‹ P.-J. de BérangerChapitre 108 sur 147 · A M. DE LAMENNAIS · texte numérisé non relu

A M. DE LAMENNAIS

Paul, où vas-tu? — Je vais sauver le monde. Dieu nous donne une loi d'amour.

— Apôtre, la sueur t'inonde ; En festins ici passe un jour.

— Non, non ; je vais sauver le monde, Dieu nous donne une loi d'amour.

Paul, où vas-tu? — Je vais prêcher aux hommes Paix, justice et fraternité.

240 = BÉRANGEIl. — CHAP. IX ==

— Pour en jouir, reste où nous sommes, Entre l'étude et la beauté.

— Non, non ; je vais prêcher aux hommes Paix, justice et fraternité.

Paul, où vas-tu? — Je vais à Pâme humaine Du ciel enseigner le chemin.

— Aux cieux? La gloire seule y mène.

Chante, elle te tendra la main.

— Non, non ; je vais à l'âme humaine Du ciel enseigner le chemin.

Paul, où vas-tu? — Je vais au sein des villes De tout vice purger les cœurs.

— Crains l'orgueil des passions viles ; Crains le rire aux éclats moqueurs.

— Non, non ; je vais au sein des villes De tout vice purger les cœurs.

Paul, où vas-tu? — Je vais, séchant des larmes, Dire au pauvre : Dieu seul est grand !

— Crains le riche si tu l'alarmés ; Crains le pauvre s'il te comprend.

— Non, non; je vais, séchant des larmes, Dire au pauvre : Dieu seul est grand !

Paul, où vas-tu? — Je vais de plage en plage Raffermir mes amis tremblants.

— Quoi ! les maux, la fatigue et l'âge N'ont point dompté tes cheveux blancs?

— Non, non ; je vais de plage en plage Raffermir mes amis tremblants.

Paul, où vas-tu? — Je vais braver nos maîtres, Fardeau des peuples gémissants.

— Tremble ! ils te livreront aux prêtres En échange d'un peu d'encens.

— Non, non ; je vais braver nos maîtres, Fardeau des peuples gémissants.

Paul, où vas-tu? — Je vais prêcher mon culte Devant le juge et ses licteurs.

DEMNIKKES CHANSONS = 244

— A nos lois déguise l'insulte; Recours à l'art des orateurs.

- Non, non ; je vais prêcher mon culte Devant le juge et ses licteurs.

Paul, où vas-tu? — Je vais porter ma tête Sur l'échafaud où Dieu m'attend.

— Dis un mot, et ta grâce est prête ; D'honneur on te comble à l'instant.

— Non, non ; je vais porter ma tête Sur l'échafaud où Dieu m'attend.

Dernières Cfiansons, 146.

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