‹ P.-J. de BérangerChapitre 46 sur 147 · LE VIEUX DRAPEAU · texte numérisé non relu

LE VIEUX DRAPEAU

Air : Elle aime à rire, elle aime à loire.

De mes vieux compagnons de gloire Je viens de me voir entouré ; Nos souvenirs m'ont enivré, Le vin m'a rendu la mémoire.

Fier de mes exploits et des leurs, J'ai mon drapeau dans ma chaumière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit tes nobles couleurs?

Il est caché sous l'humble paille Où je dors, pauvre et mutilé, Lui qui, sûr de vaincre, a volé Vingt ans de bataille en bataille !

Chargé de lauriers et de fleurs, H brilla sur l'Europe entière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Ce drapeau payait à la France Tout le sang qu'il nous a coûté ; Sur le sein de la Liberté Nos fils jouaient avec sa lance.

Qu'il prouve encore aux oppresseurs Combien la gloire est roturière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit tes nobles couleurs?

Son aigle est resté dans la poudre, Fatigué de lointains exploits.

Kendons-lui le coq des Gaulois ; Il sut aussi lancer la foudre.

La France, oubliant ses douleurs, Le rebénira, libre et fière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Las d'errer avec la Victoire, Des lois il deviendra l'appui ; Chaque soldat fut, grâce à lui, Citoyen aux bords de la Loire.

Seul il peut voiler nos malheurs ; Déployons-le sur la frontière.

Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Mais il est là près de mes armes ; Un instant osons l'entrevoir.

Viens, mon drapeau, viens, mon espoir ! C'est à toi d'essuyer mes larmes.

D'un guerrier qui verse des pleurs Le ciel entendra la prière :

Oui, je secouerai la poussière Qui ternit tes nobles couleurs !

Œuvres, II, 2G0,

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