‹ P.-J. de BérangerChapitre 94 sur 147 · OU LA FEMME DU BRACONNIER · texte numérisé non relu

OU LA FEMME DU BRACONNIER

Am : Soir et malin sur la fougère,

Un enfant dort à sa mamelle, Elle en porte un autre à son dos :

L'aîné, qu'elle traîne après elle, Gèle pieds nus dans ses sabots.

Hélas ! des gardes qu'il courrouce, Au loin, le père est prisonnier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse :

On a surpris le braconnier.

Je l'ai vue heureuse et parée ; Elle cousait, chantait, lisait.

Du magister fille adorée, Par son bon cœur elle plaisait.

J'ai pressé sa main blanche et douce, En dansant sous le marronnier.

Dieu, etc.

206 ,- BKRANGER. — CHAP. VII '

Un fermier riche et de son âge, Qu'elle espérait voir son époux, La quitta parce qu'au village On riait de ses cheveux roux.

Puis deux, puis trois ; chacun repousse Jeanne, qui n'a pas un denier.

Dieu, etc.

Mais un vaurien dit : « Rousse ou blonde, Moi, pour femme je te choisis.

En vain Jes gardes font la ronde ; J'ai bon repaire et trois fusils.

Faut-il bénir mon lit de mousse :

Du château payons l'aumônier. »

Dieu, etc.

Doux besoin d'être épouse et mère Fit céder Jeanne, qui, trois fois, Depuis, dans une joie amère, Accoucha seule au fond des bois.

Pauvres enfants ! chacun d'eux pousse, Frais comme un bouton printanier.

Dieu, etc.

Quel miracle un bon cœur opère!

Jeanne, fidèle à ses devoirs, Sourit encor; car de leur père Ses fils auront les cheveux noirs.

Elle sourit, car sa voix douce Rend l'espoir à son prisonnier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse :

On a surpris le braconnier.

Œuvres, III, 322.

Page 1