IDÉE GÉNÉRALE DE LA RÉVOLUTION
plier les associations, ni concentrer la production, là où il n'est pas nécessaire. Il y a place dans la société pour les travailleurs isolés, paysans, artisans, petits fabricants, petits ateliers. En revanche, toute entreprise, qui exige l'emploi d'un grand nombre d'ouvriers, donne lieu à la formation d'une compagnie ouvrière, mais fondée sur le principe de réciprocité, et non sur celui de fraternité ; car « la meilleure des associations est celle où, grâce à une organisation supérieure, la liberté entre le plus et le dévouement le moins. »
Le règlement de ces compagnies ouvrières, combinant les avantages de la force collective et de la division du travail, comportera l'éducation encyclopédique des travailleurs. D'où ce résultat, cher à tout révolutionnaire : la fusion de la classe bourgeoise avec le prolétariat.
Tous ces producteurs, paysans, industriels, commerçants (pour Proudhon, le commerce n'est nullement d'institution parasite), devront assurer un échange normal et commode des produits, en d'autres termes, la vie aisée et à bon marché, par la constitution de la valeur ou du juste prix : cela, non point par amitié réciproque, comme l'a prétendu la critique de Renouvier ; il n'est pas de plus gros contre-sens ; mais par le sentiment d'un intérêt bien entendu, qui s'accorde avec la justice.
Ces résultats économiques acquis, le gouvernement tombe. La société laisse les fidèles régler leur
culte et payer leurs prêtres. Les tribunaux d'État sont abolis, pour donner place à des juridictions volontaires, comme celles qui fonctionnent aujourd'hui par la constitution d'arbitres. L'administration et la police sont assurées par les citoyens. L'instruction publique devient l'apprentissage. Le ministère des finances est remplacé par un bureau général de statistique. Plus d'armée ; des milices. La Révolution, gagnant de proche en proche, supprimera les Affaires étrangères ; quel besoin d'entretenir des relations diplomatiques entre peuples également acquis au programme révolutionnaire ? L'institution gouvernementale abolie, le problème de la République universelle est résolu ; la révolution économique a fait ce que les Césars et le christianisme ont vainement tenté.
Cette partie politique de l'ouvrage que nous analysons justifie la critique adressée à Proudhon par M. Antonio Labriola : il ferme les yeux pour ne pas voir l'État, et il croit que l'État n'existe plus. Que seront donc les conseils municipaux, départementaux, provinciaux, qu'il prévoit, sans parler du conseil national, qui reste à prévoir ? Ailleurs, moins emporté par la passion, il a reconnu que l'anarchie est un idéal irréalisable, dans sa plénitude, mais que le devoir est d'approximer. Réduite à ces termes irréprochables, presque toute sa critique de l'autorité subsiste. A défaut d'autres titres, elle