‹ P.-J. de BérangerChapitre 29 sur 147 · OPPOSITION PATRIOTIQUE, ANTICLÉRICALE · texte numérisé non relu

OPPOSITION PATRIOTIQUE, ANTICLÉRICALE

du Code, de la Légion d'honneur, du Concordat, l'homme qui a porté aux nues l'honneur national et promené, avec ses aigles, les idées françaises à travers toute l'Europe, enfin, le Petit Caporal.

Le souvenu: de Waterloo, avec l'évocation populaire et patriotique des soldats de l'Empire, c'est la moitié de la politique de Béranger, pendant la Restauration. Chacun de ses actes — et ses actes, ce sont ses chansons — chacun de ses couplets patriotiques, en réponse à quelque nouvelle vexation du gouvernement à l'égard de la vieille armée, est un rappel éloquent de ce passé. On persécute ces vieux sous-officiers chevronnés, qu'immortalisera le crayon de Raffet et de Charlet, vite il rime le Vieux sergent, un de ses chefs-d'œuvre. On célèbre, par un banquet, l'anniversaire de l'entrée des alliés à Paris et de l'écrasement de notre armée, vite il lance la Cocarde blanche. Les demi-solde se multiplient, on voit des officiers, qui ont versé leur sang pour la France, réduits à vivre d'aumônes, aussitôt il chante les couplets de la Vivandière, qui consolent ces vieux braves, en attendant que le général Foy vienne porter leurs doléances devant le Parlement.

La Chambre retentit eu effet à chaque instant des protestations indignées d'un Manuel, d'un Lamarque, d'un Foy, d'un Benjamin Constant, contre la persécution systématique dont l'arme napoléonienne est l'objet. Chaque protestation trouve aussitôt de l'écho dans une chanson de Béranger. Quelques-uns de ses vers sont même écrits à l'intention spéciale de ces vérérans, pour les entretenir dans leurs espérances ou les inciter à l'action. En 1820, là chanson du Vieux drapeau est tirée à. part, à des milliers d'exemplaires, empaquetée et adressée aux régiments, dans le but que l'on devine (1). En 1823, au moment de rentrée en campagne pour la guerre d'Espagne, Béranger

(1) A comparer le mot du prince du Broglie en 1816 : « Eh quoi ! on ne punirait pas de mort l'érection de ce drapeau abominable, que je ne nommerai pas, tant son nom me répugne à prononcer et me révolte ! »

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adresse aux soldats le Nouvel ordre du jour, dont le refrain significatif,

Brav'soldats, v'ià l'ord'du jour :

Garde à vous ! demi-tour !

est le mot d'ordre d'un mouvement insurrectionnel sur Paris et contre les Bourbons. On sait qu'il s'en fallut de peu que le mouvement ne réussît.

Parallèlement à cette action sur l'armée, il s'emploie avec les autres libéraux à la résistance contre les menées de la Congrégation. H ne nous appartient pas d'examiner ici le rôle de ce fameux pouvoir occidte, dont l'abbé de Rauzan, l'abbé de Forbin-Janson et M. Sosthène de La Rochefoucauld furent les principaux organisateurs, encore moins de discuter la part qu'il prit dans les lois et les mesures restrictives de la liberté. Ce qu'il importe, c'est queBéranger et ses amis virent l'œuvre de la Congrégation dans ces mesures et qu'ils n'hésitèrent pas à engager la lutte contre elle.

Les années 1817 et 1819 se signalent par une recrudescence de l'esprit dévot. Béranger y répond par autant de chansons, qui agitent l'opinion publique, mettent les rieurs de son côté et font échouer en partie les projets des ultras. En mars 1817, il répand sous le manteau la chanson du Mandement; en septembre de la même année, il tourne en dérision le concordat projeté, dans les Chantres de paroisse. En 1819, les Missionnaires, les Capucins reçoivent leur paquet, dans les chansons qui portent leur nom ; les jésuites y passent à leur tour, dans les célèbres couplets des Révérends pères, dont s'inspirera plus tard P.-L. Courier. Enfin, c'est toute la politique théocratique et ultramontaine cm'il attaque, d'abord dans la pièce du Bon Dieu, puis dans quatre chansons clandestines sur le Pape.

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