LE CHAPELET DU BONHOMME
Air : On dit partout que je suis bête.
« Sur le chapelet de tes peines, Bonhomme, point de larmes vaines.
— N'ai-je point sujet de pleurer?
Las ! mon ami vient d'exuirer.
— Tu vois là-bas une chaumine : Cours vite en chasser la famine ; Et perds en route, grain à grain, / R . Le noir chapelet du chagrin. » ( *
Bientôt après, plainte nouvelle.
« Bonhomme, où ta blessure est-elle?
— Las ! il me faut encor pleurer :
Mon vieux père vient d'expirer.
— Cours ! Dans ce bois on tente un crime : Arrache aux brigands leur victime ;
Et perds, etc.
Bientôt après, peine plus grande.
« Bonhomme, les maux vont par bande.
— Las ! j'ai bien sujet de pleurer :
Ma compagne vient d'expirer.
— Vois-tu le feu prendre au village?
Cours l'éteindre par ton courage ; Et perds, etc.
Bientôt après, douleur extrême.
« Bonhomme, on rejoint ce qu'on aime.
— Laissez-moi, laissez-moi pleurer : .
Las ! ma fille vient d'expirer.
— Cours au fleuve : un enfant s'y noie. D'une mère sauve la joie ;
Et perds, etc.
Plus tard enfin, douleur inerte.
« Bonhomme, est-ce quelque autre perte?
— Je suis vieux et n'ai qu'à pleurer : Las ! je sens ma force expirer.
— Va réchauffer une mésange
Qui meurt de froid devant ta grange ; Et perds, etc.
Le bonhomme enfin de sourire,
Et son oracle de lui dire :
« Heureux qui m'a pour conducteur !
Je suis l'ange consolateur.
C'est la Charité qu'on me nomme.
Va donc prêcher ma loi, bonhomme,
Pour qu'il ne reste plus un grain ) „ .
Au noir chapelet du chagrin. » ]
Dernières Chansons, 231
ADIEU PAKIS
Paris m'a crié : Reviens vite !
Sachons si ta voix a faibli.
Cesse au loin de vivre en ermite ; Reviens chanter ou crains l'oubli.
J'ai répondu : Dans ta mémoire, Paris, laisse mon nom périr.
En vain ton soleil fait mûrir Grandeur, plaisir, richesse et gloire Ici l'écho me dit tout bas :
Ne t'en va pas. (Bis.)
Qu'en dites-vous dans ce feuillage, Oiseaux qu'aux temps froids je nourris?
— Nous disons : Vive le village !
Connaît-on l'aurore à Paris?
Elle entr' ouvre ici tes paupières Au chant des linots, des pinsons.
A nous tes dernières chansons, A toi nos chansons printanières.
Et puis l'écho redit tout bas :
Ne t'en va pas. (Bis.)
Qu'en dites-vous, fleurs dont j'étanche La soif au déclin des longs jours?
— Que sagement ton front qui penche A brisé le joug des amours.
Plein d'une tendre souvenance, Cultive en paix nos doux présents ; Nous garderons à tes vieux ans Pour chaque jour une espérance.
Et puis l'écho, etc.
Qu'en dites-vous, vous qu'à mon âge J'ose planter, arbres naissants?
— Que du soin mis à ce bocage Tu nous verras reconnaissants.
Des maux d' autrui l'âme oppressée, Quand tu rêveras dans ces lieux, Grands alors, nous pourrons des cieux Montrer la route à ta pensée.
.Et puis l'écho etc.
Arbres et flots, oiseaux et roses, Oui, je vous crois ; adieu Paris.
Je m'amuse aux plus simples choses, Quand je pense à Dieu, je souris. Que me faut-il? Un peu d'ombrage, Quelques pauvres pour me bénir, Et, pour le long somme à venir, Le cimetière du village.
Aussi l'écho redit tout bas :
Ne t'en va pas. (Bis.)
Dernières Chansons, 38.
244 ===== lîEHANdEK. — CHAI'. IX