Dans le journal l'Epoque du 8 juin
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Ce que Proudhon oensait des femmes. — Ses mœurs pures dès sa jeunesse. — Austérité. — Sa vocation pour la paternité et la famille.
Avant d’aller plus avant, j’ai à toucher un point que j’ai jusqu’à présent négligé, et qui est bien essentiel dans toute vie. Qu’était Proudhon par rapport aux femmes? Comment cette nature sincère était-elle affectée à l’égard du sentiment le plusvifetle plus délicieux, que l’imagination embellit encore et transforme, qui fit l’occupation , l’enchantement et le tourment de l’existence de Piousseau? Ici encore, nous écouterons les meilleurs témoins, ou nous le laisserons parler. Il était naturellement en garde du côté des sens, capable de tendresse, mais d’une tendresse mâle, honnête. Sa jeunesse fut pure. Dès les années du collège, il savait veiller sur lui-même : quand des pensées voluptueuses le tourmentaient la nuit, il grimpait au grenier, se tenait à la lucarne en contemplation de la lune, des étoiles, de tout cet éclat sidéral sévère.
et ne se remettait au lit que parfaitement calme et rasséréné.
Il eut une première passion de jeunesse, un premier amour. Dans une lettre du 20 août 1838, qu'il écrivait de Besançon à Ackermann, nous lisons :
« Je vous trouve triste et mélancolique dans votre style; je vois que vous n’êtes pas heureux. Pardieu! mon ami, attendez-vous bien à ne l’être jamais. Ce n’est pas au bout de la ligne que nous suivons que se rencontre le bonheur : des sacrifices, des souffrances, des dégoûts insurmontables; les délaissements, le désespoir, hœc est pars calicis nostri. J’ai écrit ces jours derniers à mon ancienne maîtresse , en ce moment à Lucerne ; elle se meurt d’ennui et peut-être d’amour; elle me demandait des consolations. « Considérez, lui disais-je, ce qui se passe « autour de vous : n’êtes-vous pas douce, chaste, labo- « rieuse, honnête? D’où vient que vous avez à peine de « quoi vivre, tandis qu’une foule de prostituées étalent « un luxe effronté? Je vais vous expliquer ce mystère. « Dieu a voulu que, lorsque le mal et le vice seraient « arrivés au comble parmi les hommes, ce fussent les « bons qui en pâtissent les premiers, afin qu’ils se réveil- « lassent et s’opposassent au débordement prêt à les « engloutir. Il y a cent mille jeunes gens en France qui, « comme moi, ont juré de remplir cette sainte mission, « et, tôt ou tard, ils sauront vaincre ou mourir. C’est aux « hommes courageux à combattre de la tête et du bras; « mais vous, pauvre fille, priez Dieu qu’il nous donne « l’intelligence et l’audace, qu’il bénisse notre ardeur et « fasse triompher sa cause. » Que pensez-vous que sente pour un amant une jeune personne à qui l’on parle de ce style? Je réponds à vos confidences... »