a été très faible et très passagère (1). » Nous reproduisons sans commentaire l'avis de cet écrivain hardi, en nous bornant à faire remarquer que son opinion sur le rapport qui existe entre Corneille et ses modèles espagnols témoigne de la même solidité de jugement que les paroles que nous venons de rapporter.

En opposition à la plupart des ouvrages que nous avons cités, ouvrages vieillis, superficiels, ou inspirés par une certaine hostilité, il nous est agréable de renvoyer à une étude parue avant la publication de notre essai, et dont l'auteur, usant d'une méthode scientifique, cherche à établir l'influence du drame espagnol

(1) Études sur P ancien théâtre espagnol, Paris, 1873, p. 180.

sur le théâtre français et aussi sur Corneille (1). La tâche que nous avions entreprise était déjà presque accomplie lors de rapparition du livre de Martinenche ; et nous pouvons dire qu'il est peut-être le seul qui ait envisagé la question de l'influence espagnole sur Corneille du point de vue dont nous nous sommes efforcé de l'envisager nous-mêmes — bien que, dans le détail, nous ne soyons pas toujours d'accord avec lui. Au cours de notre analyse nous aurons l'occasion de nous étendre sur les raisons qui nous décident à ne pas accepter certaines de ses conclusions. Nous exposerons aussi plus tard les arguments propres à réfuter les opinions de Puibusque, Viguier, Chasles, qui ont trait à notre sujet et que nous avons simplement mentionnées jusqu'ici.

Après avoir brièvement passé en revue les œuvres de la littérature française où se trouve discutée la thèse qui nous occupe, il ne sera

(i) La Comedia Espagnole en France, de Hardy à Racine, Paris, 1900. — M. Ph. Au. Becker trouve môme dans cet ouvrage, «une certaine tendance de réserver les épithètes blâmantes aux Espagnols, et aux Français les épithètes élogieuses ». Deutsche Litteraturzeitung, numéro du 30 mars 1901, p. 794.

peut-être pas sans intérêt de jeter un coup d'œil sur celles de la littérature espagnole qui traitent la même question. L'impression que Ton éprouvé dès lors est toute opposée à celle que vient de nous produire la critique française .'tandis que celle-ci, pour les raisons que nous avons données, était toujours portée à apprécier trop favorablement ses grands poètes dramatiques, une grande partie de la critique espagnole, sous l'action de faux principes d'esthétique, montjait, au contraire, une tendance à rabaisser la valeur de ses poètes de théâtre. Nous voulons parler, entre autres, des c< galicistas » du xviii® siècle qui, suivant les traces funestes des classiques français^ ont presque méprisé la littérature dramatique de leur pays et fondé cette école critique qui, en adoratrice fervente de la tragédie et de la comédie françaises, jugeait suivant les préceptes poétiques d'Aristote, d'Horace et de Boileau la comedia de Fâge d'or. Et on sait que Luzân, Blas Nasarre, Montiano y Luyando et Velâzquez ont eu des successeurs auxix® siècle, qui préféraient les productions dramatiques coulées dans le moule classique, aux trésors de leur art dramatique, si libre, si original et si national.

Cependant, tout en laissant de côté ces critiques et leurs adeptes, les Espagnols semblent avoir fait preuve d'une certaine indifférence pour leur théâtre. Nul n'ignore les aventures étranges des grandes collections d'éditions anciennes des comedias; on sait que les œuvres complètes ou isolées des dramaturges espagnols, publiées pour la plupart au gré des éditeurs, nous laissent souvent dans une incertitude pénible tant pour la personnalité de l'auteur (1) que pour la correction des textes. Au xviu* siècle, les éditeurs n'ont pas apporté plus de soins à la publication des œuvres des dramaturges de Fâged'or ; Ton peut même ajouter que, sous l'influence grandissante du goût français, ils les ont complètement négligées. La critique des « galicistas » ne porta que sur Lope et Calderon ; ce ne fui qu'au xix® siècle que les critiques Durân, Mesonero Romanos, Gil y Zarâte, etc., commencèrent à s'occuper sérieusement de Tirso de Molina et d'Alarcôn, presque ignorés jusqu'alors, de Moreto et de Rojas, que Luzân et ses pareils mentionnaient à peine. Il fallait tirer de l'oubli où elles étaient ensevelies, les

(1) Voir les notes précédentes, p. 26.

œuvres de tel dramaturge de premier ordre du XVII® siècle.

Un recueil de co médias de la fin du xviii® siècle, le Theatro Hespanoly nous présente un certain intérêt; l'auteur qui les réunit, Vicente Garcia de la Huerla, aborde, dans le Prologue de son édition (1), la question qui nous occupe ici et représente, dans la critique espagnole, le type des écrivains qui ne peuvent apprécier le théâtre de l'âge d'or sans faire intervenir le -patriotisme.

La richesse du répertoire dramatique de l'Espagne est ajuste titre indéniable; toutefois une critique qui n'envisage les choses que de ce point de vue ne peut être ni compétente ni juste. Garcia de la Huerta a pour excuse de s'être surtout défendu contre les opinions, injustes en grande partie, des écrivains étrangers comme Signorelli, Voltaire, Linguet, sur le théâtre de son pays. Il fait pourtant preuve d'étroitesse d'esprit quand il parle du théâtre castillan ou du théâtre français. Par contre, on y remarque de temps à autre des choses justes et

(1) Dix-sept volumes (1783-86) ; cette collection, qui ne renferme aucune pièce de Lope, de Tirso, d'Alarc<5n, est affreusement défectueuse.

un jugement sain. Ainsi son invective amère contre les Français qui jugent des affaires d'autrui sans en avoir une connaissance exacte^ mérite quelque attention. « C'est pour cela — dit-il — que les Français, bien qu'ils soient nos proches voisins et que toute l'Espagne en soit couverte ou inondée, ignorent les choses de l'Espagne à Paris et dans l'intérieur de la France, autant ou plus que celles des terres inconnues de l'Antarctique (1). » Il en résulte que Garcia de la Huerta ne dit rien là qui soit tout à fait inexact, mais d'autre part son ouvrage renferme des attaques fulminantes qui prouvent hautement sa prévention, sa partialité et l'étroitesse de son jugement (2).

Il s'en prend impitoyablement au théâtre français ; c'est Racine qu'il traite le plus durement, mais Corneille ne trouve pas non plus grâce devant lui. Comparant Racine à Corneille il dit, entre autres choses, que tandis que le mé-

(1) La Escena Hespanola defendida, p. 23.

(2) Menéndez y Pelayo dit : « Muchas sandeces han escrito, y siguen escribiendo de nosotros los franceses ;

pi pero la verdad es que con este discurso de Huerta que-

damos vengados para largo rato. » Historia de las ideas estéticas en Espana, t. III, 2* partie, Madrid, 1886.

— abrite du premier consiste à avoir construit et travaillé ses tragédies, celui de Corneille « consiste dans le sublime et Tinvention qu'on attribue généralement à la nature, quoique je croie qu'il les doit plutôt à Tétude, à l'imitation et au maniement de nos auteurs dramatiques (p. 51) î>. Nous verrons que si ce que Garcia de la Huerta dit de Corneille contient une grande part de vérité, on ne pejit cependant s'empêcher de sourire quand on lit le jugement du critique espagnol sur le Cid français : « leur grand Corneille ne fut tenu par eux pour grand que quand il avait mal imité une pièce moins que médiocre de nos poètes les plus communs (p. 51) ». Non content d'être injuste à l'égard de Corneille seulement, il méprise aussi son compatriote, quoique Guillén de Castro occupe, dans la littérature dramatique, une place très brillante après les poètes de premier ordre.

Puibusque (1), déclarant qu'on a exagéré les services que TEspagne littéraire avait rendus à la France, s'appuie sur deux critiques espagnols, Moratin et Ochoa, qui ont nettement réfuté

(d) Hist. comparée de la litt. esp. et franc, y t. II, p.

les affirmations exagérées de Blas Nasarre et de Garcia de la Huerta sur ce point. Il sera question, au cours de cette étude, du groupe d'écrivains espagnols, auquel appartenaient aussi Ochoa et Moratîn, qui furent injustes pour le drame de leur propre pays : leur goût et leur jugement étaient faussés. Il nous suffit de constater ici que nous sommes loin d'accepter leurs vues sur les théâtres espagnol et français, que. Puibusque s'est hâté de reproduire, parce qu'elles rentraient dans ses idées.

Au XIX® siècle, et surtout de nos jours, les éditions du répertoire espagnol, pourvues de notes critiques, se succédant de plus en plus fréquemment, la discussion du drame castillan a revêtu un caractère sérieux et scientifique en Espagne. L'esprit critique de la génération nouvelle a reconnu et apprécié la valeur du drame espagnol ; en même temps, il n'a pas eu pour la tragédie pseudo-classique française cette admiration qu'éprouvaient pour elle les « galicistas » du xviii® siècle. 11 faut noter encore qu'on ne peut guère reprocher aux nouveaux critiques espagnols qui s'occupent du rapport entre les théâtres espagnol et français, d'ignorer la littérature française ou leur partialité à son égard. D'ailleurs

ils ne prêtent que peu d'attention au sujet qui nous occupe; se bornant à quelques courtes remarques, parce qu'en fait c'est une question qu'il appartient surtout à la critique française de discuter. On trouve cependant quelques indications et quelques réflexions intéressantes, quoique générales, dans les préfaces et commentaires des volumes de la collection d'Aribau-Rivadeneyra qui contiennent des ouvrages ayant inspiré certains dramaturges français. 11 s'agit le plus souvent de pièces que Corneille ou quelque autre dramaturge français ont traduites ou adaptées.

Les études dramatiques d'Alberto Lista ne répondent pas aux exigences d'une critique scientifique ; néanmoins, nous ne pouvons passer sous silence Tune de ses assertions. Lista, discutantles œuvres de Calderôn, fait remarquer que le plus grand mérite du poète espagnol est d'avoir créé dans ses drames un monde idéal où la société de son époque retrouvait son image. Calderôn a tracé aussi le type parfait du chevalier espagnol ; il a complété la peinture de la femme espagnole de Lope de Vega, en ajoutant les qualités de fierté superbe à l'affabilité, à la tendresse et à la constance que le « phénix des génies » leur

avait attribuées. Il continue ainsi : « Ce sont les éléments du monde idéal créé par Calderon, répété dans la plus grande partie de ses pièces, qu'on retrouve imité et adapté, bien qu'avec d'autres modifications, dans les œuvres immortelles de Corneille et de Racine (1). d Ce qui est intéressant dans cette déclaration c*est que, pour Lista, l'influence du drame espagnol s'étend même à Racine. Dans les histoires de la littérature française où il est question de l'influence espagnole sur le théâtre du xvii* siècle, on lit toujours que Racine seul a échappé & l'influence de la comedia. On ne peut, il est vrai, parler d'une influence directe; néanmoins, il semble très probable qu'indirectement, par l'intermédiaire de Corneille et d'autres écrivains dramatiques, l'esprit de la comedia ait eu sur lui une certaine influence. Ainsi, le rôle prépondérant que joue l'amour dans les tragédies de Racine parait correspondre à l'influence espagnole, alors que Corneille faisait ressortir 1' « honneur » de la comedia dans la plupart de ses œuvres.

(1) Lecciones de literalura, Madrid, 1853, t. II, p. 4.

Hartzenbusch a contribué à rendre plus claire la question qui nous occupe, par les notes et les commentaires qu'il a ajoutés aux ouvrages de Lope et de Calderôn. Ses arguments, exposés dans le catalogue chronologique du quatrième volume de son édition de Calderôn (1), contre ceux de Viguier au sujet de VHéraclius^ méritent une mention spéciale. Il combat parfois avec assez de succès les réflexions erronées de quelques critiques français en ce qui concerne Tinfluence de l'Espagne sur la France. Malgré ses qualités, Hartzenbusch ne semble pourtant pas devoir être regardé comme le modèle des critiques aux vues larges ; on ne peut toutefois lui reprocher aucun parti pris.

On trouve souvent chez des écrivains nouveaux cette opinion que le théâtre français moderne date de Corneille, et puisque c'est sous l'influence du drame castillan que Corneille a atteint sa puissance dramatique, la source du renouvellement du théâtre français doit être cherchée dans la littérature de l'Espagne. Les critiques espagnols ont accepté assez facilement qu'on attribue un rôle décisif à Corneille dans l'histoire du

(\) Collection Arihau-Rivadeneyra, t. XIV.

théâtre français; le Cid étant d'origine espagnole, la gloire du théâtre français moderne rejaillissait sur eux. Ainsi Gil de Zarâte, parlant ■^ de Guillén de Castro, fait remarquer que c'est

>; son Cid qui a montré à Corneille « le chemin

I' qu'il lui convenait de suivre pour créer un

I théâtre national, et que c'est dès l'apparition

[ de cette œuvre que la scène française, si pauvre

f jusque-là, commença à produire cette série de

i chefs-d'œuvre dont elle est sifière » (1). Certes,

^\ le Cid a exercé une grande influence sur le

^ drame français, mais celte influence qui a changé

la face de toute la littérature dramatique, ne se [ rattache pas entièrement au nom de Corneille ;

l: de sorte que l'assertion que nous avons rap-

w portée plus haut, et qui se retrouve assez

i souvent dans les histoires de la littérature es-

pagnole, ne laisse pas d'être un peu vague.

l Dans les chapitres suivants, nous aurons l'occa-

% sion de dire comment nous envisageons le

I rôle de la comedia dans le développement du

?: drame français ; ici nous ne voulons que si-

jf gnaler le point de départ de la critique espa-

(1) Manual de Historia de literatura, t. I, p. 315.

gaole, qu'on retrouve d'ailleurs chez plus d'un écrivain français, sous une forme plus ou moins analogue (1).

Nous ne pouvons pas clore nos remarques sur les critiques espagnols, sans nous arrêter à un excellent représentant de la critique moderne, M. Marcelino Menéndez y Pelayo qui, dans ses études nombreuses sur le drame castillan, aborda à diverses reprises la question de l'influence de l'Espagne sur la France. Son savoir étendu, son jugement pénétrant sont assez connus; nous ne voulons que signaler Timpartialilé avec laquelle il juge les plus grands génies de la littérature espagnole. La richesse du théâtre de son pays ne Téblouit pas au point de lui cacher ses côtés faibles et défectueux. On aime à voir son objectivité quand il assigne sa place au théâtre espagnol par rapport au théâtre français et au théâtre anglais ; quand, pour donner un exemple frappant, il s'efforce, contre Tayis de quelques critiques étrangers, de modé-

(d) Par exemple, Damas-Hinard : « Ainsi donc, en France, étudier les productions de Fart espagnol, c'est étudier, pour ainsi dire, les origines de notre propre théâtre. » Discours sur V esprit du théâtre espagnol, Paris, 4847, p. 17.

rer certaines opinions trop élogieuses sur Calderon. Qu'on lise sa protestation énergique contre ceux qui comparent le 3fàgico prodiffioso au Faust de Gœthe ; pour lui ce drame qu'on aimait, d'après un essai de Rosenkranz publié en 1836, à rapprocher du Faust du poète allemand (1) n'est pas le plus puissant de Galderôn. Cet exemple est une preuve de plus de l'impartialité du critique espagnol, qui ne croit pas que cette qualité soit incompatible avec la gloire littéraire de TEspagne, gloire dont il est, d'ailleurs, un des juges les plus éloquents et les plus compétents.

Nous avons encore à nous occuper très brièvement des opinions des critiques anglais et allemands, qui ont quelques rapports avec notre sujet. Tout d'abord il faut rectifier ici une erreur de Puibusque. Il appelle Giovanni Andrès le porte-voix des préjugés italiens parce que, parlant de Tinfluence du théâtre espagnol sur le théâtre français, il disait : c< la plus belle œuvre des poètes dramatiques espagnols a été le théâtre

(1) Calderon y su teatro, Madrid, 1884, p. 90 et suiv., et p. 176 et suiv.

français, qu'on peut, avec raison, considérer comme formé par le théâtre espagnol (1) ».

Ainsi que nous l'avons vu, cette opinion est partagée encore aussi bien par les Espagnols que par certains écrivains français. Mais Puibusque avait d'autant moins raison d'attaquer Fabbé Andrès, que celui-ci, dans son ouvrage, attribuait aux poètes français la gloire de la propagation du bon goût ; dans leurs œuvres, le théâtre espagnol apparut ennobli, raffiné, épuré et devint, grâce à Corneille, à Racine, à Molière, le modèle du goût dramatique de toute l'Europe. Ces éloges éclatants ne suffisent pas au bon Andrès; Corneille, selon lui, doit être révéré par toutes les nations, comme le père du théâtre moderne (2). Et c'est lui que Puibusque accuse de répandre les préjugés italiens ! Il aurait pu l'accuser, à plus juste titre, de propager des préjugés français ! Un autre motif vient encore appuyer la fausseté de l'assertion de Puibusque : l'abbé Andrès n'était pas Italien, c'était un jésuite espagnol, originaire de

(1) DelV origine fprogressi e stato attitale di ogni letteratura, Venise, 1835, t. II, partie 2% p. 425. La première édition italienne parut à Parme de 1782-1822.

(2) Op. cit, 4« partie, p. 606.

Valence, exilé en Italie. Il y composa en italien cet ouvrage que son frère traduisit plus tard en espagnol. Comme Garcia de la Huerta, il se proposait de défendre son pays contre des savants étrangers tel que Tiraboschi et Bettinelli, qui avaient, sur la littérature et la culture espagnoles, des opinions erronées ou partiales.

Parlant de Tabbé Andrès, Puibusque fait aussi mention de Lord HoUand qui, dans un ouvrage en grande partie vieilli aujourd'hui, consacrait une étude à Lopede Vega. a SiLope n'avait pas écrit, est-il dit dans un passage qui fut sévèrement blâmé par Puibusque, les chefsd'œuvre de Corneille et de Molière auraient pu ne jamais être produits (1). » Quelle que soit l'influence directement ou indirectement exercée par Lope sur les auteurs dramatiques français, et, parmi eux, sur Corneille et Molière, il est presque impossible de juger de la stricte exactitude d'une pareille assertion, et, selon nous, Puibusque n'aurait pas dû s'y arrêter. Lorsqu'il soutient contre Lord Holland que l'in-

(1) H. R. Lord Holland, Some account of the life and writings of Lope Félix de Vega CarpiOy London, 1806, p. 232-233.

fluence du théâtre castillan ne peut être uniquement attribuée à Lope de Vega, mais que Guillén de Castro, Rojas, Alarcôn, Moreto, Calderôn y eurent aussi leur part — il semble oublier que tous ces écrivains n'ont fait que suivre la voie qu'avait ouverte le « phénix des génies», qu'ils ont simplement transformé et étendu la matière dramatique de ses innombrables comedias.

Quelques écrivains anglais, TAméricain Ticknor, par exemple, dans son Histoire de la littérature espagnole y ont contribué, par quelques remarques, à éclairer notre thèse. Mais ce sont surtout les Allemands qui méritent notre attention; s'occupant beaucoup du théâtre espagnol, ils ont naturellement dû insister sur son influence sur le théâtre français. La critique allemande s*est montrée parfois assez prévenue contre le théâtre français pseudoclassique, et, mettant en parallèle Corneille et ses modèles espagnols, elle était portée par une sorte d'hostilité à se prononcer contre le poète français. Nous nous en rapportons à l'auteur célèbre de l'histoire — un peu vieillie il est vrai, mais toujours très utile — du théâtre espagnol, le comte de Schack qu'on a accusé de prévention

contre les Français (1) et déclaré a franzosenfresser » (2). Le comte de Schack, partisan enthousiaste des jeunes romantiques allemands, n'appartient vraiment pas aux admirateurs du drame français pseudo-classique ; il n'est donc pas étonnant qu'il se soit parfois montré sévère en jugeant du rapport des théâtres espagnol et français (3). 11 avoua lui-même plus tard que son admiration de jeune homme pour le théâtre espagnol Tavait rendu injuste à l'égard du drame des autres peuples, du drame français surtout (4). Après cette loyale déclaration du comte de Schack, nous ferons seulement remarquer qu'à nos yeux, la sévérité excessive de la critique est plus excusable que l'aveuglement de l'amour-propre national et que l'ignorance, défauts que personne ne peut reprocher à Fauteur de cet ouvrage. En outre, il n'est pas surprenant que le critique étranger, plus impartial, tombe parfois dans un excès

{{) Voir la lettre de Viguier à Marty-Laveaui. Éd. de Corneille, t. V, p. 135.

(2) Picot, Bibliographie Cornélienne, Paris, 1876, p. 57.

(3) V. surtout le tome II de son Histoire, p. 678-688.

(4) Mosaikj Vermischte Schriften, Stuttgart, 1891, p. 293. Voir encore : Farinelli, Grillparzer und Lape de Vegay Berlin, 1894, p. 212,

contraire à celui des panégyristes français. C'est, en quelque manière, une réaction contre les exagérations de cette critique française qui est allée jusqu'à préférer les adaptations des auteurs dramatiques français du xvii® siècle aux œuvres originales espagnoles.

Les exagérations peuvent se produire en un sens différent : Klein, dans les volumes qu'il a consacrés au tliéâtre espagnol, saisit avec un sentiment de plaisir non déguisé Toccasion de démontrer l'infériorité de ce Corneille qu'il appelle ironiquement « le grand ». 11 décoche les traits de son âpre satire contre les critiques français s'efforçant de découvrir des emprunts faits par le théâtre espagnol au théâtre français ; — il vise une opinion de la critique française sur Héraclius, qu'elle a défendue avec un courage obstiné. Klein, d'origine hongroise, quitta son pays dès son enfance, il s'établit en Allemagne, et c'est en allemand qu'il écrivit ses ouvrages scientifiques et poétiques. La critique allemande, peu favorable au théâtre pseudoclassique français, trouve son expression la plus ardente dans l'ouvrage de Klein; passionné jusqu'à l'idolâtrie pour Shakespeare, son admiration explique son attitude. L'ouvrage de

Klein — nous parlons des volumes où il s'agit du drame castillan — contient beaucoup de renseignements utiles et des vues justes et intéressantes ; mais dans son ensemble, il fait l'impression d'un travail paradoxal et qui manque d'une méthode strictement scientifique. Quoiqu'il en soit, il ne mérite pas le dédain des écrivains italiens, comme Gaspary (1) ou de l'espagnol Menéndez y Pelayo; ce dernier ajoute d'ailleurs que l'ouvrage est très utile à certains égards (2). Il n'y a pas, à notre connaissance, de critiques français qui aient pris en considération les opinions radicales de Klein sur l'influence espagnole ; peut-être dédaignaient-ils de discuter avec un homme qui ne parlait jamais qu'avec ironie et irrévérence de leur grand poète national ; peut-être aussi faut-il attribuer ce mépris à la difficulté que doivent éprouver les écrivains français à comprendre le style étrange et confus de Klein, surchargé de calembours et de pointes plus singulières encore.

(1) Voir la remarque judicieuse de Farinelli, dans son ouvrage : Grillparzer und Lope de Vega, Berlin, 1894, p. 250-251.

(2) « El libro de Klein es de lo mâs caôtico que han abortado las prensas, pero de vez en cuando tiene cosas utiles ».Dans l'Introduction à la Propalladia deB, de Torxes Naharro, Libros de Antano, p. 144.

TI

Page 1