‹ P.-J. de BérangerChapitre 93 sur 147 · LE JUIF ERRANT · texte numérisé non relu

LE JUIF ERRANT

Air du Chasseur rouge.

Chrétien, au voyageur souffrant

Tends un verre d'eau sur ta porte.

Je suis, je suis le Juif errant,

Qu'un tourbillon toujours emporte. (Bis.)

Sans vieillir accablé de jours,

La fin du monde est mon seul rêve.

Chaque soir j'espère toujours ;

Mais toujours le soleil se lève.

Toujours, toujours (Bis.) i „.

Tourne la terre où moi je cours, > l ' Toujours, toujours, toujours, toujours.

Depuis dix-huit siècles, hélas !

Sur la cendre grecque et romaine, Sur les débris de mille États, L'affreux tourbillon me promène.

J'ai vu sans fruit germer le bien, Vu des calamités fécondes ;

Et, pour survivre au monde ancien, Des flots j'ai vu sortir deux mondes.

Toujours, etc.

Dieu m'a changé pour me punir :

A tout ce qui meurt je m'attache ; Mais du toit prêt à me bénir Le tourbillon soudain m'arrache.

Plus d'un pauvre vient implorer Le denier que je puis répandre, Qui n'a pas le temps de serrer La main qu'en passant j'aime à tendre.

Toujours, etc.

Seul, au pied d'arbustes en fleurs, Sur le gazon, au bord de l'onde, Si je repose mes douleurs, J'entends le tourbillon qui gronde.

Eh! qu'importe au ciel irrité Cet instant passé sous l'ombrage?

Faut-il moins que l'éternité Pour délasser d'un tel voyage !

Toujours, etc.

Que des enfants vifs et joyeux Des miens me retracent l'image ; Si j'en veux repaître mes yeux, Le tourbillon souffle avec rage.

Vieillards, osez-vous à tout prix, M' envier ma longue carrière?

Ces enfants à qui je souris, Mon pied balaîra leur poussière.

Toujours, etc.

Des murs où je suis né jadis Retrouvé- je encor quelque trace, Pour m'arrêter je me roidis ; Mais le tourbillon me dit : « Passe ! Passe ! » et la voix me crie aussi : « Reste debout quand tout succombe.

Tes aïeux ne t'ont point ici Gardé de place dans leur tombe. »

Toujours, etc.

J'outrageai d'un rire inhumain L'homme-Dieu respirant à peine...

Mais sous mes pieds fait le chemin ; Adieu, le tourbillon m'entraîne. [Bis.) Vous qui manquez de charité, Tremblez à mon supplice étrange :

Ce n'est point sa divinité, C'est l'humanité que Dieu venge.

Toujours, toujours (£is. ) I R.

Tourne la terre où moi je cours, ( Toujours, toujours, toujours, toujours.

Œuvres, III, 278,

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