LES DEUX SŒURS DE CHARITE
Air de la Treille de sincérit'.
Dieu lui-même Ordonne qu'on aime. Je vous le dis, en vérité :
Sauvez-vous par la charité. (Bis.)
Vierge défunte, une sœur grise Aux portes des cieux rencontra Une beauté leste et bien mise Qu'on regrettait à l'Opéra. (Bis.) Toutes deux, dignes de louanges,
Arrivaient après d'heureux jours, L'une sur les ailes des anges, L'autre dans les bras des amours.
Dieu, etc.
Dans le palais et sous le chaume, Moi, dit la sœur, j'ai de mes mains Distillé le miel et le baume Sur les souffrances des humains.
Moi, qui subjuguais la puissance, Dit l'actrice, j'ai bien des fois Fait savourer à l'indigence La coupe où s'enivraient les rois.
Dieu, etc.
Oui, reprend la sainte colombe, Mieux qu'un ministre des autels, A descendre en paix dans la tombe, Ma voix préparait les mortels.
Offrant à ceux qui m'ont suivie, Dit la nymphe, une douce erreur, Moi, je faisais chérir la vie :
Le plaisir fait croire au bonheur.
Dieu, etc.
Aux bons cœurs, ajoute la nonne, Quand mes prières s'adressaient, Du riche je portais l'aumône Aux pauvres qui me bénissaient.
Moi, dit l'autre, par la détresse Voyant l'honnête homme abattu, Avec le prix d'une caresse, Cent fois j'ai sauvé la vertu. Dieu, etc.
Entrez, entrez, ô tendres femmes !
Répond le portier des élus :
La charité remplit vos âmes ; Mon Dieu n'exige rien de plus.
On est admis dans son empire, Pourvu qu'on ait séché des pleins,
Sous la couronne du martyre Ou sous la couronne de rieurs.
Dieu lui-même Ordonne qu'on aime.
Je vous le dis en vérité :
Sauvez-vous par la charité. (Bis.)
Œuvres, I, 302.