LE ROI D'YVETOT
Il était un roi d'Yvetot
Peu connu dans l'histoire,
Se levant tard, se couchant tôt, Dormant fort lien sans gloire,
Et couronné par Jeanneton
D\in simple bonnet de coton, Dit-on.
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah !
Quel bon petit roi c'était là!
La, la.
II faisait ses quatre repas
Dans son palais de chaume, Et sur un âne, pas à pas,
Parcourait son royaume.
Joyeux, simple et croyant le bien, Pour toute garde il n'avait rien Qu'un chien.
Il n'avait de goût onéreux
Qu'une soif un peu vive; Mais en rendant son peuple heureux,
Il faut bien qu'un roi vive.
Lui-même, à table et sans suppôt, Sur chaque muid levait un pot D'impôt.
Aux filles de bonnes maisons
Comme il avait su plaire, Ses sujets avaient cent raisons
De le nommer leur père :
D'ailleurs il ne levait de oan Que pour tirer quatre fois Van Au olanc.
Il n'agrandit point ses Etats,
Fut un voisin commode, Et, modèle des potentats,
Prit le plaisir pour code.
Ce n'est que lorsqu'il expira Que le peuple qui V enterra Pleura.
On conserve encore le portrait De ce digne et bon prince ; C'est l'enseigne d'un cabaret
Fameux clans la province.
Les jours de fête bien souvent, La foule s'écrie en buvanl
Devant :
Oh! oh! oh! oh! Ah! ah! ah! ah!
Quel bon petit roi c'était là !
La, la.
Œuvres, I, l.
26 DERANGER. — Cil A P. II
L'auteur du Roi ffYvetot est immédiatement l'objet des recherches les plus flatteuses ; la vieille et célèbre académie chantante, le Caveau, sa rivale, les Soupers de Momus, l'enrôlent parmi leurs membres ; les revues les plus réputées se disputent ses chansons. Il a dès maintenant la matière d'un volume et sa notoriété lui permet de ne plus craindre la censure. Ce volume paraît, chez l'éditeur Eymery, à la fin de l'année 1815, sous le titre de Chansons morales et autres.