LE SÉNATEUR
Air : .Pons un curé patriote.
Mon épouse fait ma gloire :
Rose a de si jolis yeux !
Je lui dois, l'on peut m'en croire,
Un ami bien précieux.
Le jour où j'obtins sa foi,
Un sénateur vint chez moi.
Quel honneur!.
Quel bonheur !
Ah ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.
De ses faits je tiens registre ; C'est un homme sans égal :
L'autre hiver, chez un ministre, H mena ma femme au bal.
S'il me trouve en son chemin, 11 me frappe dans la main.
Quel honneur! etc.
Près de Rose il n'est point fade, Et n'a rien de freluquet.
Lorsque ma femme est malade, 11 fait mon cent de piquet.
11 m'embrasse au jour de l'an ; Il me fête à la Saint-Jean.
Quel honneur ! etc.
Chez moi qu'un temps effroyable Me retienne après dîner, Il me dit d'un air aimable :
« Allez donc vous promener ; « Mon cher, ne vous gênez pas, « Mon équipage est en bas. »
Quel honneur ! etc.
3S . BERANGER. — CIIAP. III ==
Certain soir, à sa campagne Tl nous mena par hasard ; Il m'enivra de Champagne, Et Rose fit lit à part :
Mais de la maison, ma foi, Le plus beau lit fut pour moi.
Quel honneur! etc.
A l'enfant que Dieu m'envoie Pour parrain je l'ai donné.
C'est presque en pleurant de joie Qu'il baise le nouveau-né ; Et mon fils, dès ce moment, Est mis sur son testament.
Quel honneur ! etc..
Œuvres, I, 7.
LES PETITS COUPS Air : Tout ça passe en même temps.
Maîtres de tous nos désirs, Réglons-les sans les contraindre :
Plus l'excès nuit aux plaisirs, Amis, plus nous devons le craindre.
Autour d'une petite table, Dans ce petit coin fait pour nous, Du vin vieux d'un hôte aimable H faut boire (ter) à petits coups.
Pour éviter bien des maux,
Veut-on suivre ma recette ;
Que l'on nage entre deux eaux.
Et qu'entre deux vins l'on se mette.
Le bonheur tient au savoir-vivre :
De l'abus naissent les dégoûts ;
Trop à la fois nous enivre ;
Il faut boire (ter) à petits coups.
Loin d'en murmurer en vain, Égayons notre indigence :
Il suffit d'un doigt de vin Pour réconforter l'espérance.
Et vous, que flatte un sort prospère,
Pour en jouir modérez-vous ;
Car, même dans un grand verre,
Il faut boire (ter) à petits coups.
Philis, quel est ton effroi?
La leçon te déplaît-elle?
Les petits coups, selon toi, Sentent le buveur qui chancelle.
Quel que soit le désir qui perce Dans tes yeux, vifs comme tes goûts,
Du philtre qu'Amour te verse
Il faut boire (1er) à petits coups.
Oui, de repas en repas,
Pour atteindre à la vieillesse,
Ne nous incommodons pas, Et soyons fous avec sagesse.
Amis, le bon vin que le nôtre !
Et la santé, quel bien pour tous !
Pour ménager l'un et l'autre,
Il faut boire (ter) à petits coups.
Œuvres, I, 232,