DEO GRATIAS D'UN EPICURIEN
Air : Tout le long de la rivière.
Dans ce siècle d'impiété
L'on rit du Bénédicité!
Faut-il qu'à peine il m'en souvienne !
Mais pour que l'appétit revienne,
Je dis mes Grâces lorsque enfin
Je n'ai plus soif, je n'ai plus faim : Toujours l'espoir suit le plaisir qui passe. Que vous êtes bon, mon Dieu! je vous rends grâce, 0 mon Dieu ! mon Dieu ! je vous rends grâce.
40 = • BERANGEK. — CIIAP. 111 ' '
Mon voisin, faible du cerveau, Ne boit jamais son vin sans eau ; Eien qu'à voir mousser le Champagne, Déjà la migraine le gagne, Tandis que pur et coup sur coup Pour ma santé je bois beaucoup.
Vous savez seul comment tout cela passe. Que vous êtes bon, etc.
De soupçons jaloux assiégé, Dorval n'a ni bu ni mangé.
Cet époux sans philosophie Par bonheur de nous se défie, Et tient sa femme aux yeux si doux Sous triple porte à deux verrous ; Par la fenêtre il fait tout pour qu'on passe. Que vous êtes bon, etc..
Mais quel convive, assis là-bas, N'ose rire et ne chante pas?
Chut ! me dit-on, c'est un vrai sage, Qui dans les cours a fait naufrage, Quoi ! chez nous cet homme rêveur Des rois regrette la faveur !
Plus sage, moi, je sais comme on s'en passe. Que vous êtes bon, etc.
A table trouvant tout au mieux,
Je crois qu'un ordre exprès des deux
Tient en haleine la sagesse,
Des fous ménage la faiblesse,
Et fait de leur vie un repas
Dont le dessert ne finit pas.
' Oui, c'est ainsi que jeunesse se passe. Que vous êtes bon, mon Dieu ! je vous rends grâce, 0 mon Dieu ! mon Dieu ! je vous rends grâce.
Œuvres, 1, 51.
MA DERNIÈRE CHANSON PEUT-ÊTRE (Fin de janvier 1814.)
An; : Eh quoi, vous sommeillez encore {de Fanchon).
Je n'eus jamais d'indifférence Pour la gloire du nom français.
L'étranger envahit la France, Et je maudis tous ses succès.
Mais, bien que la douleur honore, Que servira d'avoir gémi?
Puisqù'ici nous rions encore, Autant de pris sur l'ennemi.
Quand plus d'un brave aujourd'hui tremble, Moi, poltron, je ne tremble pas.
Heureux que Bacchus nous rassemble Pour trinquer à ce gai repas !
Amis, c'est le dieu que j'implore ; Par lui mon cœur est affermi.
Buvons gaîment, buvons encore : Autant de pris sur l'ennemi !
Mes créanciers sont des corsaires Contre moi toujours soulevés.
J'allais mettre ordre à mes affaires Quand j'appris ce que vous savez.
Gens que l'avarice dévore, Pour votre or soudain j'ai frémi, Prêtez-m'en donc, prêtez encore :
Autant de pris sur l'ennemi !
Je possède jeune maîtresse Qui va courir bien des dangers.
Au fond, je crois que la traîtres e Désire un peu les étrangers.
(Vilains excès que l'on déplore Ne l'épouvantent qu'à demi ;
BERANf.EU. — CHAP. III
Mais cette nuit me reste encore :
Autant de pris sur l'ennemi !
Amis, s'il n'est plus d'espérance, Jurons, au risque du trépas, Que pour l'ennemi de la France Nos voix ne résonneront pas.
Mais il ne faut point qu'on ignore Qu'en chantant le cygne a fini.
Toujours Français, chantons encore :
Autant de pris sur l'ennemi.
Œuvres, I, 122.
LE NOUVEAU DIOGÈNE (Cent- Jours, avril 1815.)
Air : Bon voyage, cher Dumollct.
Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je ris et bois sans gêne, Diogène, Sous ton manteau, Libre et content, je roule mon tonneau.
Dans l'eau, dit-on, tu puisas ta rudesse ; Je n'en bois pas, et, censeur plus joyeux, En moins d'un mois, pour loger ma sagesse, J'ai mis à sec un tonneau de vin vieux. Diogène, etc.
Où je suis bien, aisément je séjourne ; Mais, comme nous, les dieux sont inconstants, Dans mon tonneau, sur ce globe qui tourne, Je tourne avec la fortune et le temps. Diogène, etc.
Pour les partis dont cent fois j'osai rire Ne pouvant être un utile soutien,
Devant ma tonne on ne viendra pas dire : Pour qni tiens-tu, toi qui ne tiens à rien? Diogène, etc.
J'aime à fronder les préjugés gothiques Et les cordons de toutes les couleurs ; Mais, étrangère aux excès politiques, Ma Liberté n'a qu'un chapeau de fleurs. • Diogène, etc.
Qu'en un congrès se partageant le monde, Des potentats soient trompeurs ou trompés. Je ne vais point demander à la ronde Si de ma tonne ils se sont occupés.
Diogène, etc.
N'ignorant pas où conduit la satire, Je fuis des cours le pompeux appareil ; Des vains honneurs trop enclin c\ médire, Auprès des rois je crains pour mon soleil. Diogène, etc.
Lanterne en main, dans l'Athènes moderne, Chercher un homme est un dessein fort beau ; Mais quand le soir voit briller ma lanterne, C'est qu'aux amours elle sert de flambeau. Diogène, etc.
Exempt d'impôt, déserteur de phalange, Je suis pourtant assez bon citoyen ; Si les tonneaux manquaient pour la vendange, Sans murmurer, je prêterais le mien.
Diogène, etc.
Œuvres, 1, 167.
44 '- DERANGER. — CIIAP. III ==