‹ P.-J. Proudhon et la PropriétéChapitre 29 sur 43 · AUDI · texte numérisé non relu

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vant la nature de ses fonds, du blé, du vin, de l’huile, du fourrage ou de la viande, mais ne faisant que cela, ayant besoin du marché et de la foire comme le colporteur vagabond, soumis par conséquent à tous les accidents du commerce, à tous les périls des crises financières et du chômage. Ainsi, l'isolement qui faisait autrefois la force du propriétaire, fait aujourd’hui sa faiblesse, comme :il fait la faiblesse de l’ouvrier. La propriété, par suite de ses relations obligées avec la banque, est devenue aussi instable que le salaire de l’ouvrier, aussi précaire que la clientele du négociant (4). » Bref, comme la propriété était le fait dominant de la civilisation romaine ou de la civilisation fé0odale, la cerculation est le fait dominant de la civilisation moderne. « Nous vivons d’un fait plus grand que la propriété, d'un principe supérieur à la propriété. Comme la circulation est la fonction mère et motrice du corps humain, ainsi la circulation est la fonction mère et motrice du corps social (2). »

Parce qu'il est convaincu de cette grande vérité (qu'il a plus qu'aucun autre contribué à mettre en lumicre (3), Proudhon fera porter son principal effort

(1) Le droit au travail et le droit de propriété, VII, 282, v. dans le même sens Vandervelde: Le Socialisme et l'Agriculture.

(2) Banque d'Echange, VI, 149.

(3) De Greef a particulièrement insisté sur l'importance de la « fonction de circulation », qui « dans l’ordre économique aussi bien que physiologique est la plus générale, celle qui, par conséquent, détermine toutes les autres. Il a consacré à démontrer cette

sur l’organisation de la circulation. C'est par l’organisation de la circulation seulement qu’on remédiera, dans la mesure du possible, à cette instabilité, à cette précarité, qui est le caractère de la propriété nouvelle. Tel est l’objet en particulier de cette banque d’échange, par laquelle seule Proudhon s’imagina un instant résoudre toute la question sociale ; tel est l’objet aussi de ces services publics (postes, chemins de fer, canaux, ports, entrepôts, bourses et marchés, etc...) dont il nous faisait tout à l’heure l’énumération. Par l’organisation de la circulation, on assurera au paysan le crédit à bon marché, on l’arrachera à la rapacité des usuriers ; par l'organisation de la circulation encore on le débarrassera des intermédiaires parasites qui le grugent, on lui assurera des prix acceptables pour ses achats, des débouchés pour ses ventes ; par l’organisaton de la circulation enfin, on redonnera sécurité et vigueur à la propriété paysanne.

La circulation voilà donc un premier et très vaste domaine dans lequel l'association doit prendre la place de l’insolidarité actuelle. Mais l'association ne doit-elle

proposition un important chapitre de son Introduction à la Sociologie (Paris Alcan, 1889, 2e partie, ch. 1x, t. 11, p. 39 et suiv.). « L'honneur de cette observation, ajoute-t-il, revient particulièrement à Proudhon. Ge grand penseur, auquel il ne manqua qu’une éducation scientifique plus systématique et plus complète pour fonder la sociologie pratique, comprit parfaitement cependant la plupart des conséquences de cette notion au point de vue de la politique sociale ».. p. 42 et 45.

pas étendre son rôle au delà? N’a-t-elle pas à intervenir dans le processus de la production elle-même ? La pensée de Proudhon est ici plus hésitante et plus changeante.

Dans les premiers mois de 1848, alors qu'il avait l'esprit tout plein de son projet de banque d'échange — et réserve faite de ces sociétés d'assurance mutuelle, dont nous parlions tout à l'heure (1), et qui, constituées dans un but de justice économique autant que de prévoyance, n’aflectent directement ni la cireulation ni la production — il est certain que la tendance de Proudhon est à laisser la production en dehors de l'association. Ce qu'il entend par cette association progressive dont il avait entrepris de tracer le programme quand vint le surprendre la Révolution de février (2), c’est bien avant tout la substitution d’une circulation organisée à la circulation anarchique d'aujourd'hui,

(1) Page 132.

(2) Proudhon préparait en effet un Programme de l'association progressive, solution du problème social, qui devait être, après la critique exposée dans les Contradictions Economiques, le tableau d’ensemble de ses vues positives. « Il s’agissait, dit Darimon, après avoir consiruit tout un système de négations, de reprendre ces négations les unes après les autres, d'en faire sortir l’affirmation, le fait pratique, et de formuler la contre-partie de la philosophie de la misère : la philosophie de la richesse ». Préface à la brochure sur la Banque d'Echange æ, c., t. VI, 135. Ces vues positives s’exprimèrent fragmentairement dans les brochures et articles de 1848 : Solution de problème social ; Organisation du crédit et de la circulation, Banque d'Echange, Banque du Peuple; elles gravitent toutes autour de la réforme du crédit.

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