‹ P.-J. de BérangerChapitre 15 sur 147 · LE ROI D'YVETOT · texte numérisé non relu

LE ROI D'YVETOT

Il était un roi d'Yvetot

Peu connu dans l'histoire,

Se levant tard, se couchant tôt, Dormant fort lien sans gloire,

Et couronné par Jeanneton

D\in simple bonnet de coton, Dit-on.

Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah !

Quel bon petit roi c'était là!

La, la.

II faisait ses quatre repas

Dans son palais de chaume, Et sur un âne, pas à pas,

Parcourait son royaume.

Joyeux, simple et croyant le bien, Pour toute garde il n'avait rien Qu'un chien.

Il n'avait de goût onéreux

Qu'une soif un peu vive; Mais en rendant son peuple heureux,

Il faut bien qu'un roi vive.

Lui-même, à table et sans suppôt, Sur chaque muid levait un pot D'impôt.

Aux filles de bonnes maisons

Comme il avait su plaire, Ses sujets avaient cent raisons

De le nommer leur père :

D'ailleurs il ne levait de oan Que pour tirer quatre fois Van Au olanc.

Il n'agrandit point ses Etats,

Fut un voisin commode, Et, modèle des potentats,

Prit le plaisir pour code.

Ce n'est que lorsqu'il expira Que le peuple qui V enterra Pleura.

On conserve encore le portrait De ce digne et bon prince ; C'est l'enseigne d'un cabaret

Fameux clans la province.

Les jours de fête bien souvent, La foule s'écrie en buvanl

Devant :

Oh! oh! oh! oh! Ah! ah! ah! ah!

Quel bon petit roi c'était là !

La, la.

Œuvres, I, l.

26 DERANGER. — Cil A P. II

L'auteur du Roi ffYvetot est immédiatement l'objet des recherches les plus flatteuses ; la vieille et célèbre académie chantante, le Caveau, sa rivale, les Soupers de Momus, l'enrôlent parmi leurs membres ; les revues les plus réputées se disputent ses chansons. Il a dès maintenant la matière d'un volume et sa notoriété lui permet de ne plus craindre la censure. Ce volume paraît, chez l'éditeur Eymery, à la fin de l'année 1815, sous le titre de Chansons morales et autres.

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