‹ P.-J. de BérangerChapitre 47 sur 147 · L'ENRHUMÉ · texte numérisé non relu

L'ENRHUMÉ

VAUDEVILLE SUR LES NOUVELLES LOIS D'EXCEPTION (Mars 1820.)

Air du Petit mot pour rire.

Quoi ! pas un seul petit couplet !

Chansonnier, dis-nous donc quel est

Le mal qui te consume.

— Amis, il pleut, il pleut des lois ;

L'air est malsain, j'en perds la voix.

Amis, c'est là, Oui, c'est cela, C'est cela qui m'enrhume.

Chansonnier, quand vient le printemps, Les oiseaux, plus gais, plus contents, De chanter ont coutume.

— Oui, mais j'aperçois des réseaux; En cage on mettra les oiseaux.

Amis, etc.

La Chambre regorge d'intrus :

Peins-nous l'un de ces bas ventrus Aux dîners qu'il écume.

— Non, car ces gens, si gras du bec, Votent l'eau claire et le pain sec (1).

Amis, etc.

Pour nos pairs fais des vers flatteurs ; Des Français ce sont les tuteurs :

Qu'à leur nez l'encens fume.

— Non, car ils ont mis de moitié Leurs pupilles à la Pitié.

Amis, etc.

Peins donc Séguier l'anodin :

Peins-nous surtout Pasquier-Dandin, Si fort quand il résume.

— Non : Cicéron m'a convaincu ; Pasquier dirait : Il a vécu (2).

Amis, etc.

Mais la Charte encor nous défend ; Du roi c'est l'immortel enfant :

(1) Messieurs du centre voulurent qu'on laissât aux ministres le droit de régler la nourriture des personnes arrêtées comme suspectes.

(2) Allusion à une citation sans doute fort heureuse, mais peu rassurante, que s'est permise un uiinistre.

94 BERANGER. — Cil Al». IV — -

Il Faime, on le présume.

Amis, etc.

Qu'ai-je dit? et que de dangers !

Le ministre des étrangers,

Dandin, taille sa plume.

On va m'arrêter sans procès :

Le vaudeville est né français.

Anus, c'est là, Oui, c'est cela, C'est cela qui m'enrhume.

Œuvres, II, 242.

LE TREMBLEUK

OU MES ADIEUX A M. DUPONT (DE L'EURE), EX-PRESI- DENT A LA COUR ROYALE DE ROUEN; CHANSON FAITE ET CHANTÉE QUELQUES JOURS AVANT LES ÉLECTIONS DE 1820.

Air : Je vais bientôt quitter V empire.

Dupont, que vient-on de m'apprendre?

Quoi ! l'on tourmente vos amis !

J'ai des précautions à prendre :

Vous le savez, je suis commis (2). (Bis.)

Dès qu'une amitié m'embarrasse,

Soudain les nœuds en sont rompus. (Bis.)

(1) On ne croit pas devoir rétablir ici les deux vers dont l'imprimeur exigea la suppression en 1821. L'auteur ne consentit à cette suppression que parce qu'il pressentit les interprétations malignes auxquelles elle donnerait lieu. Aussi Marchangy tonna-t-il contre ces deux lignes de points. Des points poursuivis en justice ! Il faut les conserver d'autant plus, que les deux vers supprimés ne seraient auprès qu'une bien froide épigramme. (Note de Béranger.)

(2) A cette époque, l'auteur avait encore l'emploi d'expéditionnaire dans les bureaux de l'Université.

Bien mieux que vous, je sais garder ma place (1) : Mon cher Dupont, je ne vous connais plus ; Dupont, Dupont, je ne vous connais plus.

Du peuple obtenez le suffrage ;

Moi, du pouvoir je crains les coups.

En vain la France rend hommage

A la vertu qui brille en vous ;

A peine j'ose vous promettre

De vous rendre encor vos saluts.

Votre vertu pourrait me compromettre :

Mon cher Dupont, je ne vous connais plus ; etc.

Chez nous le courage importune, Et votre sage et noble voix A fait trembler à la tribune Ceux qui méconnaissent nos droits.

De vos discours on tient registre ; Peut-être aussi les ai-je lus.

Mais les talents ne font pas un ministre : Mon cher Dupont, je ne vous connais plus ; etc.

Héritier de la gloire antique,

Admiré de tous les Français,

Le front ceint du rameau civique,

Sous le chaume, vivez en paix.

A votre renom j'ai beau croire,

Je pense comme nos ventrus :

On ne vit pas de pain sec et de gloire. Mon cher Dupont, je ne vous connais plus ; etc.

Oui, je vous fuis sans autre forme, Vous que longtemps mon cœur aima.

Je ne veux pas qu'on me réforme Comme Pasquier vous réforma. (Bis.) Adieu donc, honneur de la France !

Du préfet je crains les argus. (Bis.) Avec Lisot (2) je ferai connaissance :

(1) M. Pasquier, garde des sceaux, avait destitué M. Dupont de la présidence de la cour de Rouen.

(2) Député ministériel opposé à M. Dupont, dans le département de l'Eure.

Mon cher Dupont, je ne vous connais plus ; Dupont, Dupont, je ne vous connais plus.

Œuvres, II, 269.

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