OU CHANT DE VICTOIRE DES OTTOMANS
Air : A soixante ans, il ne faut pas remettre.
Nous triomphons ! Allah ! gloire au Prophète ! Sur ce rocher plantons nos étendards.
Ses défenseurs, illustrant leur défaite, En vain sur eux font crouler ses remparts. Nous triomphons, et le sabre terrible Va de la Croix punir les attentats.
Exterminons une race invincible : Les rois chrétiens ne la vengeront pas...
Mais de Chios recommencent les fêtes,
Psara succombe, et voilà ses soutiens !
Dans le sérail comptez combien de têtes
Vont saluer les envoyés chrétiens.
Pillons ces murs ! de l'or ! du vin ! des femmes !
Vierges, l'outrage ajoute à vos appas.
Le glaive après purifîra vos âmes :
Les rois chrétiens ne vous vengeront pas.
L'Europe esclave a dit dans sa pensée :
Qu'un peuple libre apparaisse ! et soudain...
Paix ! ont crié d'une voix courroucée
Les chefs que Dieu lui donne en son dédain.
Byron offrait un dangereux exemple :
On les a vus sourire à son trépas.
(1) Le désastre de Psara ou Ipsara est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en rapporter les détails, non plus que de la belle défense et de la fin héroïque de ses habitants. Les Turcs eux-mêmes ont rendu justice aux Ipsariotes. Cette chanson avait pour but, on doit le voir, d'inspirer de l'indignation contre les cabinets de l'Europe, qui laissaient massacrer les chrétiens de la Grèce, sans leur porter secours.
Du Christ lui-même allons souiller le temple : Les rois chrétiens ne le vengeront pas.
A notre rage ainsi rien ne s'oppose : Psara n'est plus, Dieu vient de l'effacer. Sur ses débris le vainqueur qui repose Rêve le sang qu'il lui reste à verser. Qu'un jour Stamboul contemple avec ivresse Les derniers Grecs suspendus à nos mâts ! Dans son tombeau faisons rentrer la Grèce : Les rois chrétiens ne la vengeront pas.
Ainsi chantait cette horde sauvage.
Les Grecs ! s'écrie un barbare effrayé. La flotte hellène a surpris le rivage (1), Et de Psara tout le sang est payé.
Soyez unis, ô Grecs ! ou plus d'un traître Dans le triomphe égarera vos pas.
Les nations vous pleureraient peut-être, Les rois chrétiens ne vous vengeraient pas.
Œuvres, ÏI1, 113.