LA LUTTE POLITIQUE DE 1815 A
Mais c'est plutôt la politique proprement dite qui est, durant cette période, la principale affaire de sa vie de chansonnier, laquelle est sa véritable vie. N'a-t-il pas dit fort justement : Mes chansons, c'est moi? Et les plus importantes de ses chansons ne sont-elles pas ses chansons politiques? D'ailleurs la pensée de derrière la tête, qui lui a inspiré ses chansons patriotiques et ses chansons anticléricales, est, elle aussi, une pensée politique et c'est elle qui a le plus contribué à leur vogue.
Son rôle dans la mêlée est divisé en deux parties, par la publication du recueil de 1821 et le procès qui en est la suite. Avant 1821, il se croit tenu encore à certaine réserve, parce qu'il est fonctionnaire royal ; il procède par allusions et symboles, au besoin par prétentions ; mais, une fois révoqué et condamné, il ne garde plus d'autres ménagements que ceux qiù peuvent lui épargner d'autres condamnations.
H commence par pleurer les malheurs du temps, l'injustice du sort qui a accablé la France et ses défenseurs. C'est le sujet de Mon âme, écrite en 1816. H plaint les proscrits, victimes d'une réaction qui frappe de terreur les honnêtes gens (les Oiseaux, 1816; F Exilé, 1817). H félicite les condamnés qui ont eu, comme le général de la Valette, la chance d'échapper au peloton d'exécution (V Evénement du jour, 1816). Il raille les persécuteurs : les uns, émigrés, revenus avec les dents longues, sans avoir rien appris, ni rien oublié; les autres, qui s'efforcent, comme Fouché, comme Talleyrand, comme Pasquier, de racheter leur bassesse devant Napoléon, par leur zèle à poursuivre les anciens impérialistes (Paillasse; Complainte d'une de ces demoiselles sur les malheurs du temps; le Vilain; le Marquis de Carahas; la Marquise de Preiintaille, 1816).
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Il « blague » la royauté elle-même, sou iuévitable aveuglement, la position fausse dans laquelle se trouve un roi, soutenu et morigéné tout à la fois par l'étranger. C'est Matliurin Bruneau, le prétendu dauphin, qu'il renvoie à ses sabots, dans le Prince de Navarre, sous prétexte qu'il ne soupçonne pas les ennuis du trône. Le petit expéditionnaire qui s'avise de faire la leçon à son propre souverain ! Jusqu'ici, on lui a passé bien des couplets hardis, parce que le mot d'ordre venait de haut. Louis XVIII, qui ne détestait pas les refrains, même libéraux, n'avait-il pas dit qu'il fallait pardonner beaucoup à l'auteur du Roi d'Yvetot? Authentique ou forgé de toutes pièces, le mot n'en couvrait pas moins Béranger. Mais ces dernières chansons, publiées dans la Minerve, ou répandues dans les salons et les goguettes, sont vraiment trop irrévencieuses pour le régime qui emploie le chansonnier. L'austère Royei-Collard, président de la commission d'instruction publique, lui fait savon qu'il aura désormais bien du mal à le protéger. La presse ultra-royaliste dénonce ce scandale, c'est un toile dans les journaux bien pensants. On peut s'en fane une idée par ce fragment du feuilletoniste Martainville, devenu aussi fougueux ultra qu'il était jadis bouillant bonapartiste :