SERVAGE INTELLECTUEL
presse fut sobre, sinon entièrement muette. Il l’avait prévu, et sa prévision se justifia :
« La Revue du Progrès de Louis Blanc et quelques autres publications ont déjà fait mention de mon travail (19 août I8Z1O) : pour les grands journaux, ils 11e diront mot jusqu’à ce que la clameur publique les y oblige. Armand Marrast partage, dit-on, mes idées; mais il ne les préconisera pas dans le National , de peur d’effaroucher ses lecteurs. »
Il avait été un moment question de saisir l’ouvrage :
« (10 novembre I8Z1O.) La réimpression de mon livre est retardée, par suite des craintes qu’inspire le nouveau ministère. Je persiste à croire que je suis hors d’atteinte; mais le libraire raisonne autrement. Voyant en moi un palriole, et nullement un savant, il se dit : « Tôt ou tard, celui-là sera poursuivi. » — Il a été question dans un conseil d’État ou de ministres, il y a quelques semaines, de me faire saisir en même temps que Lamennais et
dance adressée à M. Tissot, je retrouve le même portrait de son bourgeois, avec la même ligne de démarcation formelle entre l'esprit et l’intelligence : « Depuis que je le connais et que j’ai lu quelques écrits de Dupin, j’ai pu me convaincre, disait Proudhon, qu’espnf et intelligence sont choses qui peuvent très-bien ne pas se rencontrer dans une même cervelle. » Si Ton s’étonnait de voir venir là le nom de M. Dupin comme exemple et preuve à l'appui, on se l’explique pourtant à la réflexion. Depuis le jour, en effet, où il termina ses études jusqu'à sa mort, M. Dupin ne fit pas un seul pas en avant et n’ouvrit pas d’un degré ni d’un demi-degré de plus l'angle de son intelligence; sous prétexte de sens commun, cet homme de tant d’esprit et de verve 11e laissa jamais une seule idée nouvelle entrer et pénétrer dans son cerveau.
P.-J. PROtUIION,
autres : cependant, on a jugé à propos de passer outre en ce qui me concerne. »
L’économiste Blanqui fut très-utile à Proudhon en ce moment. Appréciant toute la valeur de ce nouveau venu dans la science, reconnaissant, à travers les exagérations et les offenses de l’expression, ce qu’il y avait de sérieux et de formidable dans le raisonnement même, il sut être, au nom de l’Académie des Sciences morales et avec toutes les réserves obligées, un rapporteur équitable et bienveillant. Proudhon écrivait à Ackermann, le 15 novembre 1840 :
« L’Académie de Besançon et celle des Sciences morales et politiques à Paris ont repoussé l’hommage de mon livre. Toutefois, le rapport très-long qui a été fait par M. Blanqui, et que le Moniteur du 7 septembre a reproduit en partie, m’est tout à fait honorable. On ne peut repousser un ouvrage avec plus d’égards et même d’éloges pour l’auteur. C’est une leçon pour moi. »
Traité en savant par M. Blanqui, Proudhon y gagna de ne pas être poursuivi alors comme politique ; ce Bapport qui le réfutait le couvrit. Proudhon resta toujours reconnaissant envers M. Blanqui de ce bon procédé à son égard ; dans les attaques acharnées qu’il livra aux économistes les plus en renom, il fit une exception pour lui seul et le respecta avec un soin tout particulier. Une fois, après février 1848, il arriva que M. Blanqui fut attaqué dans le journal où écrivait Proudhon ;