‹ P.-J. de BérangerChapitre 109 sur 147 · LE CHAPELET DU BONHOMME · texte numérisé non relu

LE CHAPELET DU BONHOMME

Air : On dit partout que je suis bête.

« Sur le chapelet de tes peines, Bonhomme, point de larmes vaines.

— N'ai-je point sujet de pleurer?

Las ! mon ami vient d'exuirer.

— Tu vois là-bas une chaumine : Cours vite en chasser la famine ; Et perds en route, grain à grain, / R . Le noir chapelet du chagrin. » ( *

Bientôt après, plainte nouvelle.

« Bonhomme, où ta blessure est-elle?

— Las ! il me faut encor pleurer :

Mon vieux père vient d'expirer.

— Cours ! Dans ce bois on tente un crime : Arrache aux brigands leur victime ;

Et perds, etc.

Bientôt après, peine plus grande.

« Bonhomme, les maux vont par bande.

— Las ! j'ai bien sujet de pleurer :

Ma compagne vient d'expirer.

— Vois-tu le feu prendre au village?

Cours l'éteindre par ton courage ; Et perds, etc.

Bientôt après, douleur extrême.

« Bonhomme, on rejoint ce qu'on aime.

— Laissez-moi, laissez-moi pleurer : .

Las ! ma fille vient d'expirer.

— Cours au fleuve : un enfant s'y noie. D'une mère sauve la joie ;

Et perds, etc.

Plus tard enfin, douleur inerte.

« Bonhomme, est-ce quelque autre perte?

— Je suis vieux et n'ai qu'à pleurer : Las ! je sens ma force expirer.

— Va réchauffer une mésange

Qui meurt de froid devant ta grange ; Et perds, etc.

Le bonhomme enfin de sourire,

Et son oracle de lui dire :

« Heureux qui m'a pour conducteur !

Je suis l'ange consolateur.

C'est la Charité qu'on me nomme.

Va donc prêcher ma loi, bonhomme,

Pour qu'il ne reste plus un grain ) „ .

Au noir chapelet du chagrin. » ]

Dernières Chansons, 231

ADIEU PAKIS

Paris m'a crié : Reviens vite !

Sachons si ta voix a faibli.

Cesse au loin de vivre en ermite ; Reviens chanter ou crains l'oubli.

J'ai répondu : Dans ta mémoire, Paris, laisse mon nom périr.

En vain ton soleil fait mûrir Grandeur, plaisir, richesse et gloire Ici l'écho me dit tout bas :

Ne t'en va pas. (Bis.)

Qu'en dites-vous dans ce feuillage, Oiseaux qu'aux temps froids je nourris?

— Nous disons : Vive le village !

Connaît-on l'aurore à Paris?

Elle entr' ouvre ici tes paupières Au chant des linots, des pinsons.

A nous tes dernières chansons, A toi nos chansons printanières.

Et puis l'écho redit tout bas :

Ne t'en va pas. (Bis.)

Qu'en dites-vous, fleurs dont j'étanche La soif au déclin des longs jours?

— Que sagement ton front qui penche A brisé le joug des amours.

Plein d'une tendre souvenance, Cultive en paix nos doux présents ; Nous garderons à tes vieux ans Pour chaque jour une espérance.

Et puis l'écho, etc.

Qu'en dites-vous, vous qu'à mon âge J'ose planter, arbres naissants?

— Que du soin mis à ce bocage Tu nous verras reconnaissants.

Des maux d' autrui l'âme oppressée, Quand tu rêveras dans ces lieux, Grands alors, nous pourrons des cieux Montrer la route à ta pensée.

.Et puis l'écho etc.

Arbres et flots, oiseaux et roses, Oui, je vous crois ; adieu Paris.

Je m'amuse aux plus simples choses, Quand je pense à Dieu, je souris. Que me faut-il? Un peu d'ombrage, Quelques pauvres pour me bénir, Et, pour le long somme à venir, Le cimetière du village.

Aussi l'écho redit tout bas :

Ne t'en va pas. (Bis.)

Dernières Chansons, 38.

244 ===== lîEHANdEK. — CHAI'. IX

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