‹ P.-J. de BérangerChapitre 6 sur 147 · REFRAIN · texte numérisé non relu

REFRAIN

Les gueux, les gueux, Sont les gens heureux ; Us s'aiment entre eux.

Vivent les gueux !

Des gueux chantons la louange ; Que de gueux hommes de bien !

H faut qu'enfin l'esprit venge L'honnête homme qui n'a rien.

Oui, le bonheur est facile Au sein de la pauvreté :

J'en atteste l'Évangile ; J'en atteste ma gaieté.

Au Parnasse la misère Longtemps a régné, dit-on ; Quels biens possédait Homère?

Une besace, un bâton.

10 BERANGER. — CUAP. Ier

Vous qu'afflige la détresse, Croyez que plus d'un héros, Dans le soulier qui le blesse, Peut regretter ses sabots.

Du faste qui vous étonne L'exil punit plus d'un grand ; Diogène, dans sa tonne, • Brave en paix un conquérant.

D'un palais l'éclat vous frappe, Mais l'ennui vient y gémir.

On peut bien manger sans nappe ; Sur la paille on peut dormir.

Quel Dieu se plaît et s'agite Sur ce grabat qu'il fleurit?

C'est l'Amour qui rend visite A la Pauvreté qui rit.

L'Amitié, que l'on regrette, N'a point quitté nos climats; Elle trinque à la guinguette, Assise entre deux soldats.

Les gueux, les gueux, Sont les gens heureux ; Us s'aiment entre eux.

Vivent les gueux !

Œuvres, I, G3.

A cette aisance du tour, à cette précision de la langue et du vers, à cette richesse des idées et des images, se reconnaissait déjà le grand poète. Il avait passé la trentaine et pourtant il ne savait pas bien dans quel sens il dirigerait ses puissante? facultés poétiques. En tous cas, il ne comptait pas sur elles, pour le faire vivre, car il venait de solliciter et d'obtenir, du grand maître Fontanes, un emploi d'expéditionnaire, à 1 200 francs, au ministère de l'Instruction publique.

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